Par Bouzid Chalabi
Le mois de Ramadan tire à sa fin et force est de reconnaître qu’il a été, cette année, bien particulier par l’effet d’une mercuriale qui a fait des siennes tout au long de ce mois sacré, alors qu’habituellement, les prix flambent à la veille et au tout début et reprennent leur niveau saisonnier quelques jours plus tard. Sans omettre de citer la tension sur l’huile de table et les engagements non tenus du ministre du Commerce pour rendre les prix abordables.
Qu’on en juge. Cette année, la courbe n’a pas suivi les aspirations des Algériens, les prix des légumes, fruits, viandes et poissons ont battu tous les records. Le poulet vidé à plus de 400 DA le kilogramme, la pomme de terre 80 DA, frôlant par endroit les 100 DA/kg et la viande rouge à partir de 1 200 DA/kg auront été l’illustration d’un Ramadan éreintant pour les familles qui ont vu leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil. Et pourtant, avec les décisions du ministre du Commerce Kamel Rezig de faire en sorte que les prix soient raisonnables, les personnes à faible revenu avaient cru que le Ramadan serait plus clément.
En effet, en apprenant que des opérations de déstockage et de vente directe par les producteurs comme mesure phare, prise par le ministre du Commerce, les consommateurs ont cru à une baisse des prix. Mais en réalité rien de ces deux dispositifs n’ont eu l’effet escompté sur les prix des fruits et légumes ainsi que la volaille. C’est l’effet contraire qui s’est produit sur le terrain en dépit d’une offre abondante, soit 1,6 million de tonnes, selon les chiffres du ministre de l’Agriculture Abdelhamid Hemdeni. Autrement dit, les prix des produits agricoles, végétaux et animaux confondus n’ont, en réalité, pas connu de baisse. En fait, après les promesses de Kamel Rezig, la désillusion chez les ménages s’est vite installée au fil des jours. En clair, point de répit pour ces derniers. A commencer par l’absence de viande rouge congelée importée ni celle fraîche ramenée du sud du pays, encore moins de poulet surgelé pour casser les prix. A cette déconvenue est venue se greffer une tension sur l’huile de table. Autant dire que les dispositions prises conjointement par les deux ministres cités pour mettre en place les meilleures conditions pour que les consommateurs passent un mois de Ramadan sans recourir à l’endettement n’ont guère trouvé d’application palpable sur le terrain. Par voie de conséquence, la force de l’inflation sur les produits de large consommation frais et manufacturés ont fini par laminer le pouvoir d’achat des citoyens même ceux de la classe moyenne épargnée jusqu’ici par cette inflation galopante. En témoignent, du côté de cette classe moyenne, nombreux sont ceux qui au bout du 15e jour se sont mis à freiner leurs achats pour aller à l’essentiel afin de s’éviter d’aller puiser dans le budget consacré à l’habillement et aux gâteaux. Sur ce dernier point, il est utile de signaler que les cacahuètes, amandes, noix de coco et autres produits ont grimpé de façon exorbitante. Cela dit, le président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (ANCA) Hadj Tahar Boulenouar, approché hier par Reporters, se dit étonné qu’à trois jours de la fin du mois de Ramadan, les prix des légumes et de la volaille restent élevés alors «que les derniers jours sont synonymes de décru des prix affichés sur les étals de détail», confie-t-il. C’est pour dire enfin que le Ramadan de cette année a été différent des autres. <