Les choses s’accélèrent au sein du Front des forces socialistes (FFS) en proie, depuis environ deux ans, à une crise organique sans précédent. C’est visiblement le bout du tunnel qui se dessine avec l’organisation en vue d’un congrès extraordinaire au mois d’avril prochain et qui n’aura à l’ordre du jour que l’élection d’une instance présidentielle.

Cette perspective a été rendue possible suite à la démission de trois membres de l’Instance présidentielle, à savoir Brahim Meziani, Mohand Amokrane Cherifi et Soufiane Chioukh. « Les trois membres de l’instance présidentielle engagent leurs démissions respectives pour convoquer un Congrès national extraordinaire au mois d’avril 2020 conformément à l’article 48 des statuts, sur la base de la composante, définie par l’article 34 des statuts », indique jeudi un communiqué du parti.
En matière de statuts, il faut souligner que ceux du FFS énoncent, dans l’article 48, que « «si le nombre des membres de l’instance présidentielle est réduit à moins de trois, un congrès extraordinaire est convoqué pour élire une nouvelle instance présidentielle ». Il s’agit vraisemblablement d’une autre forme de compromis auquel sont parvenues les « bonnes intentions » au sein du parti dans la finalité de sceller la réconciliation au sein du vieux parti de l’opposition, traversé par une crise interne depuis le congrès extraordinaire du 20 avril 2018 et qui a vu deux ailes se disputer la direction du parti.
Car, avant cette « procédure » de démission, c’est une autre feuille de route qui a été mise en place avec le même objectif. La famille du FFS semble ainsi se résoudre au constat attestant l’impossibilité d’y arriver en s’appuyant sur les structures existantes.
« Pour retrouver dans l’immédiat la stabilité et l’unité du Parti garanties par l’IP, seule l’élection d’une nouvelle Instance présidentielle permettra d’y parvenir, car la voie utilisant les structures actuelles pour organiser un Conseil national puis un Congrès national ordinaire est longue et ne réunit pas les conditions de sa réussite, en l’absence d’un large consensus».
Le communiqué du FFS a relevé que la date du Congrès ainsi que ces démissions « seront actées après aboutissement des démarches administratives relatives à la tenue du congrès dans les délais prévus ».
A cet effet, une commission a été chargée de mettre en place « les modalités d’organisation de ce congrès selon les prérogatives qui lui sont dévolues par les statuts et le règlement intérieur du Parti » dans ce qui peut annoncer l’amorce de l’opération de surmonter la crise qui aura incontestablement coûté cher au FFS, qui s’est embourbé dans une crise de leadership parmi ses cadres et de calculs étroits.
Il faudrait relever que la démarche pendant l’été, à travers la commission ad-hoc qui devait préparer les meilleures conditions pour une réunion d’un conseil national rassembleur, si elle n’avait pas eu le succès attendu, a le mérite de conclure à « une réconciliation impossible » des figures de premier plan du parti. Lundi dernier, l’instance présidentielle avait souligné, dans une déclaration, avoir «pris connaissance du rapport de synthèse que lui a