« Reporters » publie le texte intégral d’une recherche socio-anthropologique sur la « perception » de la pandémie Covid-19 à Oran. Cette enquête de terrain, dirigée par le sociologue Mohamed Mebtoul, a été réalisée par une panoplie de « personnes détentrices d’une formation universitaire diversifiée (ingénieurs, psychologues, journalistes, spécialistes en communication, chimistes, médecins généralistes, Hygiéniste spécialisé, et épidémiologistes)

« (…) une recherche socio-anthropologique dans une logique pluridisciplinaire et collective. Elle a permis la participation de personnes détentrices d’une formation universitaire diversifiée (ingénieurs, psychologues, journalistes, spécialistes en communication, chimistes, médecins généralistes, Hygiéniste spécialisé, et épidémiologistes) qui se sont progressivement initiées à l’enquête qualitative. »


RAPPORT DE RECHERCHE RELIMINAIRE: Vivre avec la pandémie Covid-19 à Oran

Mohamed Mebtoul

avec la participation de L’Association Santé Sidi El Houari et L’Observatoire Régional de la Santé d’Oran « 

Aout 2020

INTRODUCTION GENERALE

Il nous a semblé à la fois urgent et important de questionner le discours moral qui reproduit des jugements rapides sur la façon dont les différentes populations construisent leurs rapports à la pandémie Covid-19. Les mots récurrents mobilisés : « inconscients », « indisciplinés », « inciviques », dans les médias et par le politique, n’ont pas fait l’objet, me semble-t-il, d’une mise en perspective et d’un travail d’immersion sur le terrain, pour tenter de comprendre plus finement les sens attribués par les personnes à la pandémie. Opérer ce dépassement des réactions trop immédiates sur les comportements des personnes, a représenté un défi majeur qu’il s’agissait de concrétiser collectivement en menant une recherche socio-anthropologique dans une logique pluridisciplinaire et collective. Elle a permis la participation de personnes détentrices d’une formation universitaire diversifiée (ingénieurs, psychologues, journalistes, spécialistes en communication, chimistes, médecins généralistes, Hygiéniste spécialisé, et épidémiologistes) qui se sont progressivement initiées à l’enquête qualitative.

Notre objectif central a été focalisé sur la compréhension des significations profanes attribuées par les personnes de conditions sociales et culturelles diversifiées à la pandémie Covid-19.

Comprendre avec sérénité et distance les mots des acteurs sociaux, à partir du terrain qui est le nôtre, avait pour préoccupation majeure d’objectiver les tensions, les inégalités sociales et les rapports multiples, diversifiés noués par nos interlocuteurs à la pandémie à Oran. Plus précisément, notre objet a consisté modestement et dans l’urgence à décrypter finement les sens du mal attribués quotidiennement à une épidémie qui va nécessairement bouleverser les rapports sociaux antérieurs, impulser d’autres configurations sociales de la vie quotidienne des personnes. Comme le rappelle Emmanuel Hirsch (2020), « une pandémie déstabilise et interroge en profondeur la société ». Elle questionne notamment la notion de risque qui est toujours de l’ordre d’une construction sociale plurielle, loin d’être spécifique à la société algérienne, pouvant aussi être en contradiction avec le risque défini par la médecine qui entreprend de le mesurer, de lui donner un sens par rapport au corps biologique, se préoccupant moins des corps perçus et vécus, au sens où le corps est toujours pluriel. Les sociologues de la santé ont depuis la décennie 1970, montré que le mal est toujours producteur d’une pluralité de sens indissociables de la société, de son fonctionnement, de son rapport au politique et aux Autres. Nous avons donc tenté de répondre aux questions suivantes qui nous semblaient importantes pour comprendre de l’intérieur les logiques sociales déployées par les agents sociaux dans leur confrontation à l’épidémie. La première question fait précisément référence à l’interprétation du coronavirus, la façon de le nommer, de s’informer et de l’évoquer dans son environnement social et familial immédiat. La deuxième préoccupation est centrée sur la manière de vivre concrètement la pandémie, en questionnant nos interlocuteurs sur le faire. Qu’ont-ils fait durant leurs différents quotidiens par rapport à leurs proches parents, leurs amis, tout en insistant sur les multiples influences sociales ? Il s’agit d’identifier les changements dans la vie quotidienne (hygiène, l’émergence de sentiments dominants, par exemple la peur, l’inquiétude, l’anxiété, la violence, etc.). En troisième lieu, il nous semblait important de comprendre leurs rapports aux mesures de protection, en insistant sur la question du masque, de ses usages différenciés et des contraintes restituées par nos interlocuteurs. Nous ne pouvions pas faire abstraction de la question centrale du confinement et ses implications socio-hétérogènes selon le statut social, le type de logement et le quartier habité de nos interlocuteurs. Nous avons tenté de comprendre ce qu’il représente pour les uns et pour les autres. Le confinement met à nu de façon visible et accentuée les inégalités sociales qui permettent d’indiquer la globalité de la crise sociosanitaire, économique et politique. La question du mode de gestion du confinement-dé-confinement par les pouvoirs publics est importante. Il semble en effet difficile d’opérer une dissociation entre Le mode de gestion de la crise et les pratiques quotidiennes de la population vis-à-vis de la pandémie Covid-19. Quel a été l’impact des décisions prises par le politique sur les représentations sociales élaborées quotidiennement par les personnes? Ont-elles été concernées, impliquées ou non dans la façon dont la pandémie a été régulée politiquement dans la société ? Quelles sont les ripostes sociosanitaires qui leur semblent les efficaces pour réduire la propagation du virus ? Enfin, il était important de questionner nos interlocuteurs sur la prégnance ou non de la prévention sociosanitaire dans et par la société. Elle implique nécessairement des interactions de proximité au cœur de la cité, donnant à observer une réinvention de la démocratie, au sens d’une concertation osée des pouvoirs publics avec la population. « Exercer une responsabilité politique en temps de catastrophe, c’est se risque à une autre pratique de la démocratie, à une autre intelligence de la démocratie » (Hirsch, 2020).

Quelle a été l’approche méthodologique privilégiée pour mener notre recherche de terrain ?

Il était important d’investir activement les différents quartiers socialement diversifiés d’Oran en menant des entretiens approfondis avec nos interlocuteurs de conditions sociales et culturelles diversifiées. L’approche nous a semblé pertinente pour mettre en exergue leurs mots, leurs métaphores, en restituant et en traduisant leurs propos. Les personnes ne sont jamais passives. La société n’est pas une cruche qu’il est possible de remplir de connaissances et d’attitudes, se donnant l’illusion d’une acceptation mécanique des décisions prises par les pouvoirs publics. L’approche qualitative n’a pas pour souci de quantifier ou de rechercher la représentativité du phénomène étudié. Elle est plus attentive à la qualité de l’information et aux sens produits par les acteurs sociaux. Ils élaborent des interprétations liées à leurs différentes expériences sociales, aux influences sociales et familiales multiples, à leurs histoires singulières, aux évènements importants qui ont opéré un marquage important dans leur vie sociale. Enfin, ils n’hésitent pas de façon directe et sans détours à émettre et à élaborer des critiques sociales explicites sur la façon dont la pandémie a été gérée par les responsables sanitaires. Nous avons réalisé 29 entretiens approfondis qui représentent une richesse de données importantes. Il nous a été impossible de les exploiter dans leur totalité dans un rapport de recherche préliminaire. Son objectif est modeste. Il s’agit de montrer que la société ne se donne pas explicitement à voir dans sa spontanéité ; en conséquence, l’immersion du chercheur dans les espaces sociaux, est impérative pour tenter à un niveau microsociologique, d’écouter attentivement les propos de nos interlocuteurs. Cette liberté de la parole permise dans une logique de l’altérité est centrale. Elle relativise et remet en question nos certitudes, nos jugements distants de la réalité quotidienne. Nos interlocuteurs observent avec étonnement et satisfaction que c’est la première fois, que leur avis est demandé de façon sereine, dans une relation sociale symétrique avec l’enquêteur. Ce travail de recherche empirique s’est résolument inscrit dans une dynamique scientifique horizontale et autonome, privilégiant une logique de réseaux, en impliquant deux praticiens très motivés depuis des décennies par des questions de santé publique et de prévention. Les docteurs Kamel Bereksi et Nawal Belarbi, respectivement président de l’Association Santé Sidi El Houari (Oran) et directrice de l’Observatoire régional de la santé d’Oran, ont été mes complices avisés, étant partie prenante de cette belle aventure scientifique, mobilisant huit jeunes et quatre professionnels de santé qui ont entrepris avec passion le travail d’enquête auprès de la population. Cette recherche collective a été menée, faut-il le rappeler bénévolement, en utilisant nos propres moyens pour la réaliser.

1- A la quête du sens du mal : une obsession cognitive

Notre recherche de terrain montre que la pandémie Covid-19, a aussi représenté une opportunité pour s’inscrire résolument dans la quête de l’information sanitaire sur le virus. La récurrence de leur propos dévoile une obsession cognitive des personnes de statuts diversifiés, même si les contenus différent selon le degré d’acculturation au savoir médical ; en tout état de cause, le souci de donner sens à la pandémie est fortement prégnant. Ceci déconstruit l’idée formulée a priori sur l’indifférence ou l’insouciance informationnelle des personnes à l’égard du virus. Le Covid-19 est nommé de façon récurrente par le terme de « corona ». Elle est identifiée à une grippe orpheline de tout traitement, qui peut conduire du fait de la contamination à la mort de la personne. Ils évoquent aussi le risque mortel du mal. Celui-ci peut s’infiltrer de façon subversive, sans prévenir, dans les différents corps des personnes trop proches les unes des autres. « C’est une grippe grave, dangereuse parce qu’il n’y a pas de traitement, elle peut toucher les parents, les voisins. Ceux qui ont des maladies chroniques sont plus atteints… Au début de cette pandémie, les gens avaient peur et ont respecté le confinement mais ensuite les choses ont changé, ils ont constaté qu’il y avait pas de cas autour d’eux et même s’il y avait des malades, ils le cachaient, ça reste un secret » (28 ans, célibataire, propriétaire d’une salle de jeux, El-Hamri). Ou encore : « C’est sorte de grippe très forte, mortelle pour les personnes ayant des maladies chroniques et les personnes âgées ». (76 ans, veuve, sans profession, Es-Senia). Le discours peut aussi produire un « faire-valoir » face à l’observateur, en objectivant ses connaissances sur le virus : « Tout le monde en parle. Je ne pense pas que y’a une famille qui ne parle pas de ce virus même les gens qui ne sont pas éduqués. Je parle avec tout le monde du corona. On l’appelle corona. Ce n’est pas tout le monde qui l’appelle la Covid-19. Il y a 4 familles et ce virus c’est l’une de cette famille ; il a été nommé Covid-19 par ce qu’il est apparu en décembre 2019 » (38 ans, formateur Maçonnerie, célibataire, Planteurs). La quête d’informations plus précises sur le virus n’est pas sans liens avec le domaine de compétence de la personne : « Bon au début c’était la télé, ils nous informaient en gros ce que c’était le virus et tout. Après c’était sur internet, on s’informait sur ce qu’il fallait faire, ce qu’il ne fallait pas faire. Ou on ramenait des informations sur le virus en lui-même. Etant biologiste, j’aimais ces trucs, tout ce qui est microbiologie on va dire… Du 7 coup, j’avais une certaine connaissance des virus, comment ils marchent, quelles sont les modes opératoires, quel genre de virus, quel type de virus, comment est leur contagion » (24 ans, biologiste, célibataire, Canastel). Ils opèrent une hiérarchisation de la source d’information, accordant plus de crédit et donc de confiance aux informations émises par les proches parents (médecins, grand frère, père etc.), évoquant pour d’autres, l’importance des réseaux sociaux. L’information diffusée par les médias publics et privés audiovisuels est superficiellement prise en compte.

Sans cesse, des questionnements au quotidien…

La pandémie est à l’origine d’une multiplicité d’échanges relationnels qui impulsent des questionnements sur cette pénétration brutale et inédite du virus dans la société. Pour lutter contre les incertitudes nombreuses, il est important d’en parler autour de soi, de provoquer des interactions qui puissent éclairer sur le sens de la pandémie Covid-19. « Bien sûr, bah ! C’est quelque chose d’actualité du coup c’est clair qu’on va en parler, on parle des cas, on parle des personnes que tu connais qui ont été atteint… voilà ! Avec des amis et la famille surtout, parce que tu es confiné avec eux à la maison. Et tous les jours, vous faites le constat, qu’est ce qui se passe, ici ou là-bas, qui est malade, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire… voilà ». (24 ans, biologiste, célibataire, Canastel).

