Le débat en cours sur la transcription de tamazight rappelle, à s’y méprendre, la guerre des clochers célébrée par l’écrivain français, Louis Pergaud, dans sa fameuse satire  « La guerre des boutons ». Le côté prosaïque en moins.

En Algérie, nous sommes bien en présence d’un véritable schisme séparant deux coteries. Il y a d’une part, « les latinistes » qui défendent le choix de la transcription latine et, de l’autre, « les arabisants » qui défendent l’option de la graphie arabe.
En attendant la mise en place de l’académie de langue amazighe qui devra trancher le problème, le débat fait le « buzz » sur les réseaux sociaux et déborde dans la rue, impliquant les initiés comme les citoyens lambda.
On est loin de la  de sérénité qui devrait s’imposer à tout le monde du fait que l’Etat algérien a apporté une réponse institutionnelle à cet aspect de  la revendication identitaire, en décidant de mettre en place une institution dont le rôle est de trancher avec objectivité du discours scientifique des chercheurs qui auront à se pencher sur la question  au sein de la future académie de langue amazighe.
Difficile d’avancer dans un terrain miné par le discours idéologique. Nous avons, d’un côté, ceux qui défendent l’option de la graphie arabe, qui soutiennent qu’elle est plus appropriée en raison, défendent-ils, de l’ancrage arabo-islamique de l’Algérie. Dans cette tranchée où s’engouffrent des élites de formation en langue arabe toujours nimbés de l’idéologie du nationalisme arabe et les partis d’obédience islamiste, on soutient mordicus qu’écrire tamazight en lettres latines n’est qu’un stratagème pour donner le primat à  la langue française au détriment de la langue arabe.

Le Pr Salem Chaker, l’argument scientifique et la production littéraire au service de la graphie latine
De l’autre côté de la barricade, le débat est aussi tranché. Sûr de son fait scientifique, le Pr Salem Chaker, célèbre bérbérisant et enseignant (université de Provence / Inalco – Centre de Recherche berbère) affiche ses arguments. Dans un article-contribution dans un colloque du HCA sur « La codification graphique du berbère (cf. la revue en ligne tamazgha.fr), le Pr Salem  Chaker dresse l’état des lieux et situe les enjeux de la question du choix de la transcription. Il écrit : « La langue berbère n’a pratiquement jamais connu de processus de normalisation linguistique. Il n’existe pas – et il semble qu’il n’ait jamais existé – de koinè supra-dialectale, littéraire ou autre. Tamazight se présente donc de nos jours sous la forme d’un nombre élevé de variétés régionales (les « dialectes » dans la nomenclature des berbérisants), répartis sur l’ensemble de l’Afrique du Nord et de la zone saharo-sahélienne, séparées les unes des autres par des distances souvent considérables et entre lesquelles l’intercompréhension peut être très laborieuse. En conséquence, la codification graphique du berbère est un processus récent, qui émerge au début du XXe siècle en Kabylie, et qui s’inscrit dans une dynamique globale de passage à l’écrit, dans un contexte très défavorable, marqué par l’absence de soutien institutionnel, l’oralité dominante et la grande variation linguistique », estime-t-il en introduction de son propos qualifiant le débat autour de l’alphabet de « serpent de mer ». Et de justifier : « Depuis plusieurs décennies, on voit revenir cycliquement dans le débat public – politique et universitaire – la même controverse sur la question de la graphie usuelle de la langue berbère : graphie latine, graphie arabe, graphie tifinagh ? Pseudo débat, totalement prédéterminé par les options idéologiques, et en définitive par l’instance politique. Cela a été le cas au Maroc avec l’adoption surprise des néo-tifinagh par l’Ircamen 200. C’est le cas en Algérie avec ceux qui voudraient imposer la graphie arabe. Pour contextualiser le débat, on rappellera qu’après le Printemps berbère de 1980, le FLN et le président Chadli déclaraient déjà : « Oui à l’enseignement du berbère, à condition qu’il soit écrit en caractères arabes » ! Cette idée est donc ancienne et émane toujours de milieux fortement marqués par l’idéologie arabiste (plus qu’islamiste d’ailleurs) et en général proches des milieux dirigeants de l’Etat.
