Par Rouchdi BERRAHMA
Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata ont eu lieu le 8 mai 1945, le jour où l’Allemagne s’est rendue pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour le célébrer, les Algériens ont arboré un drapeau vert, blanc et rouge comme symbole de liberté et ceux qui ont donné leur sang pour la France réclamaient leur indépendance. Mais le rêve de liberté s’est transformé en cauchemar car les soldats français ont répliqué par des tirs, une estimation prudente situe les morts à plus de 40 000.
Le lobby des pieds noirs était puissant à Paris et poussait à une domination européenne semblable à celle de l’apartheid. Ceci, combiné à la perception ancrée que l’Algérie appartenait à la Métropole, a rendu le gouvernement français peu disposé à répondre même aux demandes modérées des groupes nationalistes algériens. L’armée française a plutôt répondu aux révoltes avec une force disproportionnée, semant la peur et la colère parmi la population algérienne. C’est dans cette atmosphère que naissait la guerre de libération nationale, la guerre qui reste à ce jour un sujet sur toutes les bouches. Des essais historiques et des romans édités, des thèses soutenues, des films tournés, sans oublier les bandes dessinées qui font des retours en arrière pour éclairer l’histoire par le passé.
«Une histoire de la guerre d’Algérie», de Bournier, Djian et Alcala, est une BD-documentaire qui retrace l’histoire de deux Algériens, Yacine et son fils Sélim, engagés dans la résistance armée.
Le récit commence quand Yacine et Mustapha rentrent en Algérie, le 5 avril 1945, fiers de s’être battus pour la France. Mais leur déception est très grande. Ils peinent à trouver du travail.
Après la répression française et les massacres du 8 Mai 1945, les préparatifs de la guerre de libération nationale sont lancés. Le FLN est créé ainsi que son bras armé, l’ALN. Le 1er novembre 1954 marque le début d’une guerre féroce qui a duré plus de sept ans…
Bien évidemment, un expert de la guerre d’Algérie n’apprendra pas grand-chose de cette BD-documentaire, mais pour les autres, c’est juste impeccable ! Le récit respecte parfaitement la complexité de ce conflit et éclaire les tragédies uniques qui le composent et, quand il y a besoin, le récit fait une pause et les auteurs nous proposent des sortes de pages documentaires qui offrent toutes les informations nécessaires à la compréhension essentielle de cette guerre d’indépendance encore bien vivante dans les mémoires.