« Informé par le grand frère… « Il est branché ».

La détention par une personne de plus amples informations dans la famille est signe de respect et de prestige. Elle est la personne sur laquelle il s’agit de s’appuyer pour glaner le maximum d’informations. Tout en s’informant sur le nombre de décès, et des cas de contamination, la parole semble se libérer. Il s’agit aussi de traduire en actes concrets les mesures de protection annoncées de façon continue et imposante par les médias et les réseaux sociaux. Mais en tout état de cause, dans le cas cité, le grand frère sera davantage écouté par les autres membres de la famille en raison de la hiérarchie de l’âge mais aussi des informations qu’il a pu acquérir dans l’espace public. Les gens privilégient l’entre soi pour se saisir de ce qu’ils considèrent comme le dire-vrai, en mobilisant les réseaux familiaux et sociaux. « Oui on en parle tous les jours, à la maison on est à jour sur les informations que les autorités diffuse sur la télé, on voit le nombre de décès, le nombre de personnes touchées, le nombre de personnes guéries, à la maison on en parle et en même temps on prend nos 8 précautions, on fait très attention à ce sujet, lorsqu’on rentre à la maison on lave nos mains, nos vêtements et nos chaussures restent à l’extérieur et on change nos vêtements à l’entrée de la maison, ceci est quelque chose de nouveau pour nous, on n’avait pas l’habitude de faire ça avant. Oui bien sûr il y a mon frère, mon grand frère, à la maison c’est lui le plus informé sur le sujet, c’est la personne qui ordonne tout le monde à changer les vêtements laver leurs mains mettre le masque. C’est juste parce qu’il est très informé et à jour sur le corona et la pandémie, il voit ce qui se passe à l’extérieur aux hôpitaux, donc son cerveau est bien rempli d’informations sur lesquelles il agit comme ça, voilà il est branché » (29 ans, masculin, célibataire, artisan, Medioni). Ou encore :

« On en parlait beaucoup les premiers jours et avec tout le monde »

« On en parlait beaucoup les premiers jours et avec tout le monde, mais maintenant ça a régressé un peu. On en parle moins, ceci est lié peut-être à la longue durée de la pandémie, c’est rentré dans notre routine de tous les jours. »

‘’KAWRONA’’ : « ils nous tournent en bourrique »

L’obsession cognitive s’estompe progressivement. La longue durée de la pandémie produit une autre forme de routine pesante, lassante, crispante. Il importe pourtant de continuer à vivre. L’expression « vivre avec.. » est récurrente. Il s’agit de tenter d’oublier, disent certains. La reprise du travail pour d’autres, permet de renouer les liens sociaux même s’ils considèrent qu’ils n’ont pas l’épaisseur relationnelle antérieure à la crise sociosanitaire. Pour beaucoup d’entre eux, l’incertitude est liée aux retournements situations liés à la gestion de la crise sociosanitaire, dont ils ne partagent pas les différents soubresauts (« fermeture, ouverture, fermeture de certains commerces »), qui les ont perturbés plus que rassurés, les conduisant à user de l’expression populaire de « Kawrona » qu’il caractérise par « être tourné en bourrique ». « Maintenant, on vit avec… » « Les premiers jours c’était quelque chose de nouveau pour nous, on en parlait tour le temps, et on avait très peur, on cherchait les informations, le nombre de décès etc.

Maintenant on vit avec…

Moi je le surnomme ‘’KAWRONA’’, c’est-à-dire qu’ils sont en train de nous faire tourner comme un ballon de foot, rajoute 15 jours, rajoute 10 jours, tu fermes, tu ouvres, on est à 5 mois maintenant avec cette plaisanterie, ‘’RAHOM GHI YKAWRO FINA’’ « Ils sont en train de nous tourner en bourrique ». (22 ans, masculin, célibataire, étudiant, Medioni). 9 La référence à Dieu pour imputer la pandémie n’est pas absente du discours, même s’il ne nous a pas semblé marquante dans les entretiens. Il s’agit d’oublier la peur et l’angoisse, en recherchant dans l’au-delà, une explication rassurante et absolue du mal. « Cette maladie, il y a que dieu qui sait, c’est une maladie grave. On en parle, on a peur, tu veux serrer la main à tes amis, ils refusent, on est comme des ennemis (rires). On l’appelle grippe forte, je n’ai pas encore un membre de la famille atteint, dieu m’en préserve. On dit que c’est une maladie très grave surtout pour les asthmatiques » (marié, 3 enfants, salarié, Hippodrome, commune d’Oran).

2- Vivre avec la pandémie : lutter contre la peur, l’ennui et l’isolement social.

Au début de la pandémie, les personnes mettent l’accent sur ce qui leur semble le plus important : la rupture temporaire des liens familiaux et sociaux antérieurs. Il y a aussi la peur et l’inquiétude qui intègrent les pratiques sociales des populations. Le paradoxe tragique de la pandémie est celui de tenter de se protéger de l’Autre, tout en étant un membre de sa famille. Vivre avec la pandémie, c’est subir fortement les secousses relationnelles négatives (ne pas pouvoir embrasser sa mère, manger seul, rentrer très tard le soir, éviter avec douleur les gestes affectifs, etc.), obligeant réciproquement les proches parents à s’inscrire dans une stratégie d’isolement pour le bien de son fils, de sa fille, de son père ou de sa mère.

« Je me suis confinée, je fais très attention, je ne sors plus. Je reçois mes proches parents très rarement on ne peut pas s’isoler du monde. Ce qui est le plus dangereux pour moi est la contagiosité, l’isolement me parait dangereux aussi, ce qui est difficile de vivre loin de sa famille et de ses amis. D’un autre côté, parce que c’est une maladie évitable, on respecte les mesures de prévention, le virus ne peut pas nous toucher si on ne va pas vers lui. Il faut respecter les mesures barrières, port de masque, distanciation physique et lavage fréquent des mains même très souvent. Ces consignes sont répétées par tout mon entourage » (76 ans, veuve, sans profession, Es-Senia).

Certains quittent le domicile par peur de contaminer leurs parents, même de façon temporaire. La peur joue comme incitateur dans le refus de revoir ses parents. Ils ont bien intériorisé l’idée forte émise par les médecins, du risque plus élevé parmi les personnes âgées atteintes de maladies chroniques. 10 « Oui bien évidemment ma relation a changé, mes parents sont tout le temps à la maison, ils ne sortent pas beaucoup, et moi quand je suis à l’extérieur je risque d’embrasser une personne ou juste de lui serrer la main je pourrais m’infecter, et je pourrais faire rentrer le Covid-19 à la maison et de faire tomber mes parents malades, moi je suis une personne jeune je pourrais guérir rapidement, par contre mes parents ils sont âgés et ils ont des maladies chroniques, ce n’est pas le cas pour eux. À la rentrée de la pandémie je suis resté un mois en dehors de la maison chez ma grand-mère, pendant 1 mois je n’ai pas vu mes parents, on se parlait juste au téléphone. C’est juste par peur de les infecter, personne ne sait s’il est malade ou pas » (29 ans, masculin, célibataire, artisan, Medioni). La peur semble s’exprimer à un double niveau. Elle fait à la fois référence à la contamination de l’autre mais aussi aux difficultés de prise en charge dans les hôpitaux en raison du manque de moyens et d’organisation. « La chose la plus dangereuse c’est sa contagiosité importante et la peur que les services de santé ne puissent plus assurer la prise en charge de tous les patients et donc de les traiter étant donné les manques remarqués dans nos hôpitaux et surtout leur état et le manque d’organisation. En Algérie, ce qui me fait le plus peur c’est la contamination parce que je vois et constate qu’on ne gère plus rien et pour moi, aujourd’hui qui dit malade, dit décès parce que le système de santé est défaillant, il est foutu ». A contrario, il lui semble aisé de mettre en œuvre les mesures barrières efficaces pour lutter contre la contamination. « Le moins dangereux est que le respect des mesures barrières et leur mise en œuvre peuvent casser la chaine de transmission et donc la contamination interhumaine » (40 ans, marié, deux enfants, fonctionnaire, El-Karma). Continuer à embrasser sa mère durant le premier temps du Covid-19, est une autre façon de continuer sa vie en assumant toutes les incertitudes, tout en affirmant être « conscient » des dangers de la pandémie, de s’engager dans la production de spots dans les réseaux sociaux pour le respect des normes sanitaires. Pour cet étudiant, le temps social est important. Il s’agit de faire vite pour réduire la propagation du virus, dans le but de s’assurer un petit boulot dans le secteur informel, de « naviguer » pour gagner un peu d’argent. « Les premiers jours, je ne calculais pas trop ‘’MAKONTCH DAYARALHA GAA HSSAB’’, mais quand elle est arrivée à Oran, j’ai eu peur un peu et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à porter la bavette, les gants aussi, le gel, j’ai commencé à prendre les précautions préconisées, j’essaie aussi d’éviter les rassemblements où il y a beaucoup de gens, après ça s’est normalisé. Rien n’a changé avec mes parents, tout est resté intact, on dîne ensemble, j’embrasse tous les jours ma mère et je la serre dans mes bras. Si elle touche une personne العزيز’ précieuse ي يك تجيك ف ,‘  » ta mère ou ton père ou un de tes frère ou un ami, ça me ferait 11 mal de voir un de amis tomber malade de ce virus, tu ne peux pas l’accepter facilement. J’ai mis deux publications dans les réseaux sociaux, Facebook, au moment où le virus a débarqué ici à Oran pour essayer de sensibiliser les gens et les inciter à prendre les précautions, des trucs comme : « mettez les masques », « respectez la distance de sécurité ». Pour que la pandémie diminue un peu, et on puisse un peu naviguer et travailler’’ TNAVIGUI CHUIA W TAKHDEM ALA ROHEK’’ (22 ans, masculin, célibataire, étudiant, Medioni). L’autorisation d’ouverture précipitée le 7 juin 2020, de certains commerces, a été pour beaucoup dans la reprise progressive des liens sociaux dans l’espace public. La dimension affective, la longue durée de la pandémie, le besoin urgent de retrouver son activité, même de façon informelle et détournée, a prévalu auprès d’une partie de la population. Par exemple, si les cafés sont fermés, il est toujours aisé de contourner la règle, en vendant le café aux clients dans des gobelets derrière la devanture du commerce. Les tactiques de détournement sont mobilisées pour lutter contre l’absence de ressources financières. Le flou socio-organisationnel, l’absence de tout nouvel agencement des quartiers adapté à la pandémie, la faible implication des autres institutions que celles de la santé, (jeunesse, solidarité, travail, etc.), une sensibilisation linéaire et distante de la population, se limitant à répéter dans les médias, l’importance de mettre en œuvre les mesures de protection (le masque, les mesures barrières, le lavage des mains), semblent encore laisser du « vide » dans la société, ne permettant pas toujours d’accéder à une application rigoureuse des mesures sanitaires. « Je suis resté chez moi pendant 20 jours à la maison mais dans le quartier, les gens sont dehors et le marché est resté plein. C’est devenu une routine et maintenant si ça doit venir, ça viendra et si ça ne vient pas … (silence). Au début, on se retenait de rendre visite à la famille mais maintenant si ça vient, ça vient… » (28 ans, propriétaire d’une salle de jeux, Célibataire, El-Hamri). Vivre avec la pandémie dans l’orphelinat social sans la possibilité de revoir son unique fils et ses petits-enfants, est douloureux quand il faut se battre contre la solitude et le silence ; pour cela, le fils a été contraint d’offrir à sa mère un téléphone portable pour renouer le lien social. Les jeunes du quartier ont assumé durant tout le mois de Ramadhan, l’achat de produits alimentaires, lui permettant de rester chez soi, en sécurisant son fils. Cet extrait d’entretien nous a semblé significatif. Il montre l’invisibilité sociale que l’on évoque moins 12 dans les médias, à savoir le courage et la solidarité agissante des jeunes pour aider les personnes âgées seules. « Quand ça s’est installé en Algérie, mes petits-enfants continuaient à venir me voir, mais ça n’a pas duré longtemps, les visites devenaient de moins en moins fréquentes, puis, mon fils venait seul, restait loin de moi, il disait qu’il voulait éviter tout risque de me contaminer, il ne sait pas que si il est malade je préfère l’être moi aussi. Un jour, il est venu avec une bourse qui contenait un téléphone portable, et m’a annoncé qu’il ne viendrait plus me voir, mais qu’il m’appellerait plusieurs fois par jour pour me voir sur la caméra de ce nouveau téléphone, comme si j’allais comprendre comment l’utiliser ! Toute cette technologie c’est pour les jeunes pas pour moi (rire).

