Alors que les cours pétroliers mondiaux reprennent du poil de la bête depuis quelques semaines, se hissant à près de 75 dollars le baril sur le marché londonien, le gouvernement semble avoir encore un appétit vorace pour la taxation.

Plusieurs taxes nouvelles font leur apparition dans l’avant-projet de loi de finances complémentaire 2018, alors que d’autres impôts ont été révisés à la hausse aux fins de répondre à une conjoncture financière pesante. Concernant le commerce extérieur, le gouvernement revient à la charge malgré la levée de boucliers suscitée par les mesures dites d’encadrement des importations mises en application depuis janvier 2018, en substitution, dit-on, au dispositif des licences qui a montré ses limites. Ainsi, après avoir tenté de diminuer les importations à coups de nombreuses dispositions fiscales, administratives et bancaires, dont la liste des 851 produits suspendus à l’importation, l’Exécutif fait parler de lui une nouvelle fois en instituant une taxe destinée à dresser des obstacles aux importateurs. Il s’agit d’une taxe douanière supplémentaire provisoire sur les importations des marchandises finies, instaurée, dit-on, afin de renforcer les mesures de protection de la production nationale et réduire la charge des importations sur la balance commerciale. Au-delà de son caractère protectionniste, le gouvernement remet un coup de projecteur sur la mésentente commerciale avec le principal partenaire du pays, l’Union européenne en l’occurrence, qui avait affiché un mécontentement inédit au sujet des mesures d’encadrement des importations, les considérant comme une entrave flagrante au libre-échange. Au-delà de l’incapacité du pays à soutenir une facture d’importation dépassant les 40 milliards de dollars et à rendre ses entreprises beaucoup plus compétitives dans un laps de temps trop serré, le gouvernement n’a de choix que freiner l’envolée des importations afin d’enrayer des déficits pour le moins menaçants. Et sur ce dossier, la situation est toujours tendue, puisque aucune information n’a filtré des récents conciliabules regroupant des experts et responsables algériens et représentants de la partie européenne, conduits, récemment à Alger, par Ignacio Garcia Bercero, directeur général du commerce à la Commission européenne. Il reste que cette nouvelle taxe sur les produits importés, dont des fabricants locaux couvrent largement les besoins nationaux, passerait mieux qu’une régulation purement administrative et bancaire des importations par des listes de produits interdits à l’importation. Si les économies réalisées par le moyen des mesures d’encadrement des importations restent marginales, le gouvernement est décidé à muscler davantage son arsenal afin d’endiguer l’aggravation des déficits. Au plan interne, le gouvernement tente également d’améliorer les indicateurs financiers en privilégiant davantage la piste de la taxation. Après les lois de finances 2016, 2017 et 2018 à forte connotation fiscale, le gouvernement persiste. L’avant-projet de loi de finances complémentaire pour 2018 passera mercredi en conseil des ministres et devrait lever le voile sur l’institution de plusieurs autres taxes et le relèvement des seuils d’autres impôts. Hausse des droits d’examen pour l’obtention du permis de conduire et des droits de timbre pour la délivrance du permis de conduire et de la carte grise, taxation de la vente des produits énergétiques aux industriels et de la consommation du secteur de l’énergie… l’Exécutif poursuit ainsi sa quête d’autres ressources pour rehausser un tant soit peu la contribution de la fiscalité ordinaire au budget de l’Etat. L’objectif est de parvenir à moyen terme à faire financer le budget de fonctionnement par les seuls revenus de la fiscalité ordinaire.