Bien que promulguée et entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2017, la nouvelle loi sur la retraite continue d’être rejetée par l’intersyndicale autonome de la Fonction publique. Cette dernière entend d’ailleurs maintenir la pression sur les autorités pour son retrait. 

C’est du moins la finalité d’une campagne pour un million de signatures contre la loi. Lancée officiellement hier par les 12 syndicats autonomes membres, la démarche sous forme de pétition s’adresse aux travailleurs des secteurs concernés, l’éducation, la santé et l’administration publique entre autres. Et c’est à travers les bureaux locaux des syndicats dans les wilayas que la collecte des émargements se fera par secteur. Ainsi, après les marches, les sit-in et les grèves cycliques, les syndicats poursuivent leur combat et veulent rassembler le maximum de soutiens à sa cause, maintenant qu’ils s’adressent directement au président de la République, Abdelaziz Bouteflika. « Cette campagne de signatures vient en complément à notre requête adressée, après l’adoption de la loi par les deux chambres du Parlement, au premier magistrat du pays afin qu’il use de ses prérogatives constitutionnelles pour geler le texte », nous explique Lyès Merabet.
Le président du Syndicat national des praticiens de santé publique (Snpsp) estime qu’« il y a encore de l’espoir » d’autant que par le passé, le chef de l’Etat est intervenu pour geler des lois que le Parlement avait votées. Pour ce qui est de l’objectif, notre interlocuteur soutient que s’il aboutit, cet appel « permettra aux deux parties, c’est-à-dire le gouvernement et les syndicats autonomes, de se donner une deuxième chance et une occasion pour apporter des réajustements à la loi et d’en arriver à un texte consensuel qui arrangerait tout le monde dans l’intérêt des travailleurs et de l’Etat ». Les caisses de retraites qui « sont en faillite », selon le discours officiel, « appartiennent aux travailleurs », rappelle le président du Snpsp. « La moindre des choses serait donc de nous donner le droit d’y apporter des solutions », insiste-t-il.
La campagne pour un million de signatures est justifiée par cinq points énumérés sur l’entête des feuilles d’émargements. Il s’agit de «l’atteinte» à ce que l’intersyndicale considère comme « un acquis » des travailleurs, la retraite proportionnelle et sans condition d’âge en l’occurrence, de « l’exclusion des syndicats autonomes des débats de la  tripartite», de « la disparité entre les caisses de retraites (fonctionnaires, cadres et militaires) », de « la saignée des cadres fonctionnaires » et de la « fermeture des portes pour un vrai dialogue et responsable ». Cependant, cette nouvelle action ne se veut pas comme alternative au combat de terrain, expliquent les acteurs de l’intersyndicale, puisque cette dernière reste toujours dans une logique de protestation. D’ailleurs, les rassemblements régionaux prévus pour le 28 janvier prochain dans quatre wilayas du pays (Blida, Batna, Sidi bel Abbès et Ouargla) sont maintenus. Un retour à la charge qui intervient avec le dialogue relancé par les autorités via le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, visant à associer les syndicats autonomes dans l’élaboration du futur code du travail. Hélas, si pour ce projet, les syndicats restent disposés à la participation, ce n’est pas pour autant qu’ils perdent de vue le combat contre la réforme de la retraite qui, aux yeux du gouvernement, «relève du passé».