« C’est comme si on a enlevé une partie de moi-même »

« Quoi qu’il en soit, les jours et les semaines défilaient, et cette rupture douloureuse me rendait malade, je savais que c’était pour mon bien, et pour me protéger, mais ne plus sortir marcher, ni voir mes petits-enfants, c’était comme si on m’avait enlevé une partie de moi, la meilleure partie de moi (Silence). Au mois de Ramadhan, des jeunes de la cité sont venus frapper à ma porte, pour me demander si je voulais qu’ils fassent mes courses, il y a encore beaucoup de bonté et d’espoir dans cette jeunesse, et figures-toi qu’ils l’ont fait durant tout le mois, il venaient ( ou je les appelais) prenaient ma liste de besoins et l’argent nécessaire, allaient faire les courses, me les déposaient à la porte pour pas qu’ils rentrent chez moi, ils avaient peurs eux aussi de me transmettre le virus, ils choisissaient les meilleurs produits, même mieux que moi ( Sourire).

« C’est drôle comme les choses de la vie, deviennent de vraies aventures »

« Mais une fois le mois sacré fini, je me suis dit que je pouvais essayer de faire mes courses toute seule, si ce virus s’installe pour des années, je devais y faire face, moi aussi, mon fils était contre, mais j’étais décidée, alors, un matin, j’ai mis ma bavette, et je suis sortie pour aller acheter à l’épicerie d’en face, c’est drôle comment les choses de la vie quotidienne deviennent de vraies aventures »(rire). « Aujourd’hui encore, je sors de temps en temps, les visites de mon fils ont repris, mais on garde la distanciation, et les bavettes, d’ailleurs, même quand je croise une des voisines, je reste loin d’elle, certaines comprennent, d’autres le prennent mal, mais on y peut rien « Allah Ghaleb » (74 ans, femme, veuve, retraitée, Hai El Dalia). Progressivement, le temps de la pandémie semble restreindre la peur, et ce, malgré le nombre important de cas de contamination en augmentation depuis le 9 juillet 2020, évoluant entre 500 et 600 cas toutes les 24 heures. La « normalité » même apparente semble s’imposer dans les différents quartiers 13 d’Oran, faisant en sorte d’éviter symboliquement la pandémie, en l’évoquant de moins en moins, contrairement aux premiers mois, de tenter de l’oublier, même si le risque persiste. Cette étudiante en médecine évoque la nouvelle temporalité de la pandémie : « Il y a beaucoup plus de cas, et moins de peur, tandis qu’avant il y avait plus de peur que de cas. C’est un paradoxe, et actuellement pour être franche, je n’ai pas peur » … Silence, c’est-à-dire on a pas trop conscience de cette maladie qui se propage partout dans le monde, donc d’une part on a pas vraiment peur, surtout maintenant, il a beaucoup plus de cas et beaucoup moins de peur, tandis qu’avant y avait plus de peur que de cas, c’est un paradoxe, et actuellement, pour être franche je n’ai pas peur, ça ne me fait pas peur, parce qu’il y a une petite reprise quand même des activités, l’ouverture des magasins ».

« On a tendance à se dire que tout est normal… »

« Avec le non-respect du confinement, des gestes barrières, pas de distanciation, donc on a tendance à se dire que tout est normal, alors que c’est pas le cas bien sûr ,tu sais, c’est pas rien, actuellement par exemple à Oran on a recensé a peu près 80 cas en moyenne, c’est pas rien » ( 25 ans, étudiante en médecine, famille aisée de médecins, célibataire, Canastel). S’il faut sans cesse libérer la parole pour questionner les sens attribués à la pandémie, la prudence semble aussi de mise face à la crainte de la dépression toujours vivace dans la pensée des uns et des autres. Il lui semble aussi important de sélectionner les personnes avec qui, il est possible de partager les mêmes idées. La méfiance n’est donc pas absente dans les interactions quotidiennes. La pandémie est aussi au cœur des valeurs d’une société. Il est essentiel d’éviter de profonds désaccords avec l’Autre, sur le sens à attribuer à la crise socio sanitaire. « Oui au début j’ai trop parlé de ça autour de moi avec mes parents un peu avec mes amis sur réseaux sociaux mais un jour il fallait arrêter un peu parce que cela allait nous créer une dépression avec le confinement et tout mais après il faut aussi parler. J’ai parlé le plus avec mes parents et mes proches surtout, j’ai parlé à ces gens-là parce qu’on partage presque les mêmes avis et on est d’accord sur plusieurs points et pour moi ce n’est vraiment pas évident de parler à une personne qui n’a pas les mêmes idéologies que toi parce que nous allons arriver sur un mur, et je pense aussi que c’est bien de parler à une personne qui a les mêmes principes que toi ». (24 ans, célibataire, étudiant, Es-Senia). Vivre la pandémie avec ses enfants, ne semble pas toujours facile parce que les postures peuvent différer. Il avoue être étiqueté par son enfant de «parano » parce qu’il adopte de façon rigoureuse les mesures de protection qu’il tente de 14 leur imposer par peur de la contamination. Il reconnait l’importance de la responsabilité collective dans la riposte contre le virus. Si la volonté en Algérie est réelle pour réduire la propagation du virus, il regrette que la question du « comment faire » ne soit pas prégnante, en observant les multiples contournements des mesures de protection dans les marchés et les espaces publics. « J’étais en Espagne quand la pandémie a débuté. Une fois arrivé ici, nous sommes restés quatorze jours confinés dans un hôtel, trois personnes par chambre, des personnes qu’on ne connait pas, et si l’un de nous est malade ? Les deux autres ‘Lahisahel 3lihom ? » (Rire), je pense qu’en Algérie, on veut bien faire, mais on ne sait pas vraiment comment, heureusement pour moi, tout s’est bien passé, une épreuve de plus que je raconterai à mes petits-enfants un jour, j’ai pu revenir chez moi, en bonne santé, mais avec toujours la peur qu’un jour ça ne soit plus le cas, j’ai beaucoup veillé aux respect des règles sanitaires, mes enfants me traitent de parano, mais c’est pour leur bien, et celui de tout le monde, si tout le monde y veille, nous aurions fini avec cette foutu pandémie ». « A ce jour, nous avons petit à petit repris le travail, les règles sanitaires sont respectées au boulot, mais quand je vois dehors tout ce qui se passe, les marchés et places publiques, je me dis qu’on en finira jamais » (53 ans, Homme, Marié avec enfants, employé, Saint-Hubert). Avec la pandémie, la visibilité de la misère matérielle et l’accroissement des inégalités sociales en raison de la fermeture des entreprises, des restaurants, des cafés, ont bousculé dramatiquement la vie quotidienne d’un nombre de plus en plus important de personnes. L’impossibilité pour beaucoup de personnes à joindre les deux bouts est objectivée dans leurs propos. La double incertitude produite à la fois par la pandémie et la misère matérielle et morale, semble prégnante. Dans cet extrait d’entretien, le taxieur clandestin attend explicitement un soutien de l’Etat qu’il estime juste et impératif pour réduire son mal-être et celui de sa famille. « Mon quotidien a changé sur le plan des relations sociales, Tu as peur pour les enfants, tu crains les gens, tu ne sais pas d’où ils viennent, dieu seul le sait, il faut prendre ses précautions tous les jours, tu doutes de quelque chose. Il y a des citoyens qui peinent pour ramener du pain. D’après ce que j’ai appris, ceux qui aidaient les mendiants, mendient à leur tour. L’Etat doit faire des efforts, et prendre conscience du mal être et de la souffrance des citoyens comme moi ». « Je suis père de famille, j’ai quatre personnes à ma charge et je n’ai pas un travail stable, L’Etat doit nous aider. Ils ont fait des promesses mais on n’a rien vu. Comment allons-nous vivre avec nos enfants ? Ma vie passée comme ça, je n’ai ni assurance ni rien. Au moins que 15 je vive bien avec mes enfants. Et tu sais il y a une assurance c’est celle de dieu. J’ai été enregistré à deux reprises dans la liste des bénéficiaires de l’aide de l’Etat, mais je n’ai rien reçu, donc l’aide a été détournée, dieu seul sait » (49 ans, taxieur clandestin, marié, 3 enfants, Boutlélis). La pandémie a mis rapidement en exergue de façon universelle et répétitive les règles sanitaires (masque, mesures barrières, distanciation physique, etc.) pour se protéger contre la propagation du virus. Mais il est aisé d’observer que leur mise en œuvre font l’objet de détournements, d’influences sociales multiples, d’usages différenciés selon les situations vécues par les uns et par les autres, particulièrement quand la culture du risque en Algérie a toujours représenté une dimension bien résiduelle dans les différentes politiques de santé conçues par les pouvoir publics.

3- Les significations attribuées au masque : étouffements, mimétisme et usages différenciés selon les situations.

Le masque ne semble pas être utilisé de façon permanente, mais aléatoire selon les situations et les espaces. Il est utilisé lors de la présence de nombreuses personnes présentes dans l’espace public, mais rarement de façon systématique. Nos interlocuteurs insistent sur l’usage différencié du masque. Celui-ci est enlevé en présence d’amis. Le non port de la bavette, fait explicitement référence à la gêne quand il s’agit de le mettre durant un temps très long. « Il étouffe », disent-ils. « Je ne peux pas le garder à 100% ». Observons aussi que le masque et les gestes barrières n’ont aucune visibilité en termes d’affiches, d’inscription murale, dans les espaces sociaux, dans des marchés non-gérés par les autorités, fonctionnant par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Ils sont donc rarement objectivés et mis en exergue dans une logique de prévention au sein de l’espace public. Tout se passe comme si la vie sociale n’était pas dominée par une pandémie. « Moi ce que je remarque dehors c’est qu’il n’y a pas assez d’annonces et publicités sur les gestes barrières, pas d’affiches ni pancartes. C’est très rare où je les trouve » (étudiant en biologie, 24 ans, célibataire, Canastel) Le masque est rarement utilisé dans le quartier en présence d’amis. Ce qui veut dire que le mimétisme est prégnant, reproduisant les gestes de son copain 16 pour s’inscrire dans une même logique de virilité, au sens où il s’agit de ne pas perdre la face à l’égard de l’autre. Ceci semble important pour indiquer que la sensibilisation de proximité dans une logique d’interaction, ne peut être assurée qu’avec les personnes à qui l’on fait confiance, par exemple, le frère, le fils, et les amis, en mobilisant leur langage, en connaissant leurs habitudes sociales, en vivant dans le même quartier. La confiance autorise la coopération entre les uns et les autres. Elle intègre « le croire » qui se traduit par la conviction forte que l’action engagée était importante pour soi et pour les autres. C’est précisément ce sentiment de confiance qui est apparait central dans le respect ou non des mesures de protection. Une société est profondément fragilisée, risquant sa dislocation en l’absence de la confiance qui permet de redonner du sens pertinent et transparent aux interactions quotidiennes. « Par rapport au masque, je le porte sans cesse au travail car il y’a beaucoup de gens dans l’atelier, et on a des relations de travail avec des personnes de l’extérieur, des personnes qu’on ne connait pas qui viennent de la wilaya d’Alger ou de Blida, on ne sait pas si ils sont sains ou non. Aussi, les responsables nous obligent à le porter, mais à l’extérieur je ne le porte que dans les endroits où il y a beaucoup de gens ou à la présence de personnes que je ne connais pas, par contre si je suis avec mes amis que je fréquente régulièrement je ne porte pas de masque car je les connais et je leurs fais totalement confiance. A vrai dire, au quartier où je réside je ne le porte pas, je le porte juste si je me déplace ailleurs. Oui bien sûr, et je les respecte mais je suis entrain de voir qu’il n’y a personnes qui les respectent, il n’y a pas de distance d’1 mètre entre les gens dans les endroits publics ou les marchés. Moi quand je suis dans un groupe de personnes je prends 1 mètre de distance de chacun malgré que ce sont mes amis et je leurs fais confiance, ce sont des mesures de précaution qu’on doit prendre car personne n’est à l’abri » (29 ans, masculin, célibataire, artisan, Medioni). Ou encore : Le mimétisme et l’influence sociale au cœur du rapport produit à l’égard des mesures de protection et notamment du masque. « Je vais vous raconter une anecdote avec mon fils. Mon fils est jeune, et comme tous les jeunes il se sent pousser des ailes, un peu rebelle. Il ne fait aucun mal mais dans la situation actuelle, si ! Alors Monsieur sort chaque jour/soir, il traine avec ses copains, même tard le soir après le couvre-feu, chaque soir c’est la guerre quand il rentre, je lui cris dessus et lui me répond que je suis parano, que nous les vieux on ne comprend rien à rien, que son copain lui avait dit que il n’y a pas de Covid-19 ».

