Au moment où les opérateurs de l’industrie pharmaceutique appellent à une hausse des prix du médicament, afin qu’ils puissent rentrer dans leurs frais en termes de coûts de production, le Syndicat national des pharmaciens privés (SNPP) fait part d’une décision-surprise, à savoir une autre baisse dans les prix de certains médicaments, annoncée par le comité interministériel économique chargé de la fixation des prix des médicaments.

Le président de ce syndicat, Messaoud Belambri, a dénoncé cette décision, soulignant qu’elle va affecter la qualité des produits pharmaceutiques et occasionner la fermeture de certaines usines de fabrication de médicaments. Certaines ont été obligées de stopper la fabrication de certains produits en raison de l’inadéquation entre les prix et les coûts de production. Belambri a signalé que le syndicat ainsi que le Conseil de l’ordre des pharmaciens algériens, l’Union nationale des opérateurs pharmaceutiques et le Syndicat national de distribution des produits pharmaceutiques ont saisi ce comité pour une réunion d’urgence. «Nous exigeons de connaître les raisons de cette hausse et les prétextes fournis par le comité en direction de certains producteurs pour justifier leur demande de baisse des prix de certains médicaments. Surtout que cette décision ne s’appuie sur aucune assise réglementaire, que les prix dans ce secteur ne sont pas libres, obéissant au système de plafonnement et remboursés, en plus, par la Sécurité sociale», souligne-t-il. Le président du Conseil de l’ordre des pharmaciens algériens, Lotfi Benbahmed, déplore aussi cette décision de baisse de prix située entre 20 et 30%. Cela mettra, selon lui, l’activité pharmaceutique industrielle en danger. Pour le Conseil national de la concurrence, qui a élaboré un rapport sur le secteur et remis, au début de cette année aux pouvoirs publics, entre autres, les critères de révision des prix ne sont pas suffisamment précisés par la réglementation en vigueur. Il note, dans son rapport, que la réglementation sectorielle fixant les procédures de révision de prix, doit être plus claire, accompagnée davantage de critères relatifs à cette révision. «La détermination du prix des médicaments produits en Algérie est faite sur le prix de revient hors
taxes (Prix de cession sortie usine – PCSU »). Si ce produit candidat représente une substitution à l’importation, le comité de fixation des prix proposera un alignement sur le prix du médicament importé avant, dans un deuxième temps, de tenter de faire chuter ce dernier», explique-t-il. Si le produit candidat est déjà fabriqué localement, poursuit-il, on lui applique alors les critères de comparaison avec les autres médicaments tout en tenant compte du volume du marché. «Le risque du change peut poser des problèmes pour les producteurs nationaux pour l’importation des matières premières. Il se peut en effet qu´il y ait une dépréciation de la valeur du dinar entre le moment de la commande et le jour du dédouanement»,
remarque-il. Il recommande, par ailleurs, dans son rapport, d’élaborer un statut juridique de l´OTC (médicament en vente libre), définissant la notion de « médicament de confort » prévue par le Décret exécutif nº 15-214 du 17 août 2015 fixant les modalités d´exonération. «Il est recommandé que le prix des OTC soit libéralisé, suivant le standard international en la matière.
Les prix de ces médicaments non essentiels, achetés sans prescription et non remboursables, seront donc libres et pourraient faire l´objet de publicité. Afin que la libéralisation des prix des OTC n´engendre pas de hausse de prix, il est préconisé de permettre la vente directe de ces OTC par les laboratoires aux officines pharmaceutiques, sans les obliger de passer par un grossiste-répartiteur, et d´autoriser les remises tel que cela est pratiqué en France», conclut-il. <