Le Président a instruit le Premier ministre d’élaborer un projet de loi, criminalisant toutes formes de racisme, de régionalisme et de discours de la haine dans le pays. Il était, en effet, temps de condamner par la loi tous ces glissements vers les putrides sentiments et leur expression publique. Certains objecteront, un peu trop vite, que ces lois existent déjà dans l’attirail légal national et qu’il faudrait seulement les appliquer. Cependant, il faut convenir que le fait que le premier magistrat du pays en fasse la demande est une posture d’une symbolique indéniable. C’est à un niveau supérieur de l’Etat que cette question est prise en compte et sa violence combattue. La mesure pointe particulièrement une recrudescence du discours de la haine et de l’incitation à la fitna (discorde), à travers notamment les réseaux sociaux. Par leur mode de fonctionnement, ces nouvelles plateformes d’expression fragmentent la société et radicalisent le discours. Elles transforment le collectif, c’est-à-dire l’union des différences, en autant de morcellements qui s’ignorent, voire se haïssent.
La crise politique algérienne depuis le 22 février a particulièrement libéré ce discours de la haine. L’expression décomplexée du racisme et de l’exclusion est devenue monnaie courante. L’instruction appelle à juste titre à faire face à ceux qui exploitent la liberté et le caractère pacifique du Hirak pour brandir des slogans portant atteinte à la cohésion nationale. En effet, la question de la cohésion nationale devrait être sans conteste une véritable ligne rouge. La dépasser équivaudrait à se positionner contre le peuple dans son ensemble. L’Algérie est riche avec ses différences. Et le discours de la haine est à bannir. Dans un pays en construction, les dérives touchant au racisme et au régionalisme ne feront que le fragiliser davantage. Il s’agit irrémédiablement de lutter efficacement contre ces dangereuses expressions de haine. C’est l’affaire de tous.