Né le 21 décembre 1949 à Yako (nord), Thomas Sankara, élevé dans une famille chrétienne et dont le père était un ancien combattant, a douze ans au moment de la décolonisation. Après l’obtention de son baccalauréat à Ouagadougou, il suit une formation militaire à l’étranger, notamment à Madagascar, où il assiste en 1972 à l’insurrection qui renverse le président Philibert Tsiranana, considéré comme inféodé à la France, ex-puissance coloniale. A son retour en 1973 dans son pays qui s’appelle alors la Haute-Volta, il est affecté à la formation des jeunes recrues et se fait remarquer lors d’un conflit avec le Mali, en 1974-1975. Après un coup d’Etat en novembre 1980, le nouveau chef de l’Etat, le colonel Saye Zerbo, lui confie le poste de secrétaire d’Etat à l’Information. Ses idées progressistes lui font claquer la porte du gouvernement un an et demi plus tard. Mais il revient à la faveur d’un autre putsch et est nommé Premier ministre, en janvier 1983. Une sourde lutte pour le pouvoir s’engage alors entre militaires. D’abord arrêté en mai 1983, il ressurgit en août, cette fois pour de bon, à la suite d’un nouveau coup d’Etat mené par son ami intime, le capitaine Blaise Compaoré. Agé de 33 ans, Sankara symbolise l’Afrique de la jeunesse et de l’intégrité. Il rebaptise d’ailleurs son pays Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ».
Vivant modestement avec sa femme et ses deux fils dans un palais présidentiel délabré, il n’a pour tout bien que sa guitare et une Renault 5 d’occasion, petit véhicule qu’il impose comme voiture de fonction à tous les membres de son gouvernement habitués aux luxueuses berlines. Ses priorités: dégraissage d’une fonction publique « pléthorique », amélioration de la situation sanitaire, désenclavement des campagnes, éducation, promotion de la femme, politique en faveur des paysans. « Il faut décoloniser les mentalités » clame-t-il. Ses relations avec l’ex-puissance coloniale française et plusieurs pays voisins, dont la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët Boigny et le Togo de Gnassingbé Eyadéma, sont tendues. Ses prises de position, ses liens avec la Libye de Mouammar Kadhafi et le Ghana de Jerry Rawlings, inquiètent. Au président français François Mitterrand, qui avait accueilli officiellement à Paris le rebelle angolais Jonas Savimbi et le président du régime d’apartheid sud-africain Pieter Botha, il donne une leçon de droits de l’Homme, lors d’une visite à Ouagadougou en 1986.

« Il va plus loin qu’il ne faut à mon avis », rétorque Mitterrand.
Sankara appelle l’Afrique à ne pas payer sa dette aux pays occidentaux, dénonce devant l’ONU les guerres « impérialiste », l’apartheid, la pauvreté, défend le droit des Palestiniens à l’autodétermination. Le 15 octobre 1987, alors qu’il se rend à un conseil des ministres extraordinaire, il est assassiné lors d’un putsch qui laisse Blaise Compaoré seul au pouvoir. Il n’avait que 37 ans. Il voulait « décoloniser les mentalités » dans son pays et en Afrique où il est devenu une icône, mais Thomas Sankara, jeune président du Burkina Faso, n’a pu réaliser son rêve: en 1987 il est assassiné, quatre ans après le coup d’Etat qui l’avait porté au pouvoir. Lors des manifestations de 2014 qui ont abouti à la chute de Blaise Compaoré, les jeunes, qui n’ont pas connu son bref passage au pouvoir, brandissaient pourtant son portrait avec fierté. Plus d’une dizaine de partis politiques se réclament de l’idéal de Sankara, dont le principal est l’Union pour la renaissance-Parti sankariste (Unir-PS).
Source AFP