Pour les berbérisants, du moins ceux qui se sont penchés sur cette question depuis longtemps et qui ne découvrent pas les problèmes d’aménagement du berbère depuis que les instances politiques algériennes et marocaines ont donné leur « feu-vert », la réponse ne fait pas de doute. Pour ma part, je m’en suis expliqué depuis près de trente ans : une diffusion large du berbère passe nécessairement par la graphie latine, parce que l’essentiel de la documentation scientifique disponible est dans cette graphie, un travail significatif d’aménagement de cette graphie a été mené durant tout le XXe siècle, l’essentiel de la production destinée au grand public (revues associatives, production littéraire), en Afrique du Nord comme en Europe, utilise cet alphabet. »
Revenons précisément au débat que l’on essaie régulièrement de relancer. On notera d’abord que l’on invoque généralement la science, l’université. On mobilise les savoirs des linguistes quant à la relation purement conventionnelle entre une langue et sa représentation graphique ; ceux des historiens sur l’existence de traditions anciennes de graphies du berbère en caractères arabes ; du sociologue de l’éducation et de la culture pour rappeler que la majorité de la population a une pratique de l’alphabet arabe. Tout cela pour défendre in fine une notation usuelle en caractères arabes. On occulte bien sûr le fait que les notations arabes du berbère, bien attestées depuis le haut Moyen-âge, sont restées l’apanage de milieux lettrés très restreints, elles n’ont jamais donné lieu à une véritable codification graphique du berbère, toutes les études récentes montrent qu’il s’agissait plus d’aide-mémoires, de béquilles pour une transmission restée fondamentalement orale et qu’il est impossible de décoder ces textes berbères, anciens ou actuels, écrits en arabe sans une oralisation tâtonnante (voir notamment les test réalisés par A. El Mountassir 1994). On occulte bien sûr aussi le fait que l’alphabet latin est, lui aussi, très largement répandu en Afrique du Nord.
Au niveau de l’abstraction transhistorique, nous savons bien que toute langue, sous réserve d’adaptations plus ou moins importantes, peut être représentée par n’importe quel système d’écriture. C’est ce qui explique que les écritures ont pu voyager, ont été empruntées et adaptées de peuple à peuple, de langue à langue. L’alphabet latin du français n’est pas celui de Rome, ni celui de l’allemand, ni celui des langues scandinaves ou du tchèque. De même que l’alphabet arabe du persan, du turc ottoman et des autres langues d’Asie centrale n’est pas celui de l’arabe classique.
De même, sur moins d’un siècle, certaines langues d’Asie centrale ont été écrites en alphabet arabe, en latin et en cyrillique ! A ce niveau de généralité, il est évident que le berbère, comme toute langue, pourrait être écrit en syllabaire japonais ou en alphabet cyrillique. Mais au-delà de ces considérations abstraites et des potentialités théoriques, une écriture usuelle, du fait même de cette qualité, se développe dans un contexte historique et un environnement socioculturel déterminés, et pas seulement dans les cabinets des linguistes et grammairiens. Car, ignorance réelle ou ignorance feinte, on occulte dans tous les cas le fait que depuis un bon siècle, un travail de réflexion sur la notation usuelle à base latine, directement inspiré par la recherche universitaire sur le berbère, a été mené et a permis des avancées significatives. Initié et accompagné par des universitaires, par des praticiens du berbère, largement relayé par le mouvement associatif, ce travail sur la graphie usuelle à base latine a connu des améliorations progressives et simplifications qui en font désormais une écriture fonctionnelle, raisonnée et adaptée à toutes les formes de berbère. Représentation phonologique, maîtrise et explicitation de la segmentation font de la graphie usuelle latine une véritable écriture « berbère », généralisable à l’ensemble du domaine.
Tourner le dos à un siècle d’usage social actif de la graphie à base latine pour imposer l’alphabet arabe ne pourrait qu’avoir de graves incidences négatives et ralentir, voire bloquer, le processus de diffusion de l’écrit.
