Par Hamid Bellagha
Le stress hydrique qui touche l’Algérie est une conséquence directe de la baisse de la pluviométrie en grande partie. Cette baisse est distincte par un taux de remplissage national des barrages d’à peine 44,5%, selon l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT). Les quelque 80 barrages que compte le pays pourvoient 7,7 milliards de m3 d’eau sur l’ensemble du territoire, alors que la «banque» intégrale en moyens hydriques ne dépasse pas 23,2 milliards m3 par an. Ce sont là quatre chiffres qui dévoilent la dure réalité de la situation catastrophique en ressources hydriques qui s’annonce déjà à l’entame de l’été.
Mais il a fallu que la capitale soit touchée de plein fouet par une pauvreté criarde en eau potable pour que les décideurs «découvrent» que 22 wilayas sont «fortement touchées» par le stress hydrique, selon les déclarations du Secrétaire général du ministère des Ressources en eau, Smaïl Amirouche, invité ce lundi de la radio Chaîne III. Il étaye ses dires par une «réduction drastique des précipitations, entre 35 et 40 % ces trois dernières années, ce qui a engendré une diminution importante des volumes d’eau emmagasinés dans les barrages».
Au centre du pays, Alger, Boumerdès, Blida, Tipasa, Aïn Defla, Médéa, Bouira et Tizi Ouzou, la facture risque d’être lourde en raison du «taux de remplissage des barrages qui est à moins de 15 %».
Le Secrétaire général du ministère a fait référence surtout au «barrage de Keddara, dont le taux de remplissage est à moins de 20 % alors que six autres barrages sont à moins de 15 % de leurs capacités nominales». Une catastrophe qui pourrait être évitée
par un «transfert de l’eau à partir du barrage Ghrib vers celui de Bouromi à Aïn Defla devant alimenter le Grand-Alger, à savoir la partie ouest de la capitale et partiellement la wilaya de Blida».
A l’Ouest, c’est le même topo à Sidi Bel Abbès, où «le barrage de Sidi Abdelli a connu un taux très faible de remplissage. La ville et plusieurs communes seront raccordées à la station de dessalement et au barrage de Sikkak, à Tlemcen», développera le Secrétaire général, avec des travaux qui ne seront achevés qu’au mois de juillet !
A l’Est, même si la situation n’est pas aussi… stressante, il faut quand même que les wilayas de Sétif et de Bordj Bou-Arréridj soient alimentées à partir du barrage d’Aghil Amedda vers celui de Mehouane, alors qu’un projet de «transfert d’eau est prévu à partir du barrage Oudjet Mellegue pour alimenter les wilayas de Tébessa et de Souk-Ahras.»
Il faut dire que face au stress hydrique qui caractérise le pays depuis quelques années, le gouvernement s’est lancé dans un programme basé sur l’exploitation des eaux non-conventionnelles issues du dessalement de l’eau de mer et le traitement des eaux usées, avec une utilisation pratiquement optimale des barrages dont l’entretien approximatif a conduit à des envasements et des pannes récurrentes qui ont réduit à néant les investissements colossaux consentis dans le domaine.
Envasement des barrages et mauvaise gestion des ressources
Dans cette optique, et en plus des 11 unités de dessalement présentement en service dans 9 wilayas côtières, avec une capacité de production totale de 2,1 millions de m3/j d’eau dessalée, il a été résolu le lancement de nouveaux projets d’unités de dessalement.
Ainsi, quatre nouvelles stations de dessalement à Alger et ses environs seront implantées à Zeralda, Aïn Benian, Palm Beach et Bousmaïl (Tipasa) qui soutiendront l’alimentation de la capitale, le projet de la station de dessalement de Douaouda, lancé en janvier, qui assurera 200 000 m3/j pour Alger, en plus de 100 000 m3/j pour la wilaya de Blida.
Ce programme ne touchera pas uniquement Alger et ses environs puisqu’il concerne aussi différentes régions du pays, particulièrement le projet de réalisation d’une station de dessalement dans la wilaya d’El Tarf et celui de la station de Jijel pour 2030.
Un immense chantier qui concerne le renforcement du volume des eaux épurées estimées à 450 millions m3/an, alors que l’ambition est de le développer à 2 milliards m3/an à la fin des années 2020.
Toutes ces infrastructures viendront soutenir celles au niveau de l’ADE en 2020, à savoir plus de 2 000 stations de pompage, 100 stations de traitement d’eau, 20 stations de déminéralisation et 13 stations monobloc de dessalement d’eau de mer. L’Algérie compte plus de 200 stations d’épuration des eaux usées dispensées sur le territoire national. Les changements climatiques, mais pas seulement, ont abouti à un chambardement des propensions pluviales, surtout en Algérie, classée 29e pays le plus touché par la sécheresse, d’après un classement établi par l’organisation World Resources Institute (WRI). <