« Depuis, mon fils a radicalement changé »

« Je ne pensais pas avoir donné naissance à un ignorant qui pense que le monde entier ment et que son ami, niveau 4ème année primaire a raison, quoi qu’il en soit, un jour il reçoit un appel, la cousine du soit disant ami qui sait tout, a été atteinte du Covid, et elle en est morte, depuis ce jour, mon fils a radicalement changé, il fait beaucoup plus attention ». (53 ans, homme, marié, employé, Saint-Hubert). Avec les amis et les proches parents, les personnes semblent plus propices à « oublier » de se protéger. Un père alité, à qui on rend visite, conduit le fils à accorder moins d’importance à la distanciation physique. Dans les marchés, la proximité physique est toujours de mise, souvent faute d’organisation des espaces sociaux dévolus aux autorités locales. Le couvre-feu est rarement respecté dans toute sa rigueur. Ici, aussi le statut des personnes, le logement, l’ennui, la lassitude vont incontestablement influer sur la façon de construire leur rapport aux normes sanitaires. Cet entrepreneur n’acquiert plus les marchés. Il ne peut plus payer ses ouvriers. Il se retrouve dans la détresse matérielle: « Vous savez on ne peut pas respecter à 100% le confinement, je ne suis pas resté à la maison déjà que je suis actuellement sans plan de charge, pas de boulot donc plus de déprime, je dois sortir pour oublier » (entrepreneur, 42 ans, marié, Miramar). De façon récurrente, le masque semble être mobilisé de façon très discontinue, gênant les personnes, particulièrement en été, d’où son usage irrégulier et occasionnel. Le masque peut être mis, ensuite enlever pour respirer ou parler au téléphone avec une personne. Le visage représente l’identité de la personne. C’est cette partie importante du corps qui permet d’exprimer des sentiments de colère, de joie ou de tristesse. Avec le port masque, l’identité s’efface provisoirement, obligeant la personne à s’enfermer dans une sorte d’anonymat inhabituel, paradoxal, qui n’est pas sans refaçonner les interactions quotidiennes où dominent à la fois la défiance et les logiques d’évitement. Il ne nous semble pas que ce soit un refus explicite du masque en lui-même, en l’appréhendant de façon trop rapide comme une forme d’indocilité à l’égard de la pandémie. L’explication est à plus à rechercher dans le temps trop court pour intérioriser rapidement cette habitude sanitaire face à la pluralité des corps (corps biologique, corps perçu et corps vécu) qui ne semblent pas toujours se situer ou se conjuguer au même niveau pour tous les groupes sociaux. 18 L’acquisition de la culture du risque est un processus indissociable de la reconnaissance de la citoyenneté politique. Celle-ci implique la participation active de la population dans la mise en œuvre de la « politique » de santé. Plus celle-ci se perçoit impliquée dans la régulation de la crise sanitaire, plus elle appréhende avec plus de rigueur les questions de santé publique. Or force est de relever que la prévention sanitaire a été refoulée depuis plusieurs décennies, comme une dimension marginale par les pouvoirs publics. Ils ont donné la priorité au modèle curatif, plus prestigieux, plus techniciste, donnant plus de sens à une médecine des organes en défaveur de celle de la personne. A contrario, la prévention sociosantaire recouvre une dimension démocratique. Elle est définie par des interactions de proximité avec les patients, permettant de les écouter, de remettre parfois en question les certitudes trop rapide des professionnels de santé. « Le port du masque me gêne un peu ‘’TANCHAANI CHUIA’’, surtout quand je la porte longtemps, mais on est obligé, sauf que je le retire de temps en temps pour prendre l’air après je la remets. Etant un algérien, il y a des difficultés et des contraintes bien sûr, il n’y a personne qui rentre à la maison à 20h, tu peux commencer à compter de moi ‘’ BDAHA MEN ANDI W ROH MAKANCH LI RAH YEDKHOL LA DAR ALA 20H ‘’, tu restes dans ton quartier ou devant chez toi et puis c’est tout » (22 ans, masculin, célibataire, étudiant, Medioni). Pourtant, certains respectent les mesures de protection. Ils montrent toutes les tensions dans la société, les multiples contournements, le déni du Covid-19 par certains, les contraintes financières qui ne permettent pas à d’autres, d’acquérir les moyens de protection. La pandémie fait aussi ressortir les multiples fragilités du système sociopolitique enfermé sur ses multiples privilèges dans un entre soi clanique et familial, laissant la société fonctionner par elle-même, sans aucune régulation contractuelle centrée sur la primauté des règles ; permettant au contraire aux institutions de normaliser le capital relationnel pour accéder aux ressources financières. Les effets pervers de ce type de fonctionnement du politique sont importants. Ils donnent à observer des situations de flottement et de laisser-aller dans l’application des mesures de protection face à la pandémie. « Les mesures n’étaient pas respectées par tout le monde, mais moi je fais partie des gens qui respectent et appliquent, tout ce qui est distanciation, deux personnes à l’intérieur du magasin lors des achats, le port du masque. J’ai eu une petite expérience en plein milieu du confinement, je voulais acheter des trucs chez l’épicier du quartier, il y avait deux personnes à 19 l’intérieur du magasin alors que moi j’attendais à l’extérieur le temps que l’un d’entre eux sorte et je puisse rentrer, une autre personne a débarqué. Elle est rentrée directement, alors dis-moi comment peut-on appliquer la distanciation avec ces gens-là »? « Non pour moi non, les contraintes et les problèmes, ce sont par les gens, tu as vu l’expérience que je t’avais raconté maintenant, c’est les seules contraintes que nous vivons, c’est l’absence de conscience. Oui beaucoup même, parce que parfois je parle avec des gens et ils me disent que le Corona n’existe pas, ils me demandent si j’ai vu une personne malade du Corona avec mes propres yeux ? « Y’a-t-il une personne de ta famille qui est atteinte du Corona »? Ils ont même leurs propres arguments alors que cela ne veut rien dire. La maladie existe et ‘’ الموت من خري الوقاية ‘‘la prévention est meilleure que la mort parce qu’il n’existe pas de traitement ».

Trop chers pour les gens de conditions modestes…

« Le gel de 30 ml coûte 200DA, la bavette coûte 100DA, une bouteille d’eau de javel à 100DA, les personnes qui ont un des revenus faibles comment vont-ils faire ? Ils vont acheter du gel ou de la nourriture ? Celui qui fait 1000DA par jour comment fait-il pour survivre avec sa femme et ses enfants ? Le gouvernement a appliqué un couvre-feu sans penser à cette catégorie de gens et c’est pour cela que ces gens ne le respectent pas. (25 ans, célibataire, vendeur dans un magasin de céramique, El-Hamri). La pandémie a une dimension sociétale forte et puissante qui dévoile les multiples influences sociales entre amis, l’importance des rencontres ; la société ne leur offre rien pour pouvoir se distraire et se cultiver, brimant au contraire leurs multiples passions, les laissant à eux-mêmes, dans un stress permanent où la seule alternative est de s’éclater entre amis sacralisés à l’extrême (Mebtoul, sous la direction, 2019). « Porter un masque ça gène un peu la respiration, la distanciation, c’est pas évident de maintenir une distanciation physique avec les gens, surtout que normalement la distance est à un mètre à peu près, et nous on peut pas calculer vraiment cette distance-là, si on est très proche, ou trop près, on ne sait pas vraiment, donc la distanciation n’est pas vraiment respecté parce que nous avons tendance à oublier, nous avons tendance à passer devant des gens et s’arrêter devant eux, sinon porter un masque ça gêne pas vraiment, mis à part le problème de respiration, sinon même pour les personnes qui portent des lunettes ça provoque une bué … ça gène. Il y a les amis, la famille surtout c‘est beaucoup plus les amis parce qu’ils entendent des infos sur des personnes atteintes du Covid, sinon on a plus tendance à parler avec ses amis que sa famille, je dirai donc que c’est beaucoup plus une influence amicale (25 ans, étudiante en médecine, célibataire, Canastel). 20 Le refus de porter le masque peut être aussi lié à un déni de la pandémie. C’est une forme d’inacceptation explicite du Covid-19. Il n’hésite pas à ruser avec les normes sanitaires. Il se lave les mains, mais semble réfractaire pour porter le masque. Ce déni de la maladie est selon lui, de sa seule responsabilité. « Je suis le seul juge ». Il refuse de se plier aux injonctions de sa femme qui lui demande de porter le masque.

« Je n’accepte pas cette maladie »

« Moi je ne supporte pas le masque et si une personne veut me serrer la main, j’accepte. J’utilise le gel hydro-alcoolique mais pas toujours. Je me lave les mains avec du savon. J’utilise le gel deux fois par jour, pas plus mais je me lave les mains plusieurs fois par jour. Je ne suis influencé par personne, je suis le seul juge, je n’accepte pas cette maladie ». « On nous a obligés de respecter les mesures de prévention dans la société dans laquelle je travaille mais moi je ne supporte pas le masque. Ma fille a été malade ces derniers jours. Ma femme m’a reproché de ne pas porter le masque, j’ai répondu qu’elle pouvait le porter, elle et les enfants. Je lui ai conseillée de porter la bavette pour consulter chez le médecin. J’ai des bavettes à la maison que je distribue à mes enfants » (47 ans, salarié, 3 enfants, Hippodrome). Le confinement a été de façon dominante vécu comme un enfermement douloureux, notamment pour les groupes sociaux les plus démunis.

4- Le confinement : une épreuve de l’enfermement Le confinement est perçu comme un évènement unique en son genre.

Il est porteur d’une transformation exceptionnelle de la vie sociale de la personne. Il s’agit pour beaucoup d’entre eux d’investir dans des activités (nettoyage, bricolage, cuisine même pour certains garçons, quête d’information dans les réseaux sociaux, lecture, réactivation des interactions familiales ou amicales par téléphone, pour lutter contre l’ennui, Le confinement est identifié à « une prison ». Ne rien faire semble être vécu comme une forme de dépréciation de soi. Il faut donc tuer le temps englouti souvent par les jeunes face aux écrans. Cet étudiant en biologie montre de façon éclairante ce que peut représenter le confinement, n’hésitant pas évoquer tous les effets pervers sur la santé mentale de la personne, l’impossibilité de s’y conformer totalement quand l’argent fait défaut pour nourrir sa famille, les difficultés de « tuer le temps », en raison de la durée de la pandémie. « En quelques mots, euh ! C’est un événement spécial, jamais on a vécu ça. Sur cette décennie, jamais on a fait ça en Algérie. Obligé de rester chez soi parce qu’il y avait un virus dehors, c’est du jamais vu. Et il y a des personnes qui ne sont pas habituées à ce mode de vie où tu te renfermes. Certes il y a ceux qui n’ont pas pu résister et sont sortis. Et il y a ceux qui ont été déprimés complètement. Il y a ceux dont la santé mentale s’est complètement affaiblie… Donc c’est un côté négatif. Et il y a aussi le problème de travail, s’il doit nourrir sa famille et il ne peut pas sortir travailler parce que le monde du business est « descendu » (chuter).

« Faire la vaisselle, laver les vêtements. Tu aides à la maison en général »

« C’est simple, au début je me réveille le matin je fais ma prière, je mange et je fais ce qui est de plus normal, après le sport ! Après le sport tu trouves quoi faire pour la maison, comme faire la vaisselle, laver les vêtements… Tu aides à la maison en général. Après je n’ai pas grand-chose à faire, à part sortir acheter si il y a des courses à faire. Mais la plupart du temps passé à la maison j’étais devant des écrans. Parce que même si je faisais du sport, j’aidais à la maison et tout, il me restait trop de temps pour ne rien faire, du coup tu tues le temps « tektoul lwakt » avec internet : Netflix, jeux vidéo, Youtube, réseaux sociaux ». « Cela a changé au début du Ramadan, ma routine a un peu changé. Je dormais un peu plus tard, et je me réveillais un peu tard aussi ».

