La réouverture partielle des frontières n’était pas le seul point abordé lors du Conseil des ministres de dimanche. Il y avait entre autres un sujet, dont l’impact dépasse amplement les frontières. Il s’agissait de la Zlecaf (Zone de libre-échange continentale africaine), annoncée depuis belle lurette (adoptée par l’Union Africaine en 2012) et qui semble se préciser davantage. Ainsi, dans le communiqué concluant le Conseil, il a été précisé que le Président Tebboune avait «instruit (…) le Gouvernement à l’effet d’approfondir la concertation avec les différents acteurs économiques pour préparer l’adhésion de l’Algérie» à la Zlecaf.
Cette «sortie» est survenue quelques heures après la diffusion d’une dépêche de l’APS en relation avec le sujet. Il y était annoncé que l’Algérie avait ratifié l’accord portant création de la Zlecaf.
L’importance de cette décision réside avant tout dans «l’esprit». Le redéploiement vers l’Afrique de l’Algérie est une nécessité absolue et, d’ailleurs, il devait se faire depuis longtemps déjà. Jusque-là il y a eu trop de blabla diplomatique et de discours creux, alors que le plus important était des actions concrètes.
Evidemment, il ne faut pas s’attendre à des miracles ou à des gains rapides avec la ratification de cet accord. Cependant, le marché africain, dans toutes ses dimensions, ne peut pas, et ne doit pas, échapper à l’Algérie. Il est question de se placer dans une perspective d’avenir, à court et à moyen terme.
Cet accord vient également effacer une (parmi tant d’autres) injustice tellement négligée qu’elle est devenue, avec le temps, une «normalité». Celle de la pauvreté des exportations entre les pays africains par rapport à celles réalisées dans les autres continents. Les chiffres de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) sont là pour avoir une idée, et ils sont flagrants.
En prenant comme repère l’année 2017, il faut savoir que les exportations intra-africaines ont représenté 16,6% des exportations totales des pays du continent. La comparaison montre l’ampleur du «désordre». Les exportations intra-européennes représentent 68,1%, les exportations intra-asiatiques 59,4% et les exportations intra-américaines, c’est 55%. Comment ne pas aspirer à changer cette situation qui a toujours arrangé les pays du Nord (surtout les anciens colonisateurs, notamment le réseau «Françafrique») et leurs pions installés à la tête de certains pays africains. La Zlecaf, c’est peu, mais elle pourra toujours ébranler certaines «certitudes» ancrées dans plus d’une contrée.