Pour des raisons pratiques d’abord. Seule la notation latine a fait l’objet d’un processus de codification et d’adaptation aux contraintes particulières et lourdes du berbère. Utiliser un autre alphabet reviendrait à jeter aux orties ce lent et complexe travail de maturation, déjà largement adopté par les producteurs sur le terrain, notamment les écrivains. Très concrètement, une graphie arabe pour le berbère serait une régression sévère dans le processus de codification et de diffusion de l’écrit. On en reviendrait forcément à des notations de type phonétique, fortement dialectalisées, à segmentation aléatoire et non explicite et ne permettant pas la lecture sans oralisation. Car, outre que le processus de codification n’a jamais été engagé à partir de l’alphabet arabe, on aurait – même en supposant de la bonne volonté et des intentions généreuses – de sérieuses difficultés à s’abstraire des contraintes de la tradition arabisante pour construire, à partir de cette écriture, une représentation cohérente et efficace du berbère. Mais aussi pour des raisons symboliques. Qu’on le veuille ou non, l’émergence berbère, l’émergence de la langue berbère s’est faite au cours du XXe siècle contre l’idéologie arabo-islamique dominante et, pour l’essentiel, hors du cadre culturel arabo-islamique. C’est l’ouverture sur le monde et sur l’Occident qui a donné aux Berbères et à la langue berbère les outils de leur affirmation et de leur existence.
Vouloir imposer au berbère l’habit de l’alphabet arabe trahit explicitement une volonté de le (les) faire entrer dans le giron de la famille arabo-musulmane, pour l’y étouffer.
En réalité, on a affaire à une machine de guerre contre le berbère, que l’on déploie lorsqu’il est devenu impossible de s’opposer, sur le principe, à sa reconnaissance, à son développement et à sa généralisation. On met alors en avant le problème « technique » de l’alphabet, pour tenter de détruire l’acquis et orienter d’emblée le passage à l’écrit et l’enseignement de la langue berbère vers un cul-de-sac assuré, vers l’enlisement et/ou la folklorisation. C’est ce qui se confirme au Maroc avec le choix des néo-tifinagh. C’est ce qui se passerait en Algérie si l’alphabet arabe venait par malheur à être imposé. Au fond, il s’agit, dans tous les cas, même si les argumentaires sont évidemment très différents, de bloquer toute possibilité de développement réel de la langue berbère, de la neutraliser en lui imposant un carcan non fonctionnel qui la condamne à une simple fonction emblématique (pour les néo-tifinagh) ou au rejet et à la désaffection par les populations elles-mêmes (pour l’alphabet arabe). En un mot, il s’agit d’enfermer le berbère dans l’insignifiance. On retrouve là une pratique très solidement ancrée des Etats nord-Africains, la stratégie de neutralisation et de domestication des élites, de tous les acteurs et facteurs sociaux et culturels non contrôlés… En l’occurrence, il s’agit de « réduire le lion berbère en un doux agneau bêlant », intégré à l’appareil d’Etat et à l’idéologie dominante », dira le Pr Salem Chaker dans son long plaidoyer en faveur de la transcription latine de la langue amazighe, « une option bien ancrée et fonctionnelle ». Au soutien de son argumentaire, le spécialiste en linguistique berbère à l’Inalco, remonte loin dans l’histoire. « Rappelant, en effet, que dès le début du XXe siècle, la volonté de sortir la langue de l’oralité s’est traduite par la publication d’importants corpus littéraires ou de textes sur la vie quotidienne. L’impulsion pour le passage à l’écrit en Kabylie commence avec des hommes, comme l’instituteur Boulifa. Il sera suivi par une « chaîne culturaliste » ininterrompue, constituée d’enseignants, d’hommes et femmes de lettres de formation francophone.
Dans le domaine littéraire surtout, le support écrit imprimé vient suppléer significativement la transmission orale et la mémoire collective. Vers 1945-50, la diffusion de l’écrit à base latine – en dehors de tout enseignement formalisé en Kabylie– est suffisamment avancée pour que de nombreux membres des élites instruites soient capables de composer et écrire le texte de chansons, de noter des pièces de poésie traditionnelle. Belaïd Aït-Ali, qui n’était pas l’un des plus instruits, a rédigé à la même époque (avant 1950) ce qui doit être considéré comme la première œuvre littéraire écrite kabyle, « les cahiers de Belaï », recueil de textes, de notations, descriptions et réflexions sur la Kabylie tout à fait exquis.