« Tu en as marre facilement. A chaque fois, c’est la même routine »

« Au début j’avais peur du ramadan, je pensais que ça va être très difficile de passer ce mois avec le Covid, mais c’était en fin de compte bien, parce que ça a changé un peu notre routine. Mais la même chose tous les jours… Tu en as marre facilement, à chaque fois la même routine, tu n’as même pas la force pour faire du sport. Et plus tu es devant l’écran, plus tu t’habitues à y rester en face, du coup tu n’as envie de ne rien faire. Donc je suis passé du « je me réveille le matin je fais du sport et je suis productif » au « je me réveille et je prends directement mon téléphone ». (24 ans, biologiste, masculin, Canastel). La période de confinement semble avoir été vécue pour certains de façon très paradoxale : identifiée à la fois à une « prison » tout en permettant un surgissement du mieux vivre ensemble, se mobilisant pour effectuer des travaux de nettoyage et de plantation des arbres, au profit du voisinage.

Malgré le confinement : tenter de redonner « vie » aux espaces extérieurs d’habitation

« Pendant le confinement, on s’est senti en prison. On a pu faire de belles choses, j’ai aménagé un jardin dans le quartier en un mois, on a planté des arbres, on a nettoyé, peint les murs. Ce qui est positif, c’est qu’on a nettoyé. On a créé un espace vert avec du grillage, on a 22 planté des arbres, un bananier, il y a même le citron. Toutes les cités ont été nettoyées pas uniquement la nôtre. On aimerait que la mairie vienne voir ce jardin et nous aide à acquérir des balançoires et procéder au déplacement des ordures vers la décharge. Cette maladie est la volonté de dieu » (47 ans, marié 3 enfants, salarié, Hippodrome, Es-senia). D’autres personnes évoquent l’expression de « torture morale », ne pouvant rester indéfiniment prisonnier du portable et d’internet. Il importe alors d’opérer une petite escapade au bas de l’immeuble pour discuter avec ses amis, faire temporairement abstraction de l’enfermement producteur de stress.

« J’en ai assez du portable et d’internet »

« Je suis devenu très nerveux, et stressé, je suis enfermé à la maison. J’en ai assez du portable, d’internet. Parfois je veux sortir mais j’ai peur. Je sors la nuit près de la porte de l’immeuble, je discute avec les voisins je fume une cigarette ou deux et je remonte ». « Corona est dangereuse, je vais vous dire pourquoi : elle commence par la fièvre, et d’autres symptômes, les plus exposés ce sont les malades chroniques. Ce qui est le plus dangereux c’est avant qu’elle te tue, elle te torture (تعذبك ….تلقف ، يل la après ), النفس ينقطعلك ، تو souffrance tu meurs. On a vu ça et on a vu comment ils font » (46 ans, masculin, sans profession, pensionnaire, Es-Senia). Le confinement semble être perçu comme un évènement pénible dans un environnement social lugubre, dominé par des conditions d’hygiène médiocres, où les ordres investissent les trottoirs, sans vie culturelle et sociale. Rien ne semble avoir été fait pour créer un ordre de vie rigoureux qui puisse permettre aux populations de s’y conformer. La crise sanitaire n’a pas mis fin à une forme sociale de « laisser-aller » qu’il est possible d’observer dans les différents espaces sociaux. Il se traduit notamment par une forme d’indocilité explicite des jeunes à l’égard des mesures dictées de façon patriarcale par le pouvoir. Il est alors possible d’observer les logiques de contournement des populations et même de certains policiers qui omettent de mettre le masque. « Même eux, ils ne comprennent pas », dira un de nos interlocuteurs. La nouvelle « routine » profondément marquée par le confinement, leur semble insupportable. Ils la décrivent par le propos suivant : « je hais cette vie où chaque jour se reproduit à l’identique ». Elle est appréhendée comme un enferment qui leur apparait être de l’ordre du tragique pour beaucoup de 23 jeunes qui étouffent dans des espaces exigus, habitués à être en permanence à l’extérieur du domicile familial, à des heures tardives. A contrario des discours sociaux très moralisateurs, cette personne âgée de 74 ans, semble plus nuancée face au drame au quotidien ressenti par les jeunes. « Je ne blâme pas les jeunes qui ne respectent pas le confinement », disait cette femme retraitée. Le mot prison est récurrent. Toutes les sorties habituelles sont déprogrammées. Il est en effet impossible de se rendre à la mer ou dans un café. Tout lui semble « noir » sans vie à l’extérieur du domicile. Ce qui n’est pas sans conséquences dramatiques sur le psychique de la personne.

« Je suis dans une grande prison »

« Je sens que je suis dans une grande prison car cinq mois se sont écoulés et je ne peux pas aller à la mer. Il y a une semaine je suis allé à la mer à Arzew, je voulais la voir de loin mais la police m’en a empêché, ou qu’on aille ils nous expulsent en mer, dans les cafés les restaurants et dans les places publiques tout est fermé. Je sens que je suis en prison et j’ai peur que cette situation n’affecte le psychique de l’individu et donc affecte la psychologie de la société. De cette façon, il y a un fléau social parce qu’un individu ne peut pas surmonter sa colère » (38 ans, formateur en maçonnerie, célibataire, planteurs). La peur de la pandémie oblige à chasser toutes les souillures qui s’entreposent dans l’espace domestique, en assurant quotidiennement, tout au moins durant les deux premiers mois, sur la nécessaire purification de l’espace, des objets et des corps des membres de la famille. « Pendant le confinement on était stressé, on avait peur, ça nous préoccupait l’esprit. Je nettoyais à l’eau de javel, on se lave les mains avec du savon plusieurs fois, on a acheté les produits d’hygiène eau de javel, le savon, on lave tout à l’eau de javel, la vaisselle, tout. C’est une maladie mortelle, il faut prendre ses précautions, c’est la volonté de Dieu, tout ce qui vient de Dieu, El Hamdoulah » (54 ans, féminin, veuve, sans profession, Saint- Eugène). Pourtant, Le confinement ne semble pas être vécu de la même façon selon le statut, l’argent et le logement de la personne. Ces éléments sont objectivés et mis en lumière de façon explicite par nos interlocuteurs. Le confinement produirait aussi une autre forme sociale de routine progressivement intériorisée.

Intérioriser une autre forme de routine

« Les premiers jours, je restais à la maison, mais les derniers mois je sors dehors, on peut diviser le confinement en deux parties, deux périodes distinctes: la première, lors de l’arrivée de la pandémie, et une deuxième quand on s’est familiarisé avec la maladie et ça s’est devenue une routine pour nous. Je regarde beaucoup de vidéos sur YOUTUBE, je regarde les anciens matches de foot, des films, des séries, parfois j’allume la télé et je regarde un peu et de temps en temps je lis un bouquin de religion dans la plupart des cas pour je m’instruise, c’est tout ». Il ajoute :

« Les gens de l’argent » respectent le confinement

« Si on voit les personnes qui respectent le confinement, on va constater que c’est des personnes aisées ‘’SHAB DRAHAM’’, il habite dans une villa, il mange et il boit, tout est disponible à la maison, il ne craint rien et il n’est pas dans l’obligation de sortir de chez lui, tandis que, la catégorie qui ne respecte pas tu la trouves dans les quartiers populaires, les personnes sont souvent dégoutées et s’ils restent à la maison, ils vont exploser et le problème va s’empirer, c’est pour cela qu’ils préfèrent rester dehors. Oui bien sûr, mais le gens n’ont pas peur de la maladie, ils ont peur du ‘’BROSSé’’ d’1 million, un proverbe dit ‘’L ARBI KHREBLAH FI JIBAH’’, y’en a peu qui ont peur de la maladie ».

« On est dégoûté »

« Oui, évidement la pauvreté influe, prenant exemple d’une personne travaillait en journée, et après cette maladie, il s’est retrouvé en chômage, et lui qui est marié et qui a des enfants, les femmes d’aujourd’hui râle beaucoup ‘’TNAGRACH BZF’’, donc il préfère rester dehors sinon il va faire un drame. Oui aussi, l’être humain si tu le mets dans un endroit étroit avec beaucoup de personnes, il ne va pas se sentir à l’aise et bien. Les jours sont refaits à l’identique. On est dégoûté. Oui, trop ! Rani Karah hayti (« Je hais ma vie »)». (22 ans, Masculin, célibataire, étudiant, Médioni). Le confinement peut aussi être appréhendé comme une fuite aveugle et passionnée vers le travail durant de longues heures, particulièrement quand le statut social de la personne est élevé dans la société. Il évoque lucidement l’importance de son mode de vie comme élément important dans le respect du confinement.

« Mon mode de vie m’a permis de le faire » (respecter le confinement).

« Ok, moi je ne sors pas du tout. Avec tous les genres de confinement : 14h, 15h, 17h et 20h. Je ne sortais pas du tout. Et à minuit, je sors un peu prendre de l’air au quartier. Je dors, et je me réveille vers midi et je travaille. Je travaille sur mon ordinateur, dès fois pendant 12h, 10h, des fois même 16h… ça dépend ! Et je sors après respirer un peu d’air la nuit. Donc je respectais le confinement, parce que mon life style (mode de vie) m’a permis de le faire. Il y a juste les sorties le soir avec les potes qui n’existent plus. Je sors seul dorénavant, et rarement 25 où je vois quelqu’un. C’est-à-dire théoriquement, j’enfreins la loi mais dans l’application je ne fais pas quelque chose qui fait mal aux autres, parce que le soir il n’y a personnes » (29 ans, chef d’entreprise/chef commercial, célibataire, Yaghmouracen). On peut aussi être aussi dans une logique d’inversion totale en passant la majorité de son temps à l’extérieur avant la pandémie, comme c’est le cas de beaucoup de jeunes, et se retrouver en train de faire la cuisine avec sa mère, pour tuer le « temps vide » selon leur expression.

« Faire la cuisine pour remplir le temps vide »

« Au début j’ai pas pu régler mon temps, j’avais un rythme trop décalé genre je prends mon petit-déjeuner tard etc. et tout n’étais pas organisé mais après je nettoyais avec ma mère la maison je cuisinais etc. J’étais pas du tout organisé mais après j’ai réglé mon temps je cuisinais et j’aidais ma maman à la cuisine. J’ai fait tout ça pour remplir le temps vide et il faut s’adapter avec la nouvelle routine. Ce qui a changé c’est ma routine. Je suis un homme qui vivait dehors plus qu’à l’intérieur donc c’est ça le grand changement, il faut toujours s’adapter avec la nouvelle routine donc pour éviter une forte dépression (24 ans, étudiant, célibataire, Es-Senia). Le confinement impose des changements dans la vie quotidienne. Les personnes semblent redonner plus de sens à la propreté, les obligeant à intégrer dans leur quotidien le lavage des mains, la nécessité d’enlever les chaussures à l’entrée de l’appartement. Il s’agit aussi de rompre temporairement les liens sociaux avec leurs proches et leurs amis. On est présence de logiques de distanciation entre proches parents ou amis. Le rapport à la mort est intégré dans le discours. La peur de contaminer un proche pouvant mourir à cause de lui. Mourir plutôt que de contaminer une personne qui leur est chère. Enfin, ne pas se rendre à la mosquée quotidiennement pour les cinq prières, semble un élément de changement pour certains. « Ma vie a beaucoup changé, l’Etat a pris des décisions qui ont changées ma vie, pas de mosquée, pas de prières en groupe, je prie tout seul » (28 ans, propriétaire d’une salle de jeux, célibataire, El-Hamri). Pour d’autres, la sortie et les marches quotidiennes ont été brutalement rompues, produisant un sentiment d’isolement inédit qui est vécu de façon très négative. « Mon quotidien a beaucoup changé. Je ne fais plus de marche. Je suis isolée avec ma petite famille. Je n’ai plus de vie sociale et ça me manque. Ce qui me fait le plus peur est d’être contaminée, je n’ai pas envie de mourir. Je m’informe au moindre doute auprès de ma fille médecin » (76 ans, veuve, sans profession, Es-Sénia). 26 Le confinement est vécu comme un ensemble de transformations majeures dans leur vie quotidienne. La pandémie remet explicitement au premier plan la notion importante d’interdépendance dans la société. Elle questionne le sens donné à la responsabilité collective au cœur des interactions quotidiennes. Se taire face à la maladie du Covid-19, du fait de la contamination, devient un glissement dangereux qui a des conséquences dramatiques pour celles ou ceux qui ont été au contact du malade.

