L’oral était attendu pour un homme réputé pour son franc-parler. Djamel Belmadi a animé, hier dans l’amphithéâtre Omar-Kezzal au Centre technique national (CTN) de Sidi-Moussa, sa première conférence de presse en tant que driver de l’équipe nationale. Un face à face avec la presse où le successeur de Rabah Madjer a excellé. Séquences choisies.

Désigné le 1er août en succession de Rabah Madjer, remercié le 14 juin, Belmadi a paraphé officiellement un bail de quatre ans hier matin juste après son arrivée en Algérie. Lui dont le nom n’a vraiment circulé que tardivement après que le président de la Fédération algérienne de football (FAF), Kheireddine Zetchi, a failli à faire signer une « grosse pointure » sachant qu’il avait promis un « coach mondialiste » pour driver les « Verts ».

Un choix par défaut ou second plan, cela n’a pas, pour autant, semblé déranger Belmadi qui a fini par avoir « la plus haute fonction footballistique au pays » et « le grade » comme il l’a qualifié. « Même si j’étais le plan «Z», je serais venu. C’est mon pays, il n’y a pas de calculs. J’ai signé pour
4 ans et c’est tout ce qui m’intéresse. Si Quieroz ou Halilhodzic ne sont pas là, c’est leur problème », a dédramatisé l’ancien numéro 10 de l’Algérie.

Avant cette mise au point, l’ancien joueur de l’Olympique Marseille s’est dit « heureux d’être là et d’assister à cette conférence en tant que sélectionneur national. C’est une énorme fierté d’être à la tête de l’équipe A de l’Algérie. Une lourde responsabilité et une décision murement réfléchie parce que ça nécessite une profonde réflexion.»

Le « bon moment » pour le poste

Le nom de Djamel Belmadi a longtemps été cité –officieusement – pour le poste de driver des « Fennecs ». Ça datait même de l’ère Raouraoua. Sa venue n’a, toutefois, jamais abouti. « On m’a régulièrement posé la question de savoir est-ce que j’avais l’ambition d’entraîner l’EN et quand. Ma réponse, c’est que j’estimais, et j’estime toujours, qu’il fallait avoir le bagage suffisant pour pouvoir honorer cette responsabilité qui est pour moi le grade », reconnaît-il en ajoutant que « coacher l’EN est tellement énorme que ça ne se demande pas. La responsabilité ne se prend pas. On vous la donne. Vous l’estimez et si vous vous sentez apte, vous l’acceptez. Est-ce qu’aujourd’hui j’ai le bagage ? Je pense que peut-être le moment est venu pour tenter. »

Néanmoins, le suppléant de Madjer reconnaît que « la tâche est ardue », car il hérite d’une « situation très délicate, mais on va relever le défi. La détermination est là pour avoir le succès.»

Les raisons d’un choix

Le costume de sélectionneur, Belmadi a fini par l’endosser alors que beaucoup l’ont cousu pour lui il y a un bon bout de temps. Il a dû attendre 10 ans d’exercice dans le milieu du coaching pour avoir ce job. Aussi, il y a des raisons qui ont motivé ce choix. « La connaissance de l’environnement dans lequel je vais évoluer. La connaissance des joueurs qui ont été formés à la même école que la mienne (binationaux) et leur état d’esprit » ont été pour beaucoup dans son arrivée.

Pour le côté technique, le concerné pense que « durant ces 10 premières années, j’ai pu, de manière assez honorable, développer les connaissances technico-tactiques nécessaires au poste. Mon passé de joueur m’a certainement aidé dans mes fonctions d’entraîneur. C’est évident que ça avait un apport important. Mais il n’y a pas que ça sinon tous les anciens joueurs deviendraient entraîneurs et auraient du succès.» N’est-ce pas Madjer ?

Par ailleurs, le driver qui a tout gagné en clubs (4 titres de champion et 3 coupes) au niveau national au Qatar avec Lakhwiya (actuellement Al-Duhail) espère que la réussite le poursuivra. « Le succès qui était de mon côté jusqu’à maintenant. Je dis bien jusqu’à maintenant parce que je sais que les choses vont parfois vite », reconnaît le joueur aux 20 apparitions pour 5 buts avec la tunique Dz.

Sur les contacts avec la FAF…

L’arrivée du talentueux tireur de coups francs aux commandes techniques est loin d’être surprenante tant son nom a souvent circulé pour occuper la fonction. Beaucoup pensent que l’instance fédérale a pris contact avec lui depuis longtemps mais l’auteur de l’unique but algérien lors du fameux match arrêté France – Algérie a tenu à démentir cette information. « Si je n’ai pas prolongé avec mon club ce n’est pas à cause de l’EN parce que je n’ai été contacté qu’un mois après », informe-t-il non sans reconnaître avoir eu « un demi-contact en octobre dernier »avant la désignation de Madjer « mais ça ne suffisait pas pour venir.»

Aussi, Belmadi a dit avoir « envie de sortir de ma zone de confort. J’ai tout gagné, moi, mon staff et les joueurs. Sauf la Champions League. Mais là, il y a un challenge avec mon pays et je n’ai pas peur. »

L’Etat des lieux de l’EN

Réussir avec la sélection d’Algérie, cela semble intéresser l’ex-meneur de jeu d’« El-Khadra » au plus haut point.  Belmadi a donné l’impression de savoir où il met les pieds. L’inconstance des résultats du « Club Algérie » est loin d’être récente d’après son avis. « Je crois qu’après la Coupe du Monde 2010, il y a eu une petite traversée du désert. 2014 aussi. C’était peut-être un excès d’euphorie où tout le monde surfait sur la joie. Mais après, il faut se remettre au travail tout de suite. Je n’ai pas l’impression qu’on ait retenu les leçons, relève Belmadi. 

