C’est dans une Assemblée populaire nationale (APN) à moitié vide que les débats se sont poursuivis, hier, pour le deuxième jour consécutif, sur le projet de loi de finances (PLF) pour 2023. Contrairement à la veille, mardi, qui a vu la présentation du PLF par le ministre des Finances et le début des interventions des députés, l’hémicycle Zirout-Youcef n’a pas eu le même attrait, les membres de la Chambre basse du Parlement ayant renoué avec l’absentéisme.

PAR INES DALI
Un membre de l’APN a fait remarquer, pour sa part, l’absence du ministre des Finances et d’autres membres du gouvernement. Ce à quoi la ministre des Relations avec le Parlement, Besma Azouar, a répondu que le ministre des Finances, Brahim Djamel Kassali, ainsi que ceux qui ne sont pas venus parmi les ministres, sont «retenus dans le cadre de leurs fonctions respectives».
S’il est du droit du député de faire remarquer que le ministre est absent, il est également du droit des citoyens de se demander sur les motifs de l’absence d’environ la moitié des députés pour débattre d’un projet aussi important que celui de la loi de finances, surtout qu’ils étaient unanimes, selon les interventions de mardi et mercredi, à reconnaître que ledit projet de loi intervient dans une conjoncture nationale et internationale difficile. Les députés sont les élus du peuple et sont, donc, censés représenter sans faille leurs électeurs.
Lors des débats, l’importation des véhicules s’est encore invitée dans les interventions des membres de l’APN, notamment pour ce qui a trait à l’âge. Tout en saluant le retour à l’importation, à l’arrêt depuis quelques années, le député Farouk Ahmed Adjila du groupe des Indépendants a estimé qu’il serait encore mieux que le gouvernement autorise l’importation des véhicules de moins de 5 ans au lieu de ceux de moins de 3 ans tel que mentionné dans le PLF 2023. Il a expliqué sa proposition par le fait que le prix du véhicule reviendrait entre 15.000 et 20.000 dollars, ce qui n’est «pas à la portée du simple citoyen», a-t-il dit, tout en se félicitant que le PLF 2023 ait préservé le caractère social de l’Etat et n’ait pas institué de nouvelle taxe ni de nouvel impôt pour les citoyens. Le même député a, également, proposé que ces importations ne se limitent pas aux véhicules de tourisme, mais qu’elles soient élargies aux autobus, de moins de 5 ans aussi. «Cela permettra de renouveler le parc national de ces moyens de transport en commun, les autobus en circulation étant vétustes», a-t-il indiqué. Tout comme l’ensemble des députés, il n’a pas manqué de saluer le montant important des dépenses budgétaires de «13.786 milliards de DA dans le PLF 2023, soit quelque 98 milliards de dollars, ce qui permettra de relancer la dynamique économique», a-t-il estimé.
Mais pour que cela puisse vraiment être visible sur le terrain, «il faut libérer l’économie de la gestion administrative et de la bureaucratie», a affirmé Abassi Mohamed du Front El Moustaqbel, faisant remarquer, par la même occasion, que la hausse du budget va se répercuter inévitablement sur le simple citoyen. Toutefois, sur la question des véhicules, il considère que l’autorisation d’importation des automobiles de moins de 3 ans «ne va pas changer grand-chose pour le simple citoyen, en raison des taxes dont la TVA de 19%» et le fait qu’il doive «payer en devises». Ce qui fait que «le citoyen va se retrouver avec un prix du véhicule qui aura doublé».

Proposition de création d’un observatoire pour la sécurité alimentaire
Les députés ont proposé la création d’un «observatoire pour la sécurité alimentaire», ainsi que l’encouragement de l’industrie agroalimentaire et la libération du foncier agricole au profit de ceux qui le méritent, faisant valoir l’expression de «la terre devrait aller à qui la travaille» et que ce sont des milliers d’hectares de terres agricoles qui ont été cédés sans être travaillées. Par ailleurs, la mesure au profit des agriculteurs les autorisant à importer des équipements agricoles de moins de 5 ans a été saluée.
La révision des salaires à la hausse ainsi que les pensions de retraite et l’allocation chômage sont parmi les autres mesures que tous considèrent comme étant une bonne nouvelle pour les concernés, notamment en cette conjoncture de «dégringolade du pouvoir d’achat». Ce qui, selon eux, démontre que «l’Algérie maintient le caractère social de l’Etat». Le député du MSP Said Beridja a proposé que la revalorisation des revenus de plusieurs catégories de la société devrait aussi inclure les personnes à besoins spécifiques qui semblent avoir été oubliées.
Tout en approuvant le maintien du caractère social de l’Etat, Zakaria Belkheir, député du Mouvement de la société pour la paix (MSP), a, toutefois, indiqué que le pays «ne peut pas continuer ainsi» sur le volet social. De la sorte, «nous continuerons à produire un étudiant qui sort de l’université en apprenant à être paresseux» et «les emplois que nous sommes en train de créer ne sont pas productifs», a-t-il fait remarquer, avant de donner l’exemple de sa ville où, a-t-il dit, on a recruté pour avoir 120 agents dans une administration. Même s’il dit valoriser que l’Algérie garde son caractère social de l’Etat, il dira, néanmoins que «le gouvernement n’a pas besoin d’acheter la paix sociale, le peuple est déjà à lui». Selon le député, «créer de tels emplois pour avoir la paix sociale n’est pas une bonne politique de l’emploi».

Pour le retour à l’ancien système de retraite préconisé
De son côté, le député FLN Saoudi Anis a relevé la nécessité de système actuel d’évaluation des projets pour avoir des données et informations fiables. Un autre membre de l’APN, Laid Lakhdari du MSP, a souhaité le retour à l’ancien système de retraite. «Il faut revoir cela et laisser partir à la retraite les travailleurs qui ont accompli 32 ans de service. Il y en a qui sont retenus même après cette période travaillée. Après 36 ans, la personne est fatiguée, elle ne peut plus donner. Il faut laisser partir ces gens et libérer les postes pour les nouveaux arrivants sur le marché du travail», a-t-il préconisé.
Il convient de noter que les députés ont, d’autre part, salué que l’Algérie ait déposé officiellement sa demande d’adhérer au bloc économique des BRICS, composé du Brésil de la Russie, de l’Inde, de la Chine et l’Afrique du Sud, estimant que les retombées ne pourront qu’être positives.
La Commission des finances et du budget de l’APN, a introduit des amendements au PLF 2023, notamment pour les articles relatifs à la fiscalité et à l’investissement, en vue de «mettre en place un système d’informations plus transparent et fiable au niveau des services publics», et de «renforcer la coordination entre les différents secteurs en matière de gestion des finances publiques. Il s’agit aussi de «l’élaboration d’un système d’information financier basé sur des données économiques et financières correctes permettant de déterminer les prévisions des projets de lois de finances».
L’élaboration et la mise en œuvre d’un projet de loi de finances annuel basé sur les programmes, les objectifs et les indicateurs de performance «exige une mise à niveau du système comptable pour pouvoir fixer le budget de chaque programme», selon ladite commission, qui souligne «l’impératif de renforcer le système de contrôle au niveau des administrations et des services publics». <