L’affaire de l’usine Peugeot Algérie vient de connaître un nouveau rebondissement.

En effet, l’usine sera délocalisée d’El Hamoul vers Tafraoui, à une vingtaine kilomètres de la ville d’Oran. Les autorités algériennes ont adressé, depuis quelques jours, un courrier aux responsables de la marque française les informant de la décision de l’octroi de ce nouveau terrain pour l’usine, en lieu et place de celui d’El Hamoul, considéré comme un terrain agricole.

Ainsi, les entraves au projet d’installation de l’usine Peugeot en Algérie sont en voie d’être levées. Une source au fait du dossier nous a informés que les autorités algériennes ont proposé au constructeur français une autre assiette de 120 hectares du côté de Tafraoui, toujours dans la wilaya d’Oran, en remplacement du site d’El Hamoul.

Cette assiette, selon notre source, se trouvant à l’intérieur d’une zone industrielle de la région, le ministère de l’Industrie et des Mines a adressé une lettre à Peugeot-Citroën production Algérie (PCPA) lui signifiant que toutes les commodités et caractéristiques pouvant faire l’objet d’exigences pour ce genre d’investissement sont respectées. «C’est le Premier ministère qui a pris l’affaire en main», a souligné notre source, précisant que le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, «a sommé le ministère de l’Industrie d’accélérer la procédure d’octroi du terrain pour le lancement officiel des travaux et l’installation de l’usine» et que « le Conseil national de l’investissement a entériné le projet et validé le terrain de Tafraoui». Toujours selon notre interlocuteur, «PSA n’a pas encore répondu à l’offre», car «un investissement colossal a été déjà consenti sur le terrain d’El Hamoul, dans la commune d’El Kerma, à Oran, et que des études de sol, notamment, doivent être réalisées avant de s’engager», raison pour laquelle PSA n’a pas encore répondu favorablement à l’idée de la délocalisation du premier site vers le second. «Aucun responsable de PSA et encore moins ceux de PCPA n’a répondu au courrier du gouvernement algérien», informe notre source, expliquant que le courrier du ministère de l’Industrie et des Mines adressé à PSA «ne donne pas le choix au constructeur pour choisir le lieu», mais indique que «l’usine sera installée à Tafraoui», d’où, ajoute-t-elle, l’impératif que «PSA réponde au plus vite au courrier des autorités algériennes pour espérer rattraper en partie le retard enregistré jusqu’ici». Une réponse attendue, sans aucun doute, après une visite du terrain par les experts de Peugeot. Sur un autre registre, notre source a expliqué que ce genre d’investissement doit répondre à plusieurs exigences. Elle cite, entre autres, la superficie du terrain qui devrait accueillir la plateforme logistique et de production, un grand parking pour le stockage et la livraison. A côté de ces exigences, il nous a été précisé que Peugeot ne compte pas venir s’installer tout seul. «Il faut de l’espace pour accueillir ce qu’on appelle la zone interne des fournisseurs», car celle-ci sera entièrement «dédiée aux sous-traitants de Peugeot qui ne devraient pas s’installer loin de l’usine de montage».

Le forcing de PSA

Selon toujours notre source, la réponse des autorités algériennes est venue quelque temps après les déclarations de Jean-Christophe Quémard, directeur de la région Moyen-Orient Afrique du Nord (Mena) du groupe PSA. Pour rappel, ce responsable «a exclu tout recul de la part de PSA» sur ce projet, promettant l’installation «sûre» de la marque française en Algérie, et ce malgré les entraves. La dernière sortie du responsable de PSA pour la région Mena, explique notre source, a fait en sorte que les autorités algériennes «pressent le pas pour trouver une issue au problème». Ce qui a été vu comme un forcing de la part de PSA pour s’installer en Algérie a eu son effet, à en croire une autre source proche du même dossier. «PSA a su jouer la carte de la pression sur les autorités algériennes qui avaient fait montre d’une opposition au projet», d’où «la montée au créneau d’un seul agriculteur pour bloquer un projet d’usine entériné par deux Etats». Pour rappel, les autorités algériennes ainsi que PCPA ont opté pour le site d’El Hamoul pour son positionnement dit stratégique, car situé à proximité de deux routes nationales, les RN 4 et 108, et de la voie ferrée reliant Oued Tlélet (Oran), Sidi Bel-Abbès, Tlemcen et Alger, et non loin de l’autoroute Est-Ouest. Quelque temps après l’annonce de l’installation du constructeur français, des agriculteurs de la région sont montés au créneau et ont exigé la délocalisation de l’usine. Ce qu’ils ont obtenu en définitive. Rappelons que le protocole d’accord sur l’installation de Peugeot en Algérie a été signé en novembre 2017 et que les travaux devaient être engagés en avril de l’année en cours. La société Peugeot Citroën production Algérie (PCPA) a été créée avec un capital de 100 millions d’euros réparti selon la règle 49/51, soit 20% détenus par l’entreprise nationale de production de véhicules industriels – PMO de Constantine, 15,5% par le groupe Condor, 15,5% revenant à l’opérateur pharmaceutique Palpa-pro et 49% au groupe français PSA. Il est attendu, selon l’étude du projet, la production de 75 000 véhicules par an, dans une première phase, et la création de 1 000 emplois directs et autant indirects. Le taux d’intégration prévu est de 40 %.