L’Autorité nationale indépendante des élections a réagi à la lettre appelant au «report des élections compte tenu du contexte politique du pays», signée par Ahmed Benbitour, Ahmed Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdennour, Noureddine Benissad et Abdelaziz Rahabi, auxquels se sont jointes quinze autres personnes du monde syndical et universitaire notamment. Mais au-delà des réponses apportées à ces personnalités, ce sont d’autres problèmes, autrement plus complexes, auxquels fait face l’Autorité dans l’exercice de ses fonctions et dans la gestion des problèmes que rencontrent les postulants à la présidentielle.

Dans leur lettre, les signataires susmentionnés ont noté qu’«il est inconcevable d’envisager la tenue d’élections libres et transparentes dans de pareilles circonstances». Une déclaration que l’Autorité en charge des élections a interprétée comme une mise en doute du travail effectué par ses membres, à leur tête son président, Mohamed Charfi, qui s’est engagé, personnellement, à maintes reprises, à faire tout ce qui était en son pouvoir pour garantir la régularité et la transparence du prochain scrutin présidentiel prévu pour le 12 décembre.
«L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) est disposée à dialoguer avec n’importe quelle personnalité algérienne», a répondu le chargé de communication de l’Autorité, Ali Draâ, en réponse à la presse qui souhaitait avoir la réaction de l’ANIE par rapport aux déclarations contenues dans la lettre susmentionnée concernant la transparence les élections. Il a poursuivi, en ajoutant à l’adresse des signataires de la lettre, qui sont au nombre de vingt, que s’«il y a une personnalité qui peut ou veut représenter le groupe de signataires ou qui veut présenter sa candidature à l’élection à la présidence de la République, nous sommes prêts, au niveau de l’ANIE, à la recevoir et à lui présenter les larges garanties mises en place pour un scrutin transparent». L’Autorité que préside Mohamed Charfi a, ainsi, tenté de rassurer sur la transparence et la régularité de l’échéance électorale qu’elle a la lourde charge d’organiser dans un contexte, le moins qu’on puisse dire, hostile. Elle vient à peine de boucler un mois depuis son installation et a fait de son mieux pour tenter d’assurer les missions qui lui sont assignées, en termes de travail sur le terrain et de décisions, si l’on considère la très courte durée de son existence. Sur ce point, et en raison des nombreux problèmes auxquels elle fait face, en colmatant les brèches au jour le jour, son président n’a pas omis de rappeler, à chaque fois que l’occasion lui a été donnée, que l’ANIE a été mise en place en même temps que la convocation du corps électoral. Mais au-delà de la transparence du scrutin sur lequel elle s’est engagée, l’ANIE n’a, jusqu’à présent, pas encore reçu une demande de rendez-vous pour un quelconque dépôt de dossier de la part des postulants qui ont retiré les formulaires de candidature à la présidentielle. Ces derniers sont pourtant nombreux.
En effet, à une semaine de la date limite de dépôt de candidatures pour étude et validation auprès de l’ANIE avant le quitus final devant être délivré par le Conseil constitutionnel, les potentiels candidats à la présidentielle se sont murés dans un silence olympien. Les seules nouvelles qui parviennent, quelquefois, ont trait à la difficulté de la récolte des fameuses 50 000 signatures, de leur légalisation… Mais en faisant état de ces problèmes, l’ANIE parle seulement de «postulants à la candidature à la présidentielle» sans les citer. D’où, jusqu’à présent, il est difficile de savoir qui parmi les prétendants à la présidentielle trouve des difficultés à rassembler les 50 000 signatures exigées pour la constitution de son dossier et qui est en train de passer ce cap sereinement. C’est dire que les signatures continuent de constituer un problème majeur pour les élections à venir. A tel point que, face à cet écueil, des postulants n’ont pas hésité à s’accuser les uns les autres, à tort ou à raison, de fraude.
Certains d’entre eux ont, en effet, adressé des plaintes à l’Autorité des élections dans lesquelles ils dénoncent que d’autres postulants, faute de trouver naturellement des citoyens pour les parrainer, ont finalement eu recours à des paiements pour l’achat de signatures. Un autre casse-tête pour l’ANIE qui a dû donner instruction à ses délégués de wilayas d’enquêter sur le sujet. A une semaine de la date limite du dépôt des dossiers des postulants et sans «bonnes nouvelles» de ces derniers, la question qui se pose est : seront-ils au rendez-vous du 25 octobre ?