Faut-il décréter un état de confinement total devant l’évolution de la situation sanitaire du pays, où chaque jour qui passe apporte son lot de personnes contrôlées positives et de décès jusqu’à semer la peur au sein de la population ? Cette option de confinement total semble visiblement s’imposer, selon plusieurs voix, au vu de la propagation du coronavirus qui touche désormais quasiment l’ensemble des wilayas.
Pour d’autres voix, encore plus inquiètes, le passage vers le confinement total est une urgence, surtout que celui décrété pour les wilayas de Blida et partiel pour Alger, élargi par la suite à neuf autres wilayas, ne semble pas avoir eu les résultats escomptés. C’est manifestement sur la base des chiffres communiqués quotidiennement que le professeur Mohamed Bekkat Berkani, président de l’Ordre des médecins, propose de passer au confinement total à travers tout le territoire national pendant 15 jours.
M. Bekkat, par ailleurs membre du Comité scientifique auprès du ministère de la Santé chargé du suivi de la pandémie, s’il plaide pour un passage vers le confinement total pour freiner l’avancée du Covid-19, précise que la décision relève des prérogatives des autorités politiques.
«Il faut s’assurer probablement du succès du confinement partiel et faire une petite évaluation concernant le nombre de cas. C’est aux autorités de prendre des décisions dans ce sens», a-t-il souligné, expliquant que l’option du confinement total serait retenue «en fonction des résultats qui sont examinés tous les jours par les autorités politiques».
Mais le professeur Bekkat n’hésite pas à défendre cette option décidée par le Maroc et la Tunisie. «Prenons des pays comparables au nôtre, nos voisins marocains et tunisiens, qu’ont-ils fait ? Ne sont-ils pas en confinement total ?», s’est-il interrogé dans ce qui traduit sans doute un plaidoyer pour le confinement total.
«Le message que nous voulons faire passer est que les Algériens, de façon volontaire, se mettent en confinement total. Qu’ils comprennent que s’il y a une mesure de confinement total et national qui sera décidée, qu’ils y soient préparés et qu’ils y prennent l’habitude. Qu’on ne prenne pas les choses à la légère», conseille le médecin. Ce dernier regrette par ailleurs que « des gens vaquent à leurs occupations faisant fi de la menace qui est réelle».

Comportements incompréhensibles !
Cette option de confinement qui semble s’imposer à mesure que le coronavirus gagne du terrain et fait des victimes pose cependant la problématique liée aux comportements que d’aucuns qualifieraient d’incompréhensibles faits manifestement d’indifférence et d’indiscipline, dont font preuve certains individus, alors que le pays vit une guerre sanitaire.
A Alger hier, «malgré la fermeture d’un jardin public, les habitués se sont tout simplement regroupés aux alentours dans des jeux, dominos, discussion… alors que dans la même artère, les magasins sont fermés, et des affiches attirent l’attention sur le danger du Covid-19», a-t-on témoigné, étonné et inquiet, sur Facebook. Cette scène et tant d’autres suffisent pour dire toute la difficulté de passer véritablement vers le confinement général qui sonnerait l’extinction de toutes ces activités et autres rassemblements allant à l’encontre des exigences préventives de la situation.
Le gouvernement, pour sa part, semble s’attendre à des «résistances» dans l’application des mesures de prévention quand celles-ci devraient passer par des restrictions. D’où l’instruction Djerad, envoyée aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé ainsi qu’aux walis, instituant «une procédure de réquisition à engager lorsqu’une personne présentant des signes d’atteinte, ou qui soit effectivement atteinte par le Covid-19, refuse de se conformer aux prescriptions médicales de soins, de dépistage ou de confinement sanitaire, ou lorsque la personne concernée interrompt ses soins ou quitte le lieu de confinement sanitaire, quelle que soit sa nature».
L’objet de l’instruction concerne toutes les personnes qui refusent de se conformer «aux prescriptions de soins, de dépistage ou de confinement sanitaire». A l’évidence, la mesure de réquisition a pour objectif primordial «la préservation de la santé des citoyens et de l’ordre public en ces circonstances», selon l’instruction du Premier ministre, qui précise aussi que cette mesure «constituera le dernier recours lorsque les efforts de persuasion s’avèrent sans effet sur la personne concernée».
Expliquant les raisons de ce qu’on peut qualifier «d’indiscipline» en temps d’urgence sanitaire, le sociologue Rabeh Sebaa relevait sur les colonnes de Reporters que «les conditions matérielles drastiques d’un grand nombre de citoyens jouent un rôle décisif dans l’inobservance des consignes sanitaires». Il a fait remarquer à cet effet que des familles nombreuses sont confinées dans des espaces exigus et se sentent obligées de recourir à une rotation contrainte d’une partie de leurs membres, ce qui les expose à une multiplication des risques». Pour M. Sebaa, «les carences matérielles, tant au niveau sociétal qu’au niveau institutionnel, conjuguées à un manque de conscience collective, aggravé par un manque d’informations et parfois d’une ample ignorance, compliquent sérieusement la gestion de cette crise sanitaire insolite et dont l’issue est des plus incertaines». C’est dire, au final, que le choix d’un confinement total, s’il se présente désormais comme une urgence nationale, doit être accompagné par des mesures adaptées qui lui donneraient ses chances de réussite.
Sinon nous serons réduits à subir ces tristes images de dizaines d’individus faisant des queues interminables ou courir derrière un sac de semoule qui peut être «acquis» à prix d’une transmission et propagation du coronavirus… n