La grande comédienne et metteur en scène Sonia, Sakina Mekkiou de son vrai nom, avait à la fois du talent et du cœur, ce qui lui a permis d’incarner différents rôles et de les rendre inoubliables. Son interprétation du personnage de Fatma dans le monodrame éponyme reste encore dans les mémoires. Elle laisse un répertoire riche d’une bonne cinquantaine de pièces.

Née en 1953 à El-Milia (Jijel) qu’elle quitte très jeune pour Constantine, Sonia a fait partie d’une troupe de théâtre amateur, puis a intégré l’Institut d’art dramatique et chorégraphique de Bordj El Kiffan (INADC devenu ISMAS aujourd’hui) dont elle sera diplômée en 1973. Elle intègre la troupe du Théâtre régional de Annaba et joue dans trois pièces en trois ans, puis, à partir de 1977, elle rejoindra le Théâtre national algérien. Son talent apparaît et ne passe pas inaperçu au TNA, et notamment lorsqu’elle tiendra des rôles dans des pièces mythiques, à l’exemple de «Galou laârab galou» (1983) où elle interprétait la conteuse (gouala). Remarquée au Festival de Carthage, elle fera partie de l’affiche de «Elf hikaya wa hikaya fi souk Okadh», spectacle écrit par le Palestinien Waled Sayf, mis en scène par le Marocain Tayeb Seddiki «et joué par dix-huit comédiens représentant sept nationalités arabes». Sonia tiendra le rôle de Khadidja dans «Les martyrs reviennent cette semaine» (1987). Suivra «El Aïta» en 1988, puis «Fatma» en 1990, pièce emblématique écrite par M’hamed Benguettaf, et produite par Masrah El Kalaâ (Théâtre de la Citadelle). Cette dernière, créée en 1989, est une des premières compagnies théâtrales indépendantes en Algérie, et Sonia a été un des membres fondateurs. En outre, la comédienne, comme le rappelle l’APS, «a beaucoup travaillé pour garder un théâtre dynamique pendant les années de terrorisme où elle avait produit des pièces comme ‘Hadhrya wel Hawess’ [avec Mustapha Ayad] et ‘Sarkha’». La comédienne et metteur en scène sera nommée en 2001 à la tête de l’Institut national des arts dramatiques et chorégraphiques de Bordj El Kiffan, ensuite, elle dirigera, à partir de 2008, le Théâtre régional de Skikda. Sonia deviendra par la suite la directrice du Théâtre régional de Annaba et lancera en 2011, le Festival culturel national de la création théâtrale féminine, une manifestation qui encourageait les créatrices féminines à s’impliquer davantage dans les métiers du spectacle (autre que le jeu), et notamment dans la mise en scène. Malheureusement, cet événement qui a commencé à impulser une certaine dynamique dans la création s’est arrêté au bout de cinq éditions. Même si elle dirigeait un théâtre, elle a quand même continué à s’impliquer dans le travail artistique, et a monté quelques pièces dont «Amem aswar el madina» (pour le Théâtre régional de Skikda) et «El Djamilat» (pour le Théâtre régional d’Annaba). Par ses rôles et son courage, elle incarnait d’une certaine manière le combat des femmes pour leurs droits, mais l’artiste ne s’est pas contentée de l’incarner : elle a aussi porté ce combat sur les planches. En 2004, dans le cadre d’un programme d’associations féminines, elle a mis en scène la pièce «Bla zaâf» (sans colère). Elle s’est également essayée au seul-en scène, en interprétant quelque temps après, la pièce «Heta l’tem», où elle jouait le rôle d’une psychothérapeute qui décide de s’autoanalyser, en incarnant plusieurs personnages aussi colorés les uns que les autres. Sonia a interprété aussi des rôles pour la télévision aussi bien dans des téléfilms que dans des feuilletons. Moins présente au cinéma, sa dernière apparition dans un film date de 2017, dans le premier long-métrage de Karim Moussaoui, «En attendant les hirondelles». Sonia nous a quittés, mais son empreinte restera indélébile, elle qui a côtoyé et joué aux côtés des plus grands du 4ème art, dont Azzeddine-Medjoubi, Abdelkader Alloula, M’hamed Benguettaf, Ziani-Chérif Ayad, et tant d’autres. Au théâtre, une nouvelle génération de comédiennes marche sur ses pas.