« Notre mode de vie a radicalement changé »

« Tout a changé, beaucoup de choses ont changé, on évite les rassemblements, la dernière fois on est descendu à la plage, 20 minutes ou moins et la police est arrivée, ils nous ont ordonné de partir, ce n’est qu’un exemple. Notre mode de vie a radicalement changé. Et en termes d’hygiène beaucoup de choses ont changé aussi, le port de masque est devenu obligatoire, je te donne un exemple moi qui travaille dans une société de fabrication de textiles, en ce moment on confectionne des masques et des bavettes, chaque fois je prends une quinzaine avec moi et je les distribue sans que personne ne le sache, je donne aux personne qui n’ont pas les moyens d’en acheter où je donne à mes amis. On s’est arrêté d’aller chez les proches et eux aussi ont arrêté de le faire ; et en termes de relation sociales ça a changé aussi, on s’est arrêté d’aller chez nos proches et eux aussi ont arrêté de le faire. La contamination ! Et surtout si une personne est atteinte de cette maladie et elle ne le déclare pas mais continue de vivre le plus normalement possible sans même informer son entourage, il va sans doute les contaminer, et par cette faute plusieurs personnes vont tomber malade. Si une personne tombe malade il devrait rester chez lui et informer et non pas continuer consciemment à contaminer son entourage  »زكارة)  »29 ans, artisan, célibataire, Medioni). Le téléphone ou l’échange virtuel (E.mail, réseaux sociaux) ne remplace pas la chaleur de la relation sociale de proximité. Elle semble ici centrale pour donner du sens à la vie quotidienne normale. Il lui apparait comme l’élément fort dans le changement opéré par l’épidémie.

« Se renfermer sur soi ».

« Autrement, j’ai essayé d’occuper mes journées. Je ne suis pas une personne qui aime ne rien faire donc j’ai occupé mes journées au maximum en lisant en rédigeant en marchant un peu mais bon ce qui a changé et ça a l’air très fort c’est que jusqu’à l’Aïd pratiquement j’ai eu quasiment aucune relation avec personne à part le téléphone ou internet et autrement et c’était le point négatif peut-être on y reviendra mais pour moi c’était le point le plus négatif c’était que toute les relations personnelles se sont arrêtées, on ne peut plus rencontrer les amis et aussi les rencontres, c’était avec énormément de précaution. C’est ce qui a peut-être changé les plus et puis en même temps quand la bibliothèque était fermée et même tout l’univers relationnel de la bibliothèque s’est aussi arrêté donc c’est le point le plus négatif pour moi et ce qui a changé le plus dans ma vie c’est ça et le fait de se renfermer sur soi-même de ne pas avoir une relation avec les autres et aussi je me suis interdit d’aller chez les gens car on sait jamais » (71 ans, responsable de la bibliothèque CDES, Oran). La gestion du confinement par les pouvoirs publics n’est pas sans effets sur la façon de vivre la pandémie. Il s’agit ici de questionner nos interlocuteurs sur le mode de régulation de la pandémie.

5- Une gestion de la pandémie précipitée, incomprise et sans concertation avec la population.

La récurrence des propos de nos interlocuteurs, est centrée sur leur incompréhension indignée de la gestion de la pandémie par les pouvoirs publics. Elle semble renforcer les ruptures entre le pouvoir et la population. Elle est à l’origine de critiques sociales explicites et sans détours sur les différents couvre-feux organisés par les pouvoirs publics. Ils ne sont nullement identifiés à un confinement « véritable ». Autrement dit, la gestion leur semble hasardeuse et distante de leurs attentes articulées à un nécessaire confinement ferme et rigoureux durant le premier mois. Les décisions des pouvoirs publics leur semblent aléatoires et discontinues, qui n’ont pas permis leur adhésion. Dans cet extrait d’entretien, notre interlocuteur montre que la gestion sécuritaire de l’Etat est absente dans les quartiers « populaires » laissés à eux-mêmes. Les agents de police semblent plus présents au niveau des plages et des espaces sociaux localisés au centre de la ville ; ce qui représente à ses yeux une forme d’incohérence au cœur de la gestion de la pandémie. Elle ne semble pas en tout état de cause avoir un impact fort et totalisant sur le fonctionnement d’un nombre important de pans de la société, permettant d’observer son refoulement à la marge. « En Algérie, cela a été confus. Le couvre-feu a commencé de 7h à 15h ; ensuite jusqu’à 17h et maintenant de 5h du matin à 20h, ils disent qu’ils vont fermer pendant 15 jour après d’autres 15 jours et maintenant 10 jours après 10 jours, je veux dire, sur quelle base ils prennent ces décisions ? Vous voyez que les décisions sont aléatoires et non étudiées, c’est pourquoi ils doivent prendre une décision ferme, ce qui signifie tout doit être fermé. Il y a des études qui disent que l’Algérie est en crise, le pouvoir aurait dû fermer le premier mois et perdre de l’argent mieux que rentrer ensuite en crise. Le premier mois devait être ferme. 28 Personne ne devrait sortir juste dans un cas d’urgence. Mais à partir d’aujourd’hui, je suis pour ouvrir tout mais avec des conditions d’imposer une sanction, une amende ou emprisonnement pour ceux qui ne respectent pas ». « A mon avis l’Etat est absent. Ils ont contrôlé juste les plages. Dans mon quartier populaire, il y a un tournoi de foot. Personne ne porte le masque. L’Etat est absent dans les quartiers vulnérables parce qu’ils ne traitent qu’avec les grands quartiers comme le centre-ville mais le grand pourcentage de la population ce sont les banlieues » (38 ans, formateur en maçonnerie, célibataire, planteurs). Le discours social profane est focalisé sur l’exigence dès le départ d’un confinement total pour lutter efficacement contre le virus. Les décisions ont été peu discutées. La gestion de la pandémie est perçue dans sa négativité, peu efficace, en décidant d’ouvrir et puis de fermer précipitamment certains commerces, ou en annonçant brutalement l’interdiction de tout déplacement dans 29 wilayas, le 9 juillet 2020, sans donner le temps aux personnes de prendre leurs dispositions pour retourner chez eux. Des revirements brutaux qui ont incontestablement renforcé la défiance à l’égard du pouvoir. En tout état de cause, le confinement total au début de la pandémie pendant une période donnée, leur semblent l’alternative la plus adéquate pour contenir rapidement la propagation du virus. « La première période ça va les gens avaient peur mais le confinement ce n’est pas L’heure (couvre-feu). Il faudrait faire le confinement total H24. C’est mieux ! Cela n’affecte pas comme maintenant économiquement ou psychologiquement les personnes. Au début, les gens étaient réceptifs par rapport à la situation selon laquelle tout serait fermé car ils ont acheté tout ce dont ils avaient besoins ». (30 ans, célibataire, femme, comptable, planteurs). Il peut paraître étonnant que la rigueur du confinement se situe du côté de nos interlocuteurs. Mais face à la gravité de la pandémie, la société était prête au sacrifice pendant une durée déterminée pour réduire la propagation du virus, leur permettant de reprendre leurs activités, notamment ceux qui sont confrontés à des situations sociales précaires. Notre recherche montre clairement que les personnes ont été déroutées par les multiples fluctuations dans la gestion de la crise, en usant de cette métaphore : « Il ferme, il ouvre et referme certains commerces ». Encore fallait prendre le temps de l’écoute de la population qui a été, on l’oublie rapidement, exemplaire pendant les deux premiers mois ; mais dans une sorte déferlement médiatique et politique, il semblait plus confortable de stigmatiser la population, lui attribuant la responsabilité dans l’accroissement des cas de contamination, qui ont en 29 réalité évolué durant les deux premiers mois entre 80 et 200 personnes atteintes du coronavirus, durant 24 heures. Dans cet extrait d’entretien, la personne anticipe la question de l’approvisionnement en alimentation. Les pouvoirs locaux avaient la possibilité d’investir activement les domiciles des habitants socialement démunis, pour leur procurer des produits alimentaires pendant une quinzaine de jours. « Les pouvoirs publics n’ont pas été assez suivis avec la population pour faire respecter le confinement ». « Mêmes les horaires instaurées du n’importe quoi ! Il fallait obliger les gens à se confiner chez eux pendant 15 jours, un confinement total aurait été l’unique solution, pas un chat dehors. Il faut aider les personnes démunies en leur procurant de la nourriture pour 15 jours, à ce moment-là, les pouvoirs publics pourraient les obliger à se confiner pendant toute cette période. C’est la solution pour garder notre santé et sauver le peuple. On a l’impression que l’Etat n’a pas les moyens pour subvenir à toutes les personnes vivant dans la pauvreté, c’est un problème purement économique » (76 ans, veuve, sans profession, Es-Senia). Même si certains estiment que les pouvoirs publics ont tenté un difficile équilibre entre les contraintes économiques et celles plus sanitaires. Mais de façon récurrente, nos interlocuteurs montrent que le confinement-déconfinement géré par injonctions, ne semble pas avoir produit un sursaut de confiance à l’égard des pouvoirs publics. « Il n’existe pas de points forts concernant la gestion des pouvoirs publics. Les points faibles : ils ont abandonné le peuple à son triste sort. Il s’agit d’un couvre-feu qui n’aide pas à améliorer la situation sanitaire, plus la tranche horaire est réduite, plus on remarque du monde dans les rues. Il y a même des véhicules qui circulent après 20 heures. Faut-il penser que toutes ces personnes sont très importantes pour être autorisées à circuler (rire). J’ai entendu dire que les autorisations de circulation sont monnayables, à quoi cela sert. Je n’en sais vraiment rien ». « Il n y a même pas eu la collaboration du mouvement associatif pour mettre en place les moyens matériels nécessaires ». « Confiner doit être procédé par la mise en place des moyens nécessaires à la population. Les pouvoirs publics ont ordonné la réouverture des commerces et de sites économiques pour ne pas se sentir responsables des ménages » (40 ans, fonctionnaire, marié, deux enfants, ElKarma).

Absence d’ancrage des pouvoirs locaux dans la société

La gestion de la pandémie est identifiée à des injonctions conjoncturelles orphelines d’une stratégie explicite, transparente et élaborée dans un souci pédagogique. Celle-ci aurait permis aux populations de l’intérioriser, d’accéder à son appropriation de façon active en se reconnaissant dans les mesures prises par les pouvoirs publics. L’absence d’ancrage des pouvoirs locaux dans la société, efface tout dialogue avec celle-ci. Ils ont été distants avec les médiations autonomes et crédibles, et socialement reconnues, au détriment des associations plus proches du pouvoir. Autant d’éléments sociopolitiques importants qui ont contribué à renforcer le scepticisme et les suspicions de la population.

« On nous donne des ordres, et c’est tout… »

« Le problème, ce n’est pas la façon dont ça a été géré. Mon fils me dit toujours qu’il y a un manque d’informations, on nous donne des ordres et c’est tout, un jour sortez, deux semaines plus tard, ne sortez plus, si on nous avait expliqué la stratégie dès le début, ça aurait mieux marché à mon avis. Il n’y a pas de dialogue, personne ne nous parle, personne n’écoute le peuple, alors qu’on ne demande qu’à être écouté, partout où on va, on nous donne des ordres, et il faut appliquer sans rouspéter, je pense que le peuple pourrait beaucoup aider les autorités à gérer la crise, « Ndiro el yed fel yed » (la main dans la main) mais personne ne nous donne la chance de parler, personne ne demande notre avis, alors que ce sont des êtres humains comme nous, de quels droits ils pensent connaitre notre bien mieux que nous » ?

« On nous a tellement mentis que c’est difficile de recréer un lien social ».

« Je pense qu’à ce stade, les gens n’ont plus vraiment peur du corona, on nous a tellement mentis, sur beaucoup de choses, que c’est difficile de recréer un lien, et nous faire peur ne sert à rien, moi je me protège parce que mon fils m’a informé et m’a incité à le faire, et toutes les personnes qui le font, du moins la plupart, je suis sûre que c’est grâce à une personne qu’ils connaissent et non les autorités (74 ans, femme, retraitée, veuve, Hai El Dalia). Ou encore :

« Un coup, on ferme, un coup on ouvre, un coup on rassure, un coup, on fait peur »

« Je ne pense pas qu’elle a vraiment été gérée, j’ai l’impression que les décisions ont été prises par défaut, un coup on ouvre, un coup on ferme, un coup on rassure, un coup on fait peur. Quand on compare avec les autres pays, il y a de vraies mesures qui ont été prises, de vraies sanctions aussi, ici, chacun fait ce que bon lui semble, les plus conscients appliquent eux-mêmes les mesures de protections, par peur de la maladie et non du gouvernement, 31 d’autres font attention que quand ils sont exposés aux policiers dans la rue, et dès que ces derniers ne sont plus vigilants , ils enlèvent leurs masques, et il y a les rebelles, ‘’Li la3binha kafzin’’ (« ils se la jouent malins ») qui n’en font qu’à leur tête, on dirait qu’ils défient le virus ». « En contrepartie, il y a aussi des personnes qui travaillent et vivent au jour le jour, il faut prendre des dispositions pour ces personnes aussi, il ne faut pas laisser tomber la population, et se plaindre qu’elle se rebelle, bien sûr, il y a des actes de solidarité, le peuple algérien est très généreux et solidaire, mais il faut penser au long terme » (25 ans, célibataire, vendeur dans un magasin de céramique, El-Hamri).

