Les mythiques studios japonais Ghibli ont osé se lancer dans l’aventure de l’animation 3D avec le long métrage «Aya et la Sorcière» réalisé par Goro Miyazaki, le fils de l’illustre Hayao Miyazaki. Si les premières images ont été dévoilées en juin dernier, le film, qui avait été sélectionné pour le Festival de Canne 2020 reporté à cause de la pandémie, sera visible en ligne à l’occasion du Festival de Gérardmer qui se déroulera du 27 au 31 janvier.
Lors d’un entretien accordé à l’AFP, le fils du Miyazaki confie, à propos de cette première expérience du film animé en 3D, que «pour un studio réputé pour l’harmonie visuelle de ses créations, c’est un pari», conscient du risque de décevoir «par défaut, presque au préalable, les attentes des fans de Ghibli, attachés au trait traditionnel qui a fait sa renommée».
A propos de cette première chez les maîtres du dessin animé japonais qui ont marqué les esprits avec le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, Goro Miyazaki assure que son perfectionniste de père lui a «laissé les mains libres ; il n’a quasiment eu aucune remarque au cours de la production (…). Il venait se renseigner régulièrement (mais) du fait de la différence technologique avec le dessin animé traditionnel, il n’avait aucune prise. Ce n’est pas son médium».
Les fans du genre noteront toutefois que la trame du film inédit qui conte l’histoire d’une petite orpheline courageuse et espiègle, amie d’un chaton, placée dans une famille de sorciers, est trame très «miyazakienne» même s’il y a un risque pour les puristes du genre d’être déroutés par le rendu plus froid de l’animation 3D.
Pour autant, Goro Miyazaki estime que l’infographie numérique offre «une nouvelle possibilité d’avenir», soulignant que «les studios Ghibli portent un héritage de plus de 30 ans d’histoire. Mais tout le monde à l’intérieur se demande aussi comment va s’écrire l’avenir».
En effet, chez Ghibli, la question de la succession du maître, qui a fondé le studio en 1985 et reçu l’Oscar du meilleur film d’animation en 2003 pour le Voyage de Chihiro, n’est pas tranchée. Certains auteurs talentueux sont morts, d’autres ont fondé leur propre studio et aucun nom ne s’est imposé.
Face à la concurrence des grandes majors américaines, Goro Miyazak rétorque : «Nous ne sommes ni un grand studio ni une grande compagnie. Mais plutôt un atelier de quartier, un petit lieu de création. Je ne pense pas qu’on puisse planifier un changement de génération qui fonctionne comme on l’escompte. On l’a tenté à plusieurs reprises et ça n’a pas marché comme prévu». D’autant que Hayao Miyazaki pourrait «travailler encore une dizaine d’années !», s’enthousiasme son fils, «impressionné par sa capacité d’imagination toujours intacte». Rassurant les férus du genre, il affirme que «le dessin sur papier, l’animation traditionnelle comme la pratique mon père, va continuer à exister au sein du studio», assurant que son père, qui vient de fêter ses 80 ans, continue de travailler à son prochain film. <