Le 2 décembre prochain, France Football élira son Ballon d’Or de l’année écoulée. Comme toujours depuis 1956. Chez les hommes, FF récompensera aussi le meilleur jeune via le Trophée Kopa et, grande nouveauté, sacrera un gardien de but. Pour la première fois, un portier sera donc certain de ne pas repartir les mains vides, grâce au Trophée Lev Yachine. Une bonne idée ? Pas sûr. Le 2 décembre, un défenseur sera peut-être sacré Ballon d’Or 2019. Virgil Van Dijk, puisque c’est à lui que le monde pense très fort, succéderait alors à Luka Modric, lauréat 2018 en perdition, et élargirait quelque peu le laps de temps qui nous sépare d’un nouveau sacre des monstres Messi – Ronaldo, récompensés à dix reprises entre 2008 et 2017. C’est une possibilité. Mais rien n’est moins sûr. Parce que les deux compères trainent toujours et encore dans les parages. Et parce que Van Dijk a beau avoir remporté la Ligue des champions avec Liverpool, réussi une année qui comblerait 99,9% des footballeurs de la planète, il n’est pas certain de décrocher le titre individuel suprême.
Lot de consolation ?
Il faut dire que le Néerlandais a un défaut immense : il est défenseur. Et le Ballon d’Or (surtout ses votants) n’aime pas tellement les défenseurs. Du moins, il ne les juge pas à leur juste valeur. Pour faire simple, un but inscrit fait plus pour la cause de son auteur qu’un tacle, aussi décisif soit-il. C’est ainsi, ça l’a toujours été et ça le restera. Le Ballon d’Or n’est pas fan des défenseurs, pas plus qu’il n’apprécie les gardiens de but. Pour preuve : un seul a décroché la récompense, Lev Yachine en 1963. Alors oui, ses successeurs potentiels depuis plus d’un demi-siècle se comptent sur les doigts de leurs mains gantés. Il n’en reste pas moins que Buffon en 2006 ou Neuer en 2014 n’auraient pas juré sur la photo de famille. Voir un gardien de but élu Ballon d’Or est une chimère. Du coup, France Football a décidé de créer un nouveau trophée pour récompenser ces footballeurs pas comme les autres. Dès cette année, lors de la cérémonie annuelle, un gardien se verra remettre le Trophée Lev Yachine, qui couronnera le meilleur portier de l’année écoulée. Sur le papier, c’est une idée louable car elle permet de rétablir une injustice quasiment séculaire. Dans les faits, c’est un leurre. Car cela ressemble, que France Football le veuille ou non, à un lot de consolation. Une belle consolation, certes. Mais une consolation quand même. Parce que récompenser un gardien avec un trophée annexe, c’est l’éloigner un peu plus de la distinction suprême. Dès cet hiver et s’ils hésitent au moment du choix ultime, les votants pourront penser, sans malice, que même s’ils n’élisent pas un gardien Ballon d’Or, le prétendant ne repartira pas les mains vides grâce au Trophée Yachine.
Un Ballon d’Or
par poste ?
Récompense unique, à tous les sens du terme jusqu’en 2010 – quand il s’est associé à la FIFA -, le Ballon d’Or a bien changé lors de la décennie écoulée. Il a commencé par quitter la FIFA après six ans de collaboration et c’était une formidable nouvelle. Mais il a néanmoins gardé quelque chose de ses années passées en Suisse : le Ballon d’Or n’est plus une récompense, c’est un grand raout où il convient de multiplier les prix et d’occuper le terrain au cœur d’une soirée qu’il faut bien remplir. En gros, et pour faire simple : plus ça va, plus le Ballon d’Or ressemble à The Best, la cérémonie organisée par la FIFA depuis sa rupture avec France Football.
Quelle sera la suite ? Parce qu’il y aura une suite, évidemment. Même si elle ne va pas toujours dans le bon sens, l’histoire ne s’arrête jamais. Le Ballon d’Or par poste pointe désormais le bout de son nez. Si l’on récompense les gardiens, privés de dessert depuis 1963, pourquoi ne pas en faire autant avec les milieux de terrain et surtout les défenseurs ? Si Yachine est le seul gardien sacré Ballon d’Or, seuls trois défenseurs ont eu droit à leur nom sur le ballon : Franz Beckenbauer (1972, 1976), Matthias Sammer (1996) et Fabio Cannavaro (2006). Et, dans cette short list, seul Cannavaro a vraiment été sacré pour ce qu’il réalisait dans sa moitié de terrain et ses seules qualités défensives. Virgil Van Dijk sera-t-il leur successeur ? Possible mais très loin d’être acquis. Si tel n’est pas le cas le 2 décembre prochain, le spectre d’un Ballon d’Or par poste ressurgira plus que jamais. On l’a fait pour les gardiens, pourquoi pas pour les défenseurs ? Avec un risque, immense, celui de diluer la force d’une récompense qui, si elle n’a jamais été parfaite et toujours sujette à discussion, avait au moins une qualité : être unique.n