En quête d’une seconde Palme: couronné il y a vingt ans, l’Italien Nanni Moretti revient en compétition à Cannes avec «Tre Piani», à l’aube de la deuxième semaine d’un festival dans lequel rien n’est encore joué. Fer de lance d’un cinéma à la croisée de l’intime et du politique, voix majeure du 7e art européen, le Romain avait décroché le Prix de la mise en scène en 1994 pour «Journal intime», récit de son propre combat contre le cancer, puis la Palme d’Or en 2001 avec «La chambre du fils», film déchirant autour de la perte d’un enfant. C’est un habitué de la Croisette où il avait aussi présenté la comédie «Habemus Papam», avec un Michel Piccoli en Pape saisi par le doute. Dans «Tre Piani», comme à son habitude, le réalisateur apparaîtra à l’écran dans l’un des rôles, celui de Vittorio, un magistrat, mais le scénario est cette fois adapté d’un roman de l’Israélien Eshkol Nevo, «Trois étages», dont il a transporté l’intrigue à Rome. Le film entremêle les histoires de plusieurs foyers, dans un immeuble de trois niveaux de la capitale italienne, selon le synopsis dévoilé par les producteurs: une famille avec une fille de sept ans, une jeune mère dont le mari fait de longs séjours à l’étranger, un couple de magistrats confronté à un choix douloureux… Il «aborde des thèmes universels tels que la culpabilité, les conséquences de nos choix, la justice et la responsabilité qui accompagne le fait d’être parent», a déclaré dans ses notes de productions le cinéaste. Son treizième film, tourné avant la pandémie et qui a patiemment attendu d’être présenté cette année à Cannes, pourrait résonner avec l’actualité: il raconte aussi «notre tendance à mener des vies isolées», ajoute-t-il.
Présenté le même jour qu’une adaptation du romancier japonais Haruki Murakami signée Hamaguchi Ryusuke et le dernier film de la Française Mia Hansen Love, «Tre Piani» bousculera-t-il la compétition? Cette sixième journée vient clore une semaine marquée par plusieurs oeuvres fortes: «Annette», de Leos Carax, le film d’ouverture, véritable feu d’artifice cinématographique avec Adam Driver et Marion Cotillard, en tête des notes données par les critiques internationaux sur les premiers jours et compilées par le magazine Screen International. Le film du Norvégien Joachim Trier, «Julie (en 12 chapitres)», portrait subtil d’une jeune femme en proie aux doutes et questionnements de l’époque, a ému la Croisette et révélé une actrice, Renate Reinsve, 33 ans, quand Paul Verhoeven, 82 ans, n’a pas laissé indifférent mais ne fait pas l’unanimité avec «Benedetta», sur une nonne lesbienne au Moyen-Âge. Deux films («La Fracture», mettant en scène les «gilets jaunes» et l’hôpital en manque de moyens, signée Catherine Corsini et «Le Genou d’Ahed» de Nadav Lapid, très critique d’Israël) portent des messages politiques qui pourraient attirer l’oeil du jury présidé par l’Américain Spike Lee. Ce dernier a promis que les décisions seraient «démocratiques» et que lui-même prendrait en compte «l’originalité, la performance des acteurs, le travail de la caméra» et «l’émotion» véhiculée par les oeuvres. La deuxième semaine pourrait rebattre les cartes: dès lundi, Cannes frappe très fort en alignant une brochette de vedettes internationales à l’affiche du dernier film de Wes Anderson, «The French Dispatch», de Tilda Swinton à Timothée Chalamet en passant par Adrien Brody et Léa Seydoux. La présence de cette dernière (à l’affiche de trois films en compétition) est incertaine: elle a été testée positive au Covid et attend un feu vert médical pour éventuellement rejoindre Cannes. Et, comme Nanni Moretti, deux autres réalisateurs déjà palmés sont sur les rangs pour rejoindre le club des neuf cinéastes doublement couronnés, d’ici à la remise des prix le 17 juillet: Jacques Audiard et Apichatpong Weerasethakul. (AFP)