Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, estime que, «parce que la coopération économique constitue l’un des meilleurs remparts face à la guerre, il faut pouvoir envisager un projet de développement susceptible de renforcer l’unité arabe, par la mise en commun d’intérêts partagés ».

Et pour pouvoir le faire, il propose une hausse du commerce par abaissement de barrières douanières dans la région, parmi les plus élevées du monde, des investissements stimulés par les bénéfices engendrés et une mutualisation des approvisionnements et des coûts de développement. Une union économique serait également source de rééquilibrage avec les autres ensembles économiques mondiaux.
C’est, dit-il, «dans cette optique que je défends l’idée -irréaliste pour beaucoup, je le sais bien- de créer une Ceca du pétrole et du gaz, réunissant notamment l’Iran et l’Arabie saoudite autour d’intérêts économiques communs». De Villepin, remonte le temps pour évoquer l’Union européenne, projet utopique s’il en est, et qui fut précisément fondée à partir de ce modèle promu par la Communauté économique du charbon et de l’acier. Une telle initiative a besoin, selon lui, de moteurs. Or, note-t-il, sa réalisation, ayant cela à l’esprit, serait incontestablement le point de départ d’une paix durable dans la région. Dans l’absolu, toute forme de solution pour la paix est bonne à prendre, ce dont rêve tout homme politique pétri de sagesse et de diplomatie. Sauf que la réalité est tout autre dans la sous-région.
Et tout le monde voudrait bien savoir comment on pourrait concilier l’inconciliable et rapprocher deux pays que tout sépare, a fortiori dans le contexte d’aujourd’hui où les Etats-Unis ont récemment durci le ton contre l’Iran, troisième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Le président Donald Trump a nommé, la semaine dernière, John Bolton, qui ne cache pas son hostilité au régime iranien, au poste de conseiller à la sécurité nationale. Cette désignation n’est pas faite pour apaiser la tension dans la sous-région. Pour beaucoup d’analystes, l’accord sur le nucléaire iranien a ainsi de grandes chances de ne pas survivre à mai prochain, ce qui pourrait se traduire par un retour des sanctions et un embargo sur le pétrole iranien. L’Iran subit encore les conséquences des sanctions économiques occidentales. Ces dernières l’ont paralysée avant leur levée en janvier 2016. Le nouveau président américain a annoncé, lors de sa campagne électorale, que s’il est élu il remettra en cause l’engagement de son pays dans le processus du réchauffement climatique et dans le dossier iranien. Et il ne compte pas faire machine arrière à la grande joie des Saoudiens, mais à la grande déception des Iraniens.
Il faut dire qu’à ce stade de l’évolution des données géostratégiques au Proche-Orient, la proposition de l’ancien Premier ministre français a très peu de chance d’aboutir ou de changer quoi que ce soit dans un environnement hostile. Concernés au premier chef par le conflit qui déchire le Yémen, l’Arabie saoudite et l’Iran se livrent une guerre à distance. Mais ils «s’entendent» sur la manière dont devrait évoluer le marché pétrolier. Normal, ils n’ont pas intérêt à ce que le marché se détériore davantage sous l’effet d’une offre pétrolière excédentaire. L’Iran semble enclin à modérer le rythme de sa production dans l’intérêt de tous, pays membres de l’Opep et pays non-membres, exactement comme le fait Riyad. Les deux pays se disent également optimistes quant à la capacité de l’Opep de parvenir à maintenir l’accord de limitation de la production.