La fin de la semaine aura été marquée par une hausse de nouvelles contaminations au coronavirus. Après six jours consécutifs de baisse, trois autres jours de hausse ont suivi à partir de mardi dernier pour alerter sur la réalité de la situation de la pandémie de coronavirus dans le pays. Les nouvelles infections à la Covid-19, qui étaient de 507 cas lundi (sixième de baisse), sont remontées pour atteindre 532 mardi, 551 mercredi et 571 jeudi.

Ces chiffres démontrent, si besoin est, que la situation est toujours aussi préoccupante et ce n’est pas une différence de quelques cas d’infections qui peut donner un véritable aperçu sur la situation réelle de la pandémie en Algérie. La baisse à travers laquelle beaucoup avaient cru déceler une «tendance baissière», en voyant les cas diminuer pendant près d’une semaine, a très vite été relativisée par les professionnels de la santé qui avaient estimé que «rien ne pouvait être encore affirmé» et qu’il était «encore trop tôt pour parler d’une tendance baissière». La réalité des chiffres a confirmé leur prudence à se prononcer sur la situation.
Autre preuve que «nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge» et que «le virus continue de circuler parmi nous», pour paraphraser des professeurs du Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha et de l’hôpital de Rouiba, c’est que certains hôpitaux, qui avaient connu une relative accalmie durant quelques jours, ont vu, vers la fin de la semaine dernière, leurs services Covid «afficher une nouvelle fois complet», à l’instar de l’hôpital de Tlemcen. C’est ce qui explique aussi que certaines communes ont dû repasser sous confinement partiel avec un réaménageant des horaires de couvre-feu après la constatation d’une hausse de nouvelles contaminations, comme ce fut le cas dans deux communes à Tizi Ouzou (chef-lieu de wilaya et Draâ Ben Khedda) et une autre dans la wilaya d’El Tarf (El Kala). La prochaine ouverture tant attendue des plages, mosquées, parcs et autres lieux de loisirs, jusque-là fermés en raison de leur forte fréquentation par la population et, par conséquent, de leur grand potentiel de transmission du coronavirus si les mesures de prévention ne sont pas respectées, n’est pas sans ajouter de soucis à une situation déjà préoccupante.
Saturation des services Covid : responsabilité partagée
Même si les protocoles sanitaires sont établis et que les recommandations de suivre les gestes barrières ne cessent et ne cesseront pas d’être diffusées, comme c’est d’ailleurs le cas depuis l’apparition de la pandémie en Algérie à la fin de février dernier, rien ne garantit le respect des mesures préventives. A chaque ouverture de commerces ou autres lieux, ou encore de déconfinement (partiel ou total), les cas repartent à la hausse en raison, justement, du non-respect des règles de sécurité sanitaire. Ce qui engendre, par la suite, une saturation des services Covid au niveau des hôpitaux et un épuisement encore plus important des personnels en charge des patients atteints par cette maladie. Il est utile de rappeler, dans ce sens, que malgré l’instruction donnée par le ministère de la Santé de réserver au niveau des hôpitaux un certain taux de la totalité des lits pour cette pathologie – puisque nombre de services s’occupant d’autres maladies avaient gelé leur activité pour éviter la contamination des malades – il n’y eut, dans pas mal de cas, que le minimum. On se rappelle cette révélation du ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, qu’«un hôpital de plus d’un millier de lits n’avait réservé que 120 lits pour la Covid». Une anomalie qui avait été corrigée aussi bien dans cet hôpital que d’autres après une réunion qu’il avait tenue avec les responsables des structures hospitalières les invitant à augmenter leur capacité de réception des malades de coronavirus.
Mais il faut aussi rappeler, à propos de la saturation des services Covid, qu’ils étaient parfois contraints de retenir des cas suspects et que ceux-ci y restaient plusieurs jours, occupant les lits des malades confirmés, parce que les résultats de leur PCR arrivaient en retard, mettant parfois jusqu’à une semaine, voire dix jours pour parvenir.
Il y a lieu de noter, par ailleurs, la dernière instruction du ministère de la Santé après un diagnostic faisant état d’une situation épidémiologique marquée par la «recrudescence des cas de contamination à la Covid-19». Une situation due, a-t-il dit, «à une conjonction de plusieurs facteurs, essentiellement la levée des mesures de confinement malgré leur caractère graduel et les mesures prudentielles, des regroupements familiaux et le manque flagrant dans le respect des mesures barrières». Cette situation a conduit à une «saturation des lits hospitaliers dans plusieurs hôpitaux qui n’avaient pas mobilisé un nombre de lits suffisant à temps», provoquant «une pression accrue sur les équipes de santé, une demande accrue de soins, un manque de moyens de protection, une grande tension sur l’oxygène et les tests PCR dont les délais de rendu des résultats dépassent la semaine». Concernant les derniers points, même les walis sont appelés à prendre leur responsabilité, conformément au décret exécutif du 9 juillet qui stipule que les walis doivent «veiller à la disponibilité et à la consolidation des stocks permanents des moyens de dépistage et d’oxygène médical.
Anticiper pour
mieux gérer
Aussi, dans cette instruction du Secrétaire général du ministère de la Santé, il est demandé aux directeurs de la santé et de la population (DSP) de veiller à la «mise en application d’une feuille de route comprenant une série de mesures», comme il leur est demandé «une approche managériale basée sur la concertation» et sur «les résultats et le principe de la sanction». L’anticipation est l’autre recommandation de la tutelle afin de ne pas retomber dans les mêmes aléas dans le cas où la situation épidémiologique venait à connaître une recrudescence plus importante des contaminations. Ainsi, en matière d’anticipation, et selon l’évolution de la situation épidémiologique, il leur est demandé d’«identifier les unités, service ainsi que le personnel de santé qui seront appelés à être mobilisés en cas de recrudescence de l’épidémie ou à reprendre graduellement les activités gelées en cas de recul de l’épidémie». Il s’agira donc de procéder à l’ouverture d’unités Covid préalablement identifiées dès que le taux d’occupation des lits dans les services d’hospitalisation atteint le seuil d’alerte de 65%, selon le ministère. Ce dernier a noté que ce taux, qui était de 41,7% en juin, a atteint un pic de 69% au 1er juillet. Le taux d’occupation des lits réservés à la réanimation est passé de 15,1% le 1er juin à 44% au 5 juillet. Le taux de létalité est resté, quant à lui, stable, autour de 5%. <