Le mouvement de production s’est poursuivi et a connu un net regain à partir de 1970, avec une forte intervention de l’émigration kabyle en France surtout, mais aussi rifaine aux Pays-Bas et en Belgique, après 1980. Depuis la libéralisation politique en Algérie (1989), les publications en langue berbère (revues, recueils poétiques, nouvelles, romans, traductions) se sont multipliées dans le pays même, au point qu’il est devenu difficile de suivre cette production foisonnante, portée par des associations, des auteurs individuels, de nombreux éditeurs privés et l’institution HCA. En France également, des éditeurs associatifs ou privés publient maintenant régulièrement des titres en langue berbère. L’écrasante majorité de ces publications récentes sont écrites en caractères latins,  publications de type littéraire, il faut ajouter un embryon de presse, surtout en Algérie, où il a existé/existe plusieurs hebdomadaires bilingues (français/berbère) et où plusieurs grands quotidiens nationaux ont/ont eu leur « page berbère ». Et, ne l’oublions pas, cette production récente s’ajoute à l’immense corpus de textes littéraires et ethnographiques, de grammaires et études diverses, collectés, publiés et quasiment toujours transcrits en caractères latins par les berbérisants depuis le début des études berbères, il y a plus de 150 ans.
De sorte qu’il existe désormais un usage écrit à base latine tout à fait significatif. Même si l’on dispose de peu d’informations sur sa diffusion réelle et sa réception,  il ne s’agit plus d’expériences isolées de militants sans impact social : la production écrite s’est multipliée, consolidée, diversifiée et circule largement », écrit S. Chaker dans son long article, où il aborde l’aspect technique et les conventions de notation : de la phonétique à la phonologie du mot. Une démarche, dira-t-il, qui a connu un long processus  « après de longs tâtonnements, les notations courantes du berbère se sont stabilisées et homogénéisées, sous l’influence déterminante des travaux et usages scientifiques. Les travaux et publications d’André Basset (dans les années 1940 et 1950), ceux du fichier de documentation berbère (FDB : de 1947 à 1977), l’œuvre et l’enseignement de l’écrivain et berbérisant Mouloud Mammeri, ont été décisives. A une première génération (1860 – 1945) de notations « spontanées », directement inspirées des usages orthographiques du français [7], vont succéder des graphies phonétiques beaucoup plus fines, d’origine scientifique, dont le modèle accompli est celui du FDB.
Après la décolonisation, s’inspirant très directement des travaux et usages académiques ou para-académiques (Faculté des Lettres d’Alger, Inalco (FDB), Mouloud Mammeri a diffusé, à travers ses écrits et son enseignement, à travers le relais du milieu militant kabyle, une notation usuelle à base latine du kabyle d’inspiration phonologique. L’idée de base étant que la notation usuelle doit gommer au maximum les particularités phonétiques dialectales, de façon à ce qu’un texte écrit, quelle que soit la variété régionale utilisée, soit à peu près décodable par tout berbérophone ».

Abderazak Dourari, un discours de médiation
Très impliqué dans le débat linguistique en Algérie et sur la question de la sociolinguistique appliquée au champ de la langue amazighe, Abderrezak Dourari, l’actuel directeur  du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNLPET), dans une conférence, rapportée dans son article par le même Pr Chitour, entend se situer dans une position médiane et consensuelle. «Le champ d’intérêt et de recherche scientifique, écrit-il, portant sur la langue nationale le tamazight, son enseignement, et son corollaire i.e. sa normalisation/standardisation, est souvent confondu avec celui «de l’amazighité».
Cette confusion de questions de langue, de pédagogie, de didactique, d’un côté, et d’ancrage civilisationnel, culturel et identitaire, de l’autre, montre à quel point la perception de ces questions, pourtant importantes pour l’avènement d’une société citoyenne, apaisée et de plus en plus intégrée, est déficiente dans les discours autorisés. (…) Affirmer que le choix des caractères arabes n’est pas neutre ne dispense pas d’une démonstration que le choix des caractères latins le soit moins.
