Considéré comme l’un des pionniers du sketch et du music-hall en Algérie, Djaffar Beck, de son vrai nom Abdelkader Cherrouk, est décédé hier à l’âge de 89 ans à l’hôpital de Zéralda (Alger) après un long combat contre la maladie.

L’artiste et humoriste accompli est né le 27 octobre 1928 à La Casbah d’Alger. Il a commencé sa carrière à la fin des années 1950. Le défunt a écrit et joué plusieurs sketchs et composé de nombreuses chansons humoristiques, affichant son éternelle conviction que le rire était un « moyen efficace d’éducation à la citoyenneté », nous dira Hamid Rabia, l’un de ses proches amis. Il ajoute : « Djaffar Beck a créé des chansons éducatives et de distraction, par lesquelles il a laissé une empreinte unique et magnifique. C’était un grand artiste complet qui a vécu les trois étapes, l’étape coloniale, la Révolution et l’Independence ». Sa conception, sans être originale, réside dans le fait que le rire est perçu comme un moyen d’éducation. De la trempe des regrettés Rachid Ksentini, Mohamed Touri, Rouiched, Hassan el Hassani… «Djaâfar Beck restera le pionnier du théâtre, du cinéma et de la télévision, en plus de cela, c’était un grand chanteur comique. Il a été adopté par le spectateur algérien de manière générale », a fait savoir Rabia. Pour Mustapha Laribi, acteur de la jeune génération, Djaffar Beck était « un exemple pour moi et pour tous. Il fait partie des monuments pour nous les comédiens, mais pas seulement. C’est un des monuments de l’art algérien de manière générale. Son décès nous attriste, mais nous rappelle aussi la réalité de l’art et de la comédie en Algérie. Son talent n’a été pas assez exploité ni mis en avant, c’est le cas aussi de ses pairs. J’espère vraiment qu’un jour ces comédiens qui ont fait l’âge d’or du cinéma algérien auront au moins des rues à leurs noms ». Jeune scout musulman, puis infirmier dans les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN), le défunt soignait les moudjahidine blessés, avant d’intégrer à la fin des années 1950 la troupe artistique du Front de libération nationale. En 1957, Djaffar Beck rejoindra la Tunisie. « Au déclenchement de la Révolution, il a répondu à l’appel du FLN, pour rejoindre la troupe du FLN en 1958 dont le président était Mustapha Kateb, avec l’ensemble des artistes », a avoué son fidèle ami Hamid Rabia. La troupe fera à partir de 1958 une grande tournée internationale, notamment dans les pays arabes et en Asie pour faire connaître à travers plusieurs pièces de théâtre patriotique la guerre de Libération nationale. Il a incarné des rôles dramatiques dans des pièces de théâtre dédiées à la lutte pour l’indépendance dont Les enfants de novembre et El Khalidoun (les éternels) notamment, avant de rejoindre la Radio et la Télévision nationales le 28 octobre 1962. Interprète de plusieurs de ses sketchs, à l’instar de El Birokratiya (la bureaucratie), le défunt a également créé des émissions radiophoniques et télévisuelles dont El Bachacha (gaîté et sourire) et Minkoum wa Ilaykoum. Parmi les nombreuses chansons à son actif, Hayya ya De Gaulle, Eddinaha , Ya djelloul Er’Rock’n’Roll, Alif el Ba et’Ta, Maskine Elli makrach, Sid Ech’Cheikh, Ana Mellit, et bien d’autres encore. Djaffar Beck a été inhumé hier au cimetière d’Oued Rommane d’Alger.