Après la décision des pays membres de l’Opep de hausser leur niveau de production à environ 1 million de barils/jour, le Comité ministériel conjoint de suivi de l’accord de réduction de la production pétrolière des pays Opep-non-Opep (JMMC) devait s’acheminer vers une même tendance haussière à travers le leadership du tandem Arabie saoudite – Russie.

Les deux grands producteurs mondiaux mènent en effet depuis plusieurs mois des tractations pour une hausse de la production d’or noir dans le but de stabiliser les cours. Sur les raisons de la nécessité pour l’Arabie saoudite de réduire les cours du baril, le consultant en énergie et transition énergétique Tewfik Hasni met en avant les pressions américaines sur le Royaume : « 80 dollars le baril a été une ligne rouge inacceptable pour l’économie occidentale ».

Un seuil qui permettait aux pays considérés par les USA comme des « ennemis » de se « renflouer financièrement », estime-t-il, ajoutant que les enjeux de cette dernière réunion sont marginaux du fait que « les décisions importantes ont été prises en dehors de l’Opep ». L’objectif initial de l’accord Opep-non-Opep de réduction de la production avait pour objectif de faire remonter les prix qui peinaient à se hisser au-delà des 30 dollars. «Le but était d’avoir un prix situé à 50 dollars avec possibilité d’atteindre un prix moyen de 60 dollars/baril », rappelle pour sa part l’économiste Kamel Rezig, qui considère cette décision comme « sage » afin d’éviter « une guerre commerciale et conserver un prix acceptable aussi pour les pays consommateurs». «C’est une décision sage qui devra stabiliser les prix entre 60 à 70 dollars le baril et faire en sorte que les pays producteurs ne perdent pas une grosse part de marché aux dépens du pétrole de schiste américain», analyse Kamel Rezig qui voit d’un bon oeil une stabilisation des prix pour ce qui concerne les intérêts économiques de l’Algérie, « Même si pour l’Algérie, certains peuvent voir une perte en fiscalité pétrolière, il faut voir les répercussions de cette orientation sur le moyen terme. A savoir, moins de fluctuations des cours et un prix du baril qui reste très intéressant pour l’économie nationale », affirme l’économiste.
Interrogé sur l’influence majeure et surtout convergente depuis plusieurs mois de l’Arabie saoudite et la Russie sur les orientations à donner à la production d’or noir, le consultant en hydrocarbures Abderrahmane Mebtoul, lui, l’explique tout simplement par la part de production prépondérante des deux pays : « L’Arabie saoudite est à la tête des pays de l’Opep, ce ne sont pas les autres pays membres de cet accord avec leur faible production de pétrole qui peuvent influencer l’orientation de l’ensemble des membres de l’accord. La Russie étant l’autre poids lourd de l’accord, le chef de file des pays hors-Opep», explique Abderrahmane Mebtoul, qui rappelle que les orientations de l’accord Opep-non-Opep obéissent à un deal entre la Russie et l’Arabie saoudite pour atteindre leurs objectifs économiques et géostratégiques. « Pour Moscou, le prix d’équilibre pour le baril de pétrole est de 60 dollars ce qui permettrait d’éviter l’entrée massive du pétrole et du gaz de schiste américain sur les marchés. Pour l’Arabie saoudite, le prix d’équilibre est de 70 dollars, l’enjeu pour Riyad étant de garder la mainmise sur les pays du Golfe et de mettre la pression sur l’Iran qui fait l’objet de sanctions américaines », développe-t-il. Pour rappel, en ce qui concerne les prix, l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une moyenne à 71 dollars en 2018, suivie d’une baisse à 68 dollars en 2019.