Peu importe, car à un certain moment, il faudra bien enseigner une seule norme unifiée, en termes de morphologie, de lexique et de grammaire scolaire (à long terme).Comme il faudra arriver à écrire dans une seule graphie (en prenant le temps qu’il faudra pour cela), qui ne peut être autre que le tifinagh, le latin ou l’arabe », écrit le  professeur Dourari, qui renvoie dos à dos les deux camps : «Le graphocentrisme masque donc, autant qu’il révèle d’ailleurs, des stratégies politico-idéologiques dont il est nécessaire d’énoncer le contenu pour permettre un débat qui fait avancer la réflexion : une volonté de  marginalisation de la langue amazighe (pour les uns) autant qu’une volonté de son exogénéisation du corps social et culturel (pour les autres), tamazight a pour défi majeur de s’implanter sur une territorialité socio-fonctionnelle déjà occupée par des langues à statut national et international prestigieux fondé sur leur fonction capitale d’adjuvant de la mobilité sociale : le français et l’arabe scolaires. Ecrire tamazight est un acte qui, de ce fait, n’est plus du ressort de la simple fixation physique (graphique) de la langue, il est perçu par les élites comme un acte hautement symbolique. La preuve en est que le simple fait d’envisager l’étude de la possibilité d’écrire en caractères arabes est assimilé à une «arabisation » de tamazight (…) Les protagonistes de cette attitude de rejet viscéral de la graphie arabe, expression métonymique de la langue arabe scolaire, ne pensent même plus aux conséquences de la systématisation de leur propre argument rhétorique : si écrire en caractères arabes signifie l’arabisation de tamazight, écrire en caractères latins équivaut-il alors à «latiniser «ou «franciser «tamazight ? Ecrire en caractères arabes rendrait-il les Algériens plus arabes, plus conservateurs et inversement écrire en caractères latins rendrait-il les Algériens plus français, plus occidentalisés?» Et au directeur du CNLPT de poursuivre : «En Algérie, il est nécessaire d’articuler le projet national éducatif avec le projet socioculturel linguistique et politique. Surtout que maintenant, tous les Etats sont mis face à une mondialisation rampante qui impose les lois du marché. Si le français semble être mal parti  dans cette émulation linguistique mondiale, face à l’anglais et la langue espagnole, très dynamique, que faut-il penser de l’arabe scolaire où quasiment rien ne se produit, ni du savoir ni du pain… Et, sincèrement, je ne crois pas que tamazight soit mieux placé tant il est établi qu’une langue est liée à l’économie et à la production des biens matériels et spirituels… Il faut le dire nettement : il n’existe pas de documentation scientifique significative écrite en tamazight en graphie latine. Mais, soit. S’agit-il des mêmes graphies stricto sensu? (…) S’il est vrai que les arabisants algériens pleinement sous l’emprise de l’idéologie arabiste, ont systématiquement négligé de s’occuper de tamazight considérée et stigmatisée par beaucoup d’entre eux comme un dialecte perturbateur de l’unité arabe rêvée -, il n’en demeure pas moins que si l’on admet que tamazight a été normalisé dans la graphie latine «depuis cinquante ans», il devient légitime de se demander pourquoi elle ne s’impose toujours pas d’elle-même ni au Maroc ni en Algérie, puisque le débat continue ».
Le spécialiste en linguistique suggère enfin des pistes pour sortir de l’imbroglio. «La réforme de l’Etat algérien, conclut le professeur Dourari, est urgente, elle consiste essentiellement à mettre en place des institutions respectables et respectées par tous et surtout par les gouvernants, une séparation réelle des pouvoirs avec une autorité judiciaire mise au-dessus de tous et surtout des gouvernants, et enfin, un pouvoir législatif qui contrôle le pouvoir exécutif dans le respect des intérêts des citoyens. Une véritable citoyenneté signifie que les différences ethniques, religieuses, linguistiques, culturelles… que les libertés individuelles et collectives soient respectées et opposées à tous par des institutions soumises à la seule règle du droit. (…) Seules les règles du vivre-ensemble dans un Etat et un territoire communs dans le respect des intérêts de tous et de chacun sont obligatoires pour tous. (…) C’est de cette idée d’Etat que doit s’inspirer la réforme urgente du système éducatif. Cela signifie concrètement que chaque citoyen algérien est libre d’avoir les représentations identitaires dont il a envie, pour peu qu’il développe ses compétences et respecte la liberté et les représentations des autres. L’identité ne doit reposer que sur l’appartenance au territoire.»