L’engagement des jeunes Algériens pendant la pandémie de la Covid-19 a fait l’objet d’une étude, dirigée par la fondation Friedrich-Ebert Algérie et menée par trois chercheurs, avec l’objectif d’établir un diagnostic du comportement des jeunes en temps de crise, ainsi qu’une revue des pratiques solidaires qu’ils ont pu développer, les répercussions psychosociologiques de la crise sanitaire et ses conséquences sur leur sens de l’engagement.

PAR NAZIM BRAHIMI
Les conclusions de l’étude soulignent notamment que le potentiel des jeunes algériens est apparu lors de la crise de la Covid-19, par l’implication en tout cas d’une partie de la jeunesse, qui est active notamment dans le milieu associatif.
L’étude fait observer l’émergence de nouveaux mouvements et collectifs informels de jeunes, qui ne croient plus en l’efficacité des modes d’organisation traditionnels et qui s’attachent davantage au sens de leur action, aux valeurs et au contact direct avec les pairs. Dans ce sens, la jeunesse algérienne se dessine comme une catégorie volontariste, mais rend compte de problèmes «d’ordre relationnel avec les institutions formalisées qui sont liés aux démarches administratives contraignantes et au rejet de la part des jeunes des schémas classiques d’association et de hiérarchisation».
Il s’agit, pour les promoteurs de cette étude, de mieux comprendre la manière dont cette catégorie de la population fait face à la crise et s’y adapte et d’étudier les pistes de pérennisation des bonnes pratiques d’engagement développées dans ce contexte particulier.
L’étude, présentée dans une publication de 53 pages, et qui se place dans un contexte géographique particulier et fait écho à une étude similaire menée sur le comportement des jeunes tunisiens en temps de crise, renvoie à une période où le confinement (avec couvre-feu) était encore en vigueur sur plusieurs wilayas du pays (20 au total), induisant un ralentissement économique pour beaucoup de catégories sociales, et parmi elles les jeunes. «Ce contexte très particulier a mis en lien crise sanitaire et crise économique et fait ainsi appel à une redéfinition des comportements, notamment en termes d’aide et de solidarité», peut-on lire dans la présentation de la publication avec la précision que cette étude «a ses limites et ses biais» car ne prétendant pas à «l’exhaustivité en matière d’identification des initiatives menées par les jeunes». Ajoutant que l’étude s’est basée sur l’identification de jeunes qui se sont engagés durant la crise qui s’est faite sur la base des initiatives menées sur la période de mars 2020 jusqu’à la date de rédaction du présent rapport en février/mars 2021.
L’étude a tenté également de corriger une idée reçue quant à l’engagement ou à la démission des jeunes Algériens. «Le désengagement des jeunes, qui constituent 23 % de la population algérienne, de la vie politique, associative, syndicale et de toute autre forme organisée de contribution aux affaires publiques semble se confirmer, ce manque d’implication ne traduit pas forcément un manque d’intérêt envers la sphère publique», est-il relevé dans la même étude.

Nouvel espace de participation citoyenne
Cette dernière a confirmé une tendance selon laquelle les réseaux sociaux constituent un nouvel espace de la participation citoyenne. «Tout comme dans les autres pays de la région, les réseaux sociaux, Facebook en premier, sont devenus le moyen privilégié d’information, de communication et d’engagement chez les jeunes Algériens», précisant que plus de 40% de la population algérienne utilise internet et 84 % des utilisateurs et utilisatrices de Facebook sont des jeunes.
L’usage des réseaux sociaux pour mobiliser et engager les foules s’explique par la rapidité de partage de l’information et par la facilité d’accès au plus grand nombre. C’est aussi un canal plus sûr pour les cyber-activistes qui peuvent y garder l’anonymat et se prémunir de toute répression. A noter que l’étude (consultable sur le lien https://algeria.fes.de a été menée par Khadidja Boussaïd, Selim Kharrat et Saïda Machat. Khadidja Boussaïd est docteure en sociologie urbaine et chercheuse au sein du Cread. Ses champs de recherche sont la sociologie urbaine, la sociologie des inégalités, la sociologie du développement et la sociologie de la famille où elle aborde les thématiques de recherche suivantes : genre et identités, famille et consommation, mobilités/motilité, développement durable et gouvernance urbaine. Selim Kharrat est consultant indépendant, intervenant depuis 2012 auprès des principaux acteurs de la société civile en Tunisie et dans la région, des ONG internationales ainsi que les organismes de développement et de coopération internationale. Il est cofondateur et actuel président d’Al Bawsala, une ONG de plaidoyer qui assure le monitoring des institutions politiques. M. Kharrat détient un Master professionnel en Management des organisations et développement durable, un Master en Micro finance et un Diplôme d’études approfondies en Economie des réseaux. Saida Machat est consultante depuis 2019 dans le cabinet Human Capital Value. Elle intervient sur plusieurs missions, études diverses et évaluations auprès des principaux acteurs de la société civile en Tunisie et dans la région. Mme Machat est ingénieur en Biologie industrielle de formation et détient un Master en Design Elaboration et performance de produits agro-sourcés. <