Par Hakim Ould Mohamed
Cela fait une année – 17 mars 2020 – que les frontières terrestres, aériennes et maritimes sont fermées ; une décision qui s’inscrit dans le cadre des mesures de lutte contre la diffusion du coronavirus que le gouvernement a mis en place depuis le mois de mars 2020, dès l’apparition du premier cas de contamination à la Covid-19 en Algérie. Si cette décision de fermer les frontières a contribué à ralentir la propagation de la pandémie et éviter à l’Algérie des contaminations à grande échelle, elle a eu des conséquences dramatiques pour plusieurs familles algériennes établies en Europe, en Amérique ou au Moyen-Orient, quand bien même des vols de rapatriement ont été organisés par le gouvernement en collaboration avec la compagnie publique de transport aérien, Air Algérie. Les laissés-pour-compte de la politique sanitaire, bloqués en Algérie ou ailleurs, sont dans une situation pour le moins inextricable et dramatique, coincés entre deux rives, sans enfants ou parents, ou privés de moyens de transport pour exercer leurs activités professionnelles. Ils seraient encore plusieurs dizaines d’Algériens binationaux bloqués à l’étranger ou en Algérie dans l’attente d’une deuxième vague de rapatriements. Mohamed, chef d’entreprise, résident à la fois en France et en Algérie, a dû quitter l’Hexagone dans un vol de rapatriement aux fins d’honorer les engagements de son entreprise auprès des salariés et des administrations économiques, mais une fois en Algérie, ses affaires en France tournaient également au ralenti. Son entreprise établie dans l’Est de Paris fonce droit vers la faillite car son patron se trouve à nouveau coincé à Alger. Mohamed ne sait plus à quel saint se vouer car les rares dessertes Alger-Paris effectuées jusqu’ici par certaines compagnies aériennes sont à nouveau suspendues. La situation n’est pas près d’être désamorcée notamment depuis l’apparition des variants, obligeant de nombreux gouvernements à suspendre les liaisons aériennes même à des fins de rapatriement. La situation devient délicate, voire insoutenable, pour Hamid, établi à Nice, consultant pour plusieurs entreprises algériennes et fondateur, depuis peu, d’une start-up à Alger. «Non seulement les voyages en partance de France sont interdits, la ville de Nice est à nouveau en confinement. Me rendre à Alger pour mes activités professionnelles m’est impossible. Et même si une porte venait à s’ouvrir, partir à Alger en ce moment, alors que ma famille est ici en France, serait une mésaventure, car tout risque de s’emballer du jour au lendemain. En plus, les voyageurs en provenance d’un pays situé hors espace européen sont interdits d’entrée en France, sauf motif impérieux. Je risque d’être donc bloqué en Algérie loin de mes enfants étant donné que les déplacements professionnels ne sont pas considérés comme des motifs impérieux», déplore Hamid. Comme Mohamed et Hamid, ils sont encore des dizaines d’Algériens à être bloqués en France, en Espagne, en Algérie, au Canada, au Royaume-Unis… à vivre le confinement comme un déchirement. Certains d’entre eux vivent carrément dans les aéroports, dans l’attente d’un avion qui ne vient jamais. Mais ils sont des millions d’Algériens, établis à l’étranger, habitués aux voyages à destination d’Algérie chaque année, à composer avec la décision de fermeture des frontières. Certains sont séparés de leurs enfants, de leurs parents, de leurs époux ou épouses et cette situation, qui perdure depuis déjà une année, est désormais insoutenable. L’attente est longue. Et aucune éclaircie ne pointe à l’horizon lointain d’Alger, tant que la situation sanitaire dans les pays étrangers ne s’améliore pas. L’espoir viendra de la cadence avec laquelle les campagnes de vaccination évoluent en Europe, en Amérique et ailleurs. L’Union européenne prévoit d’atteindre 70% des populations vaccinées d’ici l’été ; une lueur d’espoir pour les Algériens établis dans les pays de l’UE.