« Si des vraies mesures, avaient été prises dès le départ, on n’en serait pas là aujourd’hui »

« Si de vraies mesures avaient été prises dès le départ, avec sévérité, on n’en serait pas la aujourd’hui, c’est comme un enseignant avec ses élèves, si ils ne le prennent pas au sérieux dès le début, il est très difficile de récupérer de l’autorité. (53 ans, homme, employé, marié, Saint-Hubert). Une gestion aléatoire peu proche de la population faiblement impliquée dans le processus de prévention sociosanitaire, conduit à des contournements, de la distanciation risquée avec le Covid-19. Elle semble être dans l’incapacité d’accéder à un contrôle maîtrisé de la situation sanitaire. En conséquence, on assiste à un décalage avec le discours paternaliste et rassurant des pouvoirs publics (« nous sommes à la quête du vaccin auprès de certains pays » ; « nous avons résolu la question des lits dans les hôpitaux », etc.). Face à un ordre de vie qui n’a subi aucune modification dans le sens d’une nouvelle organisation des espaces publics, la reproduction à l’identique des mauvaises conditions d’hygiène, de l’absence des « représentants locaux » dans les quartiers, remplacés par des agents sécuritaires dont la profession n’est pas de s’investir dans des questions de santé publique, ne pouvant tout contrôler, cela conduit au faire-semblant, au laisser-aller antérieurs à la crise sanitaire, mais aussi aux multiples arrangements pour détourner les normes de santé, pour vivre désormais avec le virus. « La sécurité (األمن (a compris notre situation ils savent que les gens vivent dans de mauvaises conditions, ils n’ont pas demandé de respecter le confinement sinon la tension pourrait monter et créer des dégâts. Impossible de faire respecter le confinement, il faut isoler tout le quartier. Ils jouaient avec les policiers quand ils les voyaient ils leur courraient après… Sur ma page Facebook je parle de mon quartier et actuellement on s’est résigné si ça vient ça vient, si tu dis à quelqu’un il y a le corona, il te répond si je dois tomber malade, moi ou mes 32 parents… advienne que pourra .يسهل هللا Le confinement a duré trop longtemps, et ce gouvernement n’a pas su gérer ce confinement ». (28 ans, propriétaire d’une salle de jeux, EL-Hamri). Décréter que le masque est obligatoire et attendre passivement que la société le mette en œuvre mécaniquement, en oubliant que les populations dans leur majorité n’ont depuis des décennies jamais été concernées par une prévention socio-sanitaire proche d’eux, étant habituées strictement à une médecine curative, c’est aboutir à des inversions à l’égard les mesures de protection, sans que ces détournements des normes sanitaires fassent l’objet d’une évaluation critique et rigoureuse dans une logique de concertation, qui ne se limite pas à des injonctions qui sont plus de l’ordre de la culpabilisation, en occultant les raisons profondes des personnes à l’égard des mesures de protection. Enfin, les décisions contradictoires à propos du port de masque dans la voiture, dévoilent les hésitations du pouvoir qui interdit le masque, puis revient sur sa décision, pour de nouveau autoriser la bavette, et enfin l’interdit « Les pouvoirs publics ont obligé les commerçant à imposer le port du masque à la population mais il n’y a pas eu d’accompagnement lorsqu’on fait des recommandations, il faut un suivi, une évaluation. Le masque est porté d’une manière très particulière sous le nez, autour du cou, à la main, sur le rétroviseur. A comprendre, que ces gens-là ne trouvent pas l’utilité de le porter correctement. Il ne s’agit pas de posséder un masque mais de le porter correctement » (40 ans, marié, deux enfants, fonctionnaire, El-Karma). Les nouvelles habitudes sanitaires ne peuvent être mises en œuvre dans une logique d’adhésion et de confiance, que dans l’hypothèse où les pouvoirs publics s’engagent à entreprendre par la médiation de la prévention sociosanitaire, une régulation de proximité avec la population.

6- Prévenir, c’est privilégier la rencontre avec la population : une dimension démocratique majeure.

Si pour certains, le point normatif est mis en exergue, en indiquant l’impératif de respecter la loi en considérant que la personne est responsable de soi-même, pour d’autres, dont les propos sont récurrents, il s’agit au contraire de se situer dans une prévention de proximité devant être assurée par les personnes compétentes qui ont la confiance de la population. Elle serait absente dans les espaces publics. La gestion de la crise sociosanitaire ne peut pas se réduire à la seule visibilité des interdits (amendes, peine de prison, voiture en fourrière, fermeture du commerce, etc.), prise en charge par la police dans une logique strictement sécuritaire. « C’est de la chasse.. » selon une personne. La prévention sociosanitaire ne semble n’apparaissent pas dans les quartiers. Aucune réflexion collective n’a pu être menée pour permettre de déployer une nouvelle dynamique sociosantaire horizontale adaptée comme riposte à la pandémie dans une logique de mobilisation collective.

« C’est de la chasse… et non de la sensibilisation ».

« Ecoute, pour moi la sensibilisation c’est de l’éducation. Donc ce n’est pas la police qui sort et dit aux gens de rentrer chez eux ! Ça c’est de la chasse. Ils chassent les gens c’est tout sans leurs expliquer ! C’est comme si un père frappe son fils et lui dit rentre, normalement il lui explique ce qui se passe » (24 ans, biologiste, masculin, Canastel). Le discours répétitif de sensibilisation n’est visible qu’à la télévision, peu pris en considération par la population. Ce discours est produit dans une langue de bois peu compréhensible pour une majorité des personnes. C’est moins les mesures de protection répétées à l’envie que les gens souhaitent encore entendre, les connaissant parfaitement, mais les conditions politiques, économiques et sociales de leur mise en œuvre dans une société orpheline tout débat pluriel et contradictoire.

« Je ne vois qu’à la télévision »

« Les campagnes de sensibilisations c’est une bonne initiative, je n’ai pas vu ces initiatives dans mon quartier et dans ma vie quotidienne, je vois juste à la télévision pas dans les endroits bien précis. Je n’ai pas vu ni initiatives ni les gens qui distribuent des bavettes, y a des pauvres qui n’ont même pas de quoi acheté une baguette de pain, il va acheter une bavette à 100 DA,». « Pour moi je n’ai pas vu ni rencontrer de campagnes. J’aimerais bien voir ça dans le quartier, des campagnes qui nous sensibilisent, y a des gens qui sont à l’écart, qui sont restés dans leur place, qui n’ont pas bougés du tout. On a vu ça que dans la télévision, personnellement je n’ai pas vu ces campagnes ».

Aller à la rencontre des populations

« J’aimerai que les pouvoirs publics sortent au contact des populations pour les sensibiliser, seule la télévision en parle. Alors que lorsque que tu es en face d’une personne, c’est bien mieux. Il faut se déplacer vers la population pour lui parler et la convaincre. On ne peut pas convaincre quelqu’un à travers les télévisions, c’est impossible. Les campagnes de sensibilisation doivent avoir lieu sur l’année, cela fait déjà presque six mois que cela dure. On n’a rien vu de l’Etat, il ne parle qu’à la télévision, pas de sortie vers le peuple. Si tu n’as pas 34 des sources de revenus, tu ne peux pas appliquer les mesures préventives ». (49 ans, chauffeur de taxi, marié, malade chronique, Boutlelis). A contrario, les personnes n’hésitent pas à formuler des propositions : création d’équipes composées de médecins et de personnes qui ont une connaissance sociale du quartier. « On n’a pas vu de campagnes de prévention mais des campagnes de procès », (vendeur de magasin en céramique), voulant indiquer que la sécurité a prévalu sur la persuasion. Les gens insistent sur le fait que rien ne se fera par la peur et les sanctions qu’ils tournent en dérision, en nommant l’amende infligée par la police, pour absence de port de masque, de « Brossé (procès) ». Ils définissent la prévention sociosanitaire par la nécessaire « écoute du peuple », « Partir vers les gens… ». Il n’y a donc pas de prévention sociosanitaire, sans ce renouveau démocratique, seule en mesure de redonner du sens à la dynamique relationnelle de proximité. Mais la gestion infantilisante semble fortement prévaloir dans la prise en charge de la pandémie, distanciée avec la société. Les personnes ont en largement conscience : « On nous prend trop pour des enfants, alors qu’on peut prendre des décisions.. . Alors, c’est évident que le peuple se rebelle » (53ans, employé, marié, Saint-Hubert).

« On n’a pas vu des campagnes de prévention, on a vu des campagnes de procès »

« Non, on n’a pas vu des compagnes de sensibilisation, on a vu des compagnes de ‘’BROSSIAT’’, le policier qui ne porte pas de masque et qui a côté de lui un autre policier qui ne porte pas de masque aussi et qui sont rapprochés avec même pas 50cm, te traque jusqu’à ce que tu mettes le masque pour venir te coller une sanction. C’est ce qu’on a observé ».

« L’Etat a perdu la confiance de son peuple »

« Non c’est trop tard maintenant pour le faire, l’Etat a perdu la confiance de son peuple. Je te raconte une anecdote, une personne m’est venu, il voulait me serrer la main, j’ai refusé et je lui dis que je suis malade, il a insisté, j’ai serré sa main, alors, il me dit que lui aussi est malade et a les mêmes symptômes que moi, perte du goût et de l’odorat, comment peux-tu faire de la sensibilisation pour ces gens-là ? On pouvait sensibiliser avec les gens aptes au début, maintenant c’est trop tard ».

« Il faut donner la liberté aux gens et en même temps leur faire apprendre »

« J’ouvrirai tout, j’annulerai immédiatement ce confinement, tout redeviendrait normal et petit à petit je ferai des compagnes de sensibilisation pour que les gens prennent la maladie au sérieux et se conscientisent. Il faut donner la liberté aux gens et au même temps les faire apprendre. Surement ça prendra du temps mais je trouve que c’est plus efficace que ces 35 absurdités qui sont en train d’être faites ». (25 ans, célibataire, vendeur dans un magasin de céramique, El-Hamri). Les personnes souhaitent être des acteurs qui ont eux aussi leur mot à dire dans le processus de réduction de la propagation du virus. La confiance en des personnes proches de la population semble ici centrale pour assurer la prévention sociosanitaire. Il ne s’agit pas uniquement d’informer, mais de dialoguer, de persuader et d’adapter le discours de prévention aux attentes de la société et de ses différents agents. C’est avec une lucidité marquée par le bon sens populaire, que cette personne retraitée, nous donne avec humilité une véritable leçon de démocratie qui passe par l’écoute des acteurs de la société. Ecoutons-là :

« Par les personnes proches du peuple »

« Si la prévention existait, si c’était le cas, les cas n’augmenteraient pas, et les gens porteraient les bavettes dehors, on n’en serait pas là tout simplement. Je ne sais pas comment (Silence)… mais par des personnes proches du peuple, par exemple, les comités de quartier, associations de quartier, des gens à qui le peuple fait confiance ».

« On obtient rien par la peur… »

Elle devrait en avoir, si la prévention est bien faite, on évite beaucoup de dégâts et de catastrophes, mais dans notre cas, je ne sais pas trop, je ne pense pas qu’on a la même notion de prévention, pour moi cela veut dire faire prendre conscience aux gens qu’il faut qu’ils se protègent, pas leur faire peur jusqu’à ce qu’ ils se braquent et refusent tout dialogue, on obtient rien par la peur, c’est comme si quelqu’un élève ses enfants en les menaçant, viendra le jour où il s’en iront, et ne reviendront plus jamais ».

« Discuter avec le peuple, pour sauver ce qu’il y a encore à sauver »

« Moi ? Proposer ? (sourire), c’est bien la première fois qu’on me demande de proposer une solution, je dirais peut-être discuter, avec le peuple, pour sauver ce qu’il y a encore à sauver, moi de mon côté, je prie dieu, et je suis sûre qu’il va bientôt nous soulager de ce long cauchemar, rien n’est éternel, même les moments les plus durs ont une fin. » (74 ans, femme, veuve, retraitée, Quartier Hai El Dalia). Cet extrait d’entretien montre bien le refoulement de la société à sa marge. Elle n’a pas été mobilisée pour faire face de façon active, rigoureuse et confiante à la crise sociosanitaire. La concertation et la communication de proximité menées par des médecins généralistes, des étudiants de médecine, des associations, des jeunes proches de la population, et usant de façon 36 pédagogique du langage ordinaire, celui des gens de peu, ne semblent pas avoir eu l’assentiment des pouvoirs publics. La démarche privilégiée a été davantage centrée sur la transmission quotidienne des informations quantitatives très parcellaires et rapides dans les médias, sans permettre un débat sociosanitaire plus approfondi, pluriel et critique avec la population. Cette absence d’écoute de la population a produit de l’indignation en renforçant sa défiance à l’égard du politique.