Les solutions, j’estime qu’il y en a. Sinon je ne serais pas venu. L’équipe a du potentiel et elle peut renverser la vapeur. C’est plus une défaillance collective. Je pense que le souci est ailleurs que le cas par cas. J’ai des idées en tête et j’essaierai d’y remédier le plus tôt possible.»

La Gambie, «mission casse-cou» et course contre la montre

L’immédiateté conjuguée à l’urgence, celui qui a évolué à Manchester City devra composer avec. Pour preuve, il aura un match officiel dès le 8 septembre prochain face à la Gambie. Un duel comptant pour la 2e journée des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations 2019. Un rendez-vous que le conférencier a qualifié de « mission casse-cou ».

« Je ne vais pas tirer sur une ambulance. Surtout que c’est la mienne désormais. Personne ne m’attend pour venir pleurer. J’ai  quatre jours pour préparer un match (début du stage fixé au 3 septembre) et deux véritables séances pour me décider. J’ai mes idées et j’ai l’ossature de l’équipe en tête. Je vais choisir le système le mieux adapté pour le match avec les joueurs que j’aurais à ce moment-là», assure Belmadi.

Presse et pressions

Belmadi en terrain miné, ça n’a pas l’air de l’effrayer. Même pas le fait que cinq techniciens n’ont pas résisté aux critiques depuis le départ de Vahid Halilhodzic après la Coupe du Monde 2014. Si Rajevac a été poussé vers la sortie par les joueurs cadres, Gourcuff, Leekens, Alcaraz et Madjer ont tous été remerciés après le forcing des médias. L’avis du nouvel homme de la barre technique de l’EN à ce sujet est simple : « La pression de la presse ne rentre pas dans mon jugement. Elle est à considérer mais on saura trouver l’environnement sain pour travailler dans l’intérêt de la sélection », a-t-il indiqué. « Certes Vous avez un pouvoir mais n’en abusez pas non plus », a lancé Belmadi aux journalistes. C’était pour marquer le territoire.

Ecarts et cartes

Toujours sur le volet relationnel, Belmadi assure qu’il ne badine pas avec la discipline « J’ai conscience de ce qui se passe en Equipe nationale. Il faut un code de bonne conduite dans toute équipe, club, fédération ou sélection. Je pars du principe que je vais mettre mon fonctionnement, mettre tout le monde sur la même ligne, redistribuer les cartes et faire en sorte qu’on respecte cette équipe nationale.

Je suis sûr et certain qu’au niveau disciplinaire, il n’y aura pas du souci car les joueurs seront dévoués. Soyez sûrs qu’il n’y aura pas de soucis à ce niveau. » Cela veut dire que les joueurs qui ont été « blacklistés » par son prédécesseur sont désormais « blanchis ». On pense ici aux M’Bolhi, Taïder, Hanni, Boudebouz et les autres. Surtout que Belmadi a garanti que « celui qui montrera qu’il est apte à jouer, on fera appel à lui.»

Locaux – binationaux : la perpétuelle question qui fâche

En parlant de la composante humaine de l’EN, l’affaire locaux-binationaux a inévitablement refait surface. Une question qui a, manifestement, fâché le coach. « C’est un débat qui pose problème et fait perdre du temps. Cela ne fait pas avancer les choses et ça ne profite pas à l’EN. Moi l’Algérien, peu importe où il se trouve, s’il est sélectionnable, il sera là. Je ne veux plus parler de ça », a tempêté le vainqueur de la Coupe des Coupes en 1996 avec le Paris Saint-Germain.  Ça nous change du système des quotas…

En outre, Belmadi envisage « d’être ne relation étroite avec les entraineurs des clubs du championnat algérien pour faire des séances avec des joueurs que j’estime intéressants et qui correspondent à l’équipe nationale. Surtout sur le plan tactique avec ma conception personnelle du jeu.»

Possessif et winner

Pour rester dans le côté footballistique, à court terme, il y aura la CAN 2019 prévue au Cameroun. La FAF a l’habitude de fixer le carré d’as comme objectif vu la qualité de l’effectif. L’existence de cette clause ne change rien aux ambitions de jouer tous les matchs à fond. « Ce n’est pas du défaitisme ce que je vais dire mais, déjà, il faut se qualifier pour cette Coupe d’Afrique et revenir vite à l’essentiel. Je participe à une compétition pour la gagner avec la volonté de faire le maximum.

Le prochain stage, on est déjà dans le travail. Chaque moment et chaque jour je serai dans le travail. Je ne m’interdis rien. Même pas d’aller au bout», a déclaré Belmadi qui a envie de « mettre des choses en place mais je sais qu’il me faudra du temps. L’idée c’est qu’à terme on contrôle notre jeu et nos matchs en ayant un équilibre : attaquer tout en ayant une sécurité défensive.»

Dans cette optique, il compte beaucoup sur les joueurs qu’il aura sous sa coupe car « pour moi, il n’y a rien sans les joueurs. Ils sont cibles de certaines critiques mais je suis sûr qu’ils aiment beaucoup l’équipe nationale et ils l’ont prouvé par le passé avec la qualification au second tour. Si je suis là, c’est parce que je crois qu’il y a du potentiel.

C’est eux les numéros 1. J’ai aussi entendu la voix du peuple. » Ou l’art de savoir laisser la lumière aux acteurs principaux. Pas d’égocentrisme, c’est déjà ça. Et c’est de bon augure.