Lundi, 15 mars, la justice malienne se prononcera sur l’affaire du général Amadou Sanogo, meneur du putsch de 2012, brièvement chef de l’Etat et poursuivi pour assassinats. Son procès s’est rouvert jeudi, 11 mars, sous haute protection devant les assises de Bamako, mais sous un nouveau jour, avec la possibilité d’un arrangement. Les parties civiles ont, en effet, demandé au tribunal d’entériner un accord entre elles et l’Etat qui a décidé, en 2020, de les indemniser.
Le procès d’Amadou Sanogo s’est enlisé après son ouverture en novembre 2016. En janvier 2020, la justice a ordonné sa libération et celle des autres militaires encore détenus depuis six ans, faisant redouter aux défenseurs des droits humains le classement de l’affaire pour des raisons politiques. L’officier et les 16 coaccusés présents au tribunal jeudi, soldats et gendarmes, dont un ancien ministre de la Défense, sont jugés non pas pour le coup de force de 2012, qui avait renversé le Président Amadou Toumani Touré mais, pour l’enlèvement et l’assassinat de 21 membres d’une unité d’élite, les «Bérets rouges». Un mois après le coup d’Etat, les «Bérets rouges» avaient vainement tenté un contre-putsch brutalement réprimé par les nouveaux maîtres de Bamako et par les «Bérets verts» qui leur étaient acquis. Les corps de 21 d’entre eux avaient été retrouvés morts dans un charnier en décembre 2013.
«Je suis le général de corps d’armée Amadou Haya Sanogo, spécialité infanterie, ancien chef d’Etat logé à la base aérienne de Bamako», a décliné le principal accusé à l’ouverture du procès. Maître Ibrahim Waly Diawara a rapidement annoncé le «désistement» des parties civiles au nom de leur collectif d’avocats. Il a invoqué un protocole d’accord conclu avec l’Etat et en cours d’exécution pour l’indemnisation de ses clients. La défense a, également, réclamé la fin du procès, en citant une loi controversée adoptée en 2019 au nom de la réconciliation et offrant la possibilité de l’amnistie aux auteurs de certains crimes perpétrés pendant la crise de 2012. «Ce procès doit être clos ici (…) et nos clients doivent être exonérés de toutes les poursuites», a plaidé Maître Alassane Sangaré. La défense argue aussi de l’accord d’indemnisation. Amadou Sanogo, alors capitaine, avait pris le 21 mars 2012 la tête de soldats entrés en mutinerie contre l’incapacité du gouvernement à arrêter l’offensive dans le Nord de la rébellion à dominante touarègue et l’afflux de djihadistes en provenance des pays voisins. Le putsch avait en fait précipité la déroute de l’armée. Amadou Sanogo, rapidement poussé à céder le pouvoir à des autorités civiles, avait été élevé ensuite au rang de général quatre-étoiles, promotion considérée comme politique. Mais, fin 2013, il avait été arrêté pour son implication présumée dans l’assassinat des «Bérets rouges».
Parmi les militaires qui ont mis fin au pouvoir de l’ancien président IBK, certains sont des «Bérets verts» dont le colonel Malick Diaw, président du conseil national de la transition. n