La conférence-débat animée, avant-hier à Annaba, par le producteur réalisateur suisse Berbet Schroeder sur son film documentaire «le Vénérable W. » projeté au théâtre Azzedine-Medjoubi, a été un véritable réquisitoire contre l’extrémisme sous toutes ses formes.

«Le totalitarisme se nourrit de l’extrémisme empreint de nationalisme pour désigner l’autre comme étant un ennemi à abattre. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans le monde avec le réveil des vieux démons qui occupent la scène politique, un peu partout. » A travers cette affirmation, le réalisateur, qui affiche sa neutralité, y compris dans son « Vénérable W. », où il laisse le spectateur juger par lui-même, ne s’impliquant en rien dans les commentaires, ne désigne aucun pays où ce type de comportement prend de l’ampleur et se développe. A la question sur l’absence de médiatisation de ce génocide perpétré par les militaires et les Birmans, poussés par un discours haineux, développé par les moines bouddhistes, le réalisateur dira que ce n’est pas seulement les Rohingyas qui subissent ce type de black-out, et que son film est là justement pour dénoncer ce qui se passe à huis clos. «Nous avons voulu rapporter la vérité sur ces persécutions, sur ces mutilations, ces tortures et ce génocide, une vérité crue sans artifices et neutre. C’est ce qui se passe vraiment dans cette contrée où l’extrémisme religieux fait des ravages», a-t-il expliqué. Le film documentaire, qui retrace les souffrances d’une ethnie de confession musulmane, assiégée par le bouddhisme qui a perdu ses repères, parce qu’à l’origine, une religion de paix, est une première parce que projeté pour la première fois dans un pays arabe. Le nombreux public qui a assisté à la séance en est sorti tout retourné. «J’ai pleuré en voyant ça, nous dit un jeune étudiant. Tout ce que je connais du bouddhisme et son Dalai Lama avec son «Notre but principal dans la vie est d’aider les autres» s’avère faux. Ce que j’ai vu est tout le contraire. Des scènes insoutenables, des appels à la haine, on ne peut pas appeler cela aider les autres. » Un autre nous parlera de Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, dont il dit qu’elle ne s’est pas opposée au massacre des musulmans Rohingyas. «On devrait lui retirer cette distinction et, d’ailleurs, je ne la reconnais pas car c’est l’Occident qui la lui a délivrée pour servir ses intérêts, sans plus. L’Occident qui n’a pas mobilisé ses médias et ses politiques pour mettre fin à ce génocide », dénonce-t-il. Ce qui est sûr, c’est que ce documentaire de 107 mn n’a pas laissé indifférent. Et jusqu’à hier, on n’a pas cessé d’en parler pour encenser son réalisateur qui a su rapporter les souffrances de tout un peuple et, comme on dit, il n’y a pas plus éloquent qu’une image. Ce qui a été réalisé par Berbet Schroeder au grand bonheur d’un public qui en redemande.  Il y a lieu de signaler que cette production franco-suisse a été projeté hors compétition.