Epilogue

La crise sociosanitaire a dévoilé sa complexité et ses multiples imbrications avec le politique, le social et l’économique. Notre recherche a tenté de montrer que la pandémie ne se réduit pas, loin s’en faut, à sa dimension strictement médicale. Celle-ci est transversale à toute la société. Elle questionne ses multiples vulnérabilités, ses valeurs, ses logiques d’acteurs déployées pour donner du sens à la maladie. Elle dévoile les inégalités sociosanitaires au cours du confinement vécu de façon récurrente comme un enfermement (« la prison »). Un vécu tragique pour certains qui n’ont pas les ressources financières pour subvenir aux besoins de leur famille. Nous avons montré les usages pluriels du masque rarement mobilisé de façon permanente et rigoureuse dans une société qui s’est résolument orientée depuis des décennies vers un modèle strictement curatif, marginalisant la prévention considérée comme une activité très résiduelle et peu valorisée et valorisante dans le système de soins. Enfin, la population n’est jamais passive ou résignée face aux multiples injonctions centralisées des pouvoirs publics. Notre recherche tente de mettre en exergue les multiples critiques sociales des personnes à l’égard de la gestion de la crise sociosanitaire menée par les pouvoirs publics. Les critiques sociales font référence à la gestion de la pandémie dominée par la précipitation, l’opacité, l’incompréhension et l’absence de toute concertation avec la population. Autant d’éléments qui n’ont pas permis d’accéder aux résultats souhaités, observant que les différents couvre-feux décidés unilatéralement par les pouvoirs publics, ne sont pas identifiés à un confinement rigoureux, tout au moins, durant les deux premiers mois. Les personnes sont déroutées face aux retournements de situations décrétées par le haut, en « ouvrant, fermant, ouvrant » souvent de façon brutale certains commerces et pas d’autres, laissant fonctionner les marchés dans un laisseraller qui dévoile l’absence d’une réflexion collective poussée des autorités et des représentants locaux sur le confinement- dé-confinement. Enfin, les sens attribués par nos interlocuteurs à la notion de prévention sociosanitaire, fait référence à l’écoute, la discussion, la concertation, la persuasion, les remises en 38 questions, démarche qui s’oppose aux injonctions et impositions qui semblent être au cœur de la gestion de la pandémie par les pouvoirs publics. 39 Noms des participants à la recherche socio-anthropologique « Vivre avec une pandémie Covid-19 : Oran » Sous la direction De Mohamed Mebtoul (sociologue) Association Santé Sidi El Houari – Kamel Bereksi – Djamel Eddine Sofiane Belhalfaya – Abderezak Belouadi – Kawtar Benamar. – Ilies Chaib – Hanane Senhadji – Djamila Sabrina Henni. – Fatima Dani El Kebir. – Fatima Zohra Mohammed Krachai Observatoire Régional de la Santé d’Oran – Nawel Belarbi – Soraya Khaldi – Redouane Hamadouche – Zineb Khekouki – Samira Oumllil 40 ANNEXES 41 Tableau récapitulatif des données factuelles des 29 enquêté (es) N° Sexe Age Situation familiale Profession Quartier de résidence 1 Homme 26 Célibataire Sans emploi Nedroma 2 Homme 38 Célibataire Formateur dans la maçonnerie traditionnelle Les planteurs 3 Femme 30 Célibataire Comptable Les planteurs 4 Homme 24 Célibataire Etudiant en biologie Canastel 5 Homme 29 Célibataire Artisan Mediouni 6 Homme 22 Célibataire Etudiant Mediouni 7 Homme 27 Célibataire Vendeur dans un magasin de céramique El Hamri 8 Femme 74 Veuve Retraitée Hai El Dalia 9 Homme 53 Marié Employé Saint Hubert 10 Femme 25 Célibataire Etudiante en médecine Canastel 11 Femme 88 Veuve Femme au foyer Boutlelis 12 Femme 24 Célibataire Simple employée Yaghmoracen 13 Homme 50 Marié Cadre de l’état Hai Badr (ex : Petit) 14 Femme 43 Mariée Enseignante Hai Badr (ex : Petit) 15 Homme 71 Célibataire Responsable de la bibliothèque CDES Miramar 16 Homme 29 Célibataire Chef d’entreprise/ responsable commercial Yaghmoracen 17 Homme 24 Célibataire Etudiant Es-Senia 18 Homme 57 Marié Pépiniériste El Hamri 19 Homme 42 / Entrepreneur Miramar 20 Homme 28 Célibataire Propriétaire d’une salle de jeux El Hamri 21 Femme 76 Veuve Femme au foyer Es Senia 22 Homme 40 Marié Simple fonctionnaire El Kerma 23 Homme 47 Marié Simple fonctionnaire Hippodrome 24 Homme 46 Marié Sans profession (Pensionnaire) Es Senia 25 Homme 50 Marié Propriétaire d’un Fastfood El kerma 26 Femme 54 Veuve Femme au foyer Saint Eugène 27 Homme 49 Marié Journalier (clandestin) Boutlelis 28 Homme 22 Célibataire Etudiant en Chimie Ain Turk 29 Femme 42 / Femme au foyer El Akid Lotfi 42

GUIDE D’ENTRETIEN PANDEMIE COVID-19 I-Eléments factuels : Age : Sexe : Situation de famille Profession : Quartier de résidence : II-LA PANDEMIE COVID-19 1 Quelles interprétations faites –vous de la pandémie Covid-19 ? – Pourquoi cette interprétation ? – qui a vous informé ? Pourquoi cette personne ? – Est-ce que vous en parlez autour de vous (dans votre famille, dans la rue, etc.). Avec qui précisément ? Pourquoi cette personne ? – Citez les mots les plus fréquemment évoqués par vos proches et vousmêmes pour nommer la pandémie ? Pourquoi ces mots ? Que signifient-t-ils ? 2- Racontez comment vous l’avez vécu quotidiennement ? – Qu’avez-vous fait en premier lieu ? Avez-vous continué à voir vos proches parents ? Pourquoi ? Si c’est non, quelles en sont les raisons ? 43 – Qu’est-ce qui vous semble le plus dangereux et le moins dangereux dans cette pandémie ? Pourquoi ? Comment avez-vous tenté pour lutter contre cette maladie ? Qui a vous a influencé ? Pourquoi cette personne ? 3- Qu’est-ce qui a changé ou non dans votre vie quotidienne ? Racontez – En termes d’hygiène ? En termes de relations sociales ? Quels sont les risques qui vous font le plus peur ? Pourquoi ? A qui faites-vous confiance pour vous informer ? Pourquoi cette personne ? 4- Comment cela s’est passé avec le masque et les mesures barrières ? – Cela vous gêne–t-il ou non de les appliquer ? Pourquoi ? – Racontez les contraintes, les problèmes face aux respects des normes sanitaires. – Qui vous a influencé pour les mettre ou ne pas les mettre ? 5- Comment évaluez-vous les différentes appréciations contradictoires des médecins dans le monde à l’égard de certains traitements proposés pour soigner le Covid-19 ? – Pourquoi ces conflits ? Trouvez-vous cela normal ? III- LE CONFINEMENT 6-Pouvez-vous décrire précisément la période de confinement ? – Que faisiez-vous durant la journée ? Décrire une journée de confinement ? – Pourquoi ces activités ? Qu’est-ce qui a changé avec le confinement ? Les contraintes ? Les aspects positifs ? Pourquoi ? – Décrire les raisons du respect ou du respect du confinement. Pourquoi ? La peur, le respect des normes ? La misère ? L’exiguïté du logement ? L’ennui ? Ou autres éléments ? – Qu’est-ce qui vous a gêné le plus dans le confinement ? Pourquoi cet aspect ? 44 7- Comment a été gérée la période de confinement par les pouvoirs publics ? – Les points forts et points faibles ? – Qu’aurait-il fallu faire pour mieux gérer cette période de confinement ? Pourquoi cela n’a pas-t-il était fait ? 8- Avez-vous observé autour de vous la prégnance de la prévention sociosanitaire face à la pandémie par les autorités locales ? – A-t-elle était réalisée dans notre société ? Comment la mettre en œuvre ? Par Quelle personne ? Pourquoi ces personnes ? La prévention a-t-elle une importance ou non dans notre société ? Que proposez-vous pour mieux lutter contre le coronavirus ?

Noms des participants à la recherche socio-anthropologique « Vivre avec une pandémie Covid-19 : Oran »

Sous la direction De Mohamed Mebtoul (sociologue)

Association Santé Sidi El Houari – Kamel Bereksi – Djamel Eddine Sofiane Belhalfaya – Abderezak Belouadi – Kawtar Benamar. – Ilies Chaib – Hanane Senhadji – Djamila Sabrina Henni. – Fatima Dani El Kebir. – Fatima Zohra Mohammed Krachai Observatoire Régional de la Santé d’Oran – Nawel Belarbi – Soraya Khaldi – Redouane Hamadouche – Zineb Khekouki – Samira Oumllil

ANNEXES

GUIDE D’ENTRETIEN PANDEMIE COVID-19

I-Eléments factuels :

Age :

Sexe :

Situation de famille Profession :

Quartier de résidence :

II-LA PANDEMIE COVID-19

1 Quelles interprétations faites –vous de la pandémie Covid-19 ?

– Pourquoi cette interprétation ?

– qui a vous informé ? Pourquoi cette personne ?

– Est-ce que vous en parlez autour de vous (dans votre famille, dans la rue, etc.). Avec qui précisément ? Pourquoi cette personne ?

– Citez les mots les plus fréquemment évoqués par vos proches et vous-mêmes pour nommer la pandémie ? Pourquoi ces mots ? Que signifient-t-ils?

2- Racontez comment vous l’avez vécu quotidiennement ?

– Qu’avez-vous fait en premier lieu ? Avez-vous continué à voir vos proches parents ? Pourquoi ? Si c’est non, quelles en sont les raisons ?

– Qu’est-ce qui vous semble le plus dangereux et le moins dangereux dans cette pandémie ? Pourquoi ? Comment avez-vous tenté pour lutter contre cette maladie ? Qui a vous a influencé ? Pourquoi cette personne ?

3- Qu’est-ce qui a changé ou non dans votre vie quotidienne ? Racontez

– En termes d’hygiène ? En termes de relations sociales ? Quels sont les risques qui vous font le plus peur ? Pourquoi ? A qui faites-vous confiance pour vous informer ? Pourquoi cette personne ?

4- Comment cela s’est passé avec le masque et les mesures barrières ?

– Cela vous gêne–t-il ou non de les appliquer ? Pourquoi ?

– Racontez les contraintes, les problèmes face aux respects des normes sanitaires.

– Qui vous a influencé pour les mettre ou ne pas les mettre ?

5- Comment évaluez-vous les différentes appréciations contradictoires des médecins dans le monde à l’égard de certains traitements proposés pour soigner le Covid-19 ?

– Pourquoi ces conflits ? Trouvez-vous cela normal ?

III- LE CONFINEMENT

6-Pouvez-vous décrire précisément la période de confinement ?

– Que faisiez-vous durant la journée ? Décrire une journée de confinement ?

– Pourquoi ces activités ? Qu’est-ce qui a changé avec le confinement ? Les contraintes ? Les aspects positifs ? Pourquoi ?

– Décrire les raisons du respect ou du respect du confinement. Pourquoi ? La peur, le respect des normes ? La misère ? L’exiguïté du logement ? L’ennui ? Ou autres éléments ?

– Qu’est-ce qui vous a gêné le plus dans le confinement ? Pourquoi cet aspect ?

7- Comment a été gérée la période de confinement par les pouvoirs publics ?

– Les points forts et points faibles ?

– Qu’aurait-il fallu faire pour mieux gérer cette période de confinement ? Pourquoi cela n’a pas-t-il était fait ?

8- Avez-vous observé autour de vous la prégnance de la prévention sociosanitaire face à la pandémie par les autorités locales ?

– A-t-elle était réalisée dans notre société ? Comment la mettre en œuvre ? Par Quelle personne ? Pourquoi ces personnes ? La prévention a-t-elle une importance ou non dans notre société ? Que proposez-vous pour mieux lutter contre le coronavirus ?