Par NAZIM B.
Le verdict dans le procès en appel du journaliste Rabah Karèche sera annoncé aujourd’hui par le Tribunal de Tamanrasset. Le procureur a requis une peine de 18 mois de prison ferme.
En première instance, le correspondant de Liberté dans la wilaya de Tamanrasset a été condamné à 8 mois de prison ferme et 4 mois avec sursis après un requis de 3 ans de prison. Le journaliste est poursuivi pour les chefs d’inculpation d’«administration d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société», «diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public» et «usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et à l’unité nationales». En détention depuis le 19 avril dernier, il boucle ainsi 176 jours.
Lors du procès en appel, ses avocats ont insisté sur le caractère «infondé» des accusations pour lesquelles le journaliste a été mis en prison. Maître Batir a plaidé, à cette occasion, l’innocence de Rabah Karèche, rappelant que ce dernier n’a fait que son travail de manière honnête. «Il n’a fait que rapporter les faits», a-t-il réitéré. «Le dossier du journaliste Rabah Karèche est vide. Aucun élément n’indique qu’il a commis un délit», a plaidé, pour sa part, Me Abdelghani Badi, pour qui «toute cette affaire est une honte pour l’institution judiciaire». Me Badi ajoutera : «Au lieu d’encourager nos journalistes qui exercent un métier dont a besoin tout Etat qui se respecte, on les jette en prison à cause d’un lien d’un article partagé sur leur page Facebook.» La séance a été également marquée par les interventions de certains notables de la région qui ont plaidé la cause du journaliste.
«Je connais Karèche depuis onze ans, il a toujours porté notre voix et nos préoccupations à travers ses articles sur Liberté. Je fais partie de ceux qui ont demandé à Karèche de venir à Tazerout et de parler de notre refus de ce découpage administratif (…)», a déclaré l’un d’eux à l’adresse du président de la Cour. Pour un autre témoin, Rabah Karèche «était avant son emprisonnement la voix de la population locale et c’est grâce à son travail, depuis plus de dix ans, que les préoccupations de la région parviennent aux hautes autorités».
Il faut rappeler que l’emprisonnement de Rabah Karèche a suscité la solidarité de la part de quelques segments de la presse qui se sont mobilisés dès son incarcération. Un rassemblement a été organisé au niveau du siège de Liberté et un autre a été tenu le 3 mai dernier à l’occasion de la Journée internationale de la presse. Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé le maintien en détention du journaliste Rabah Karèche, appelant à sa «libération immédiate» et à l’«abandon des charges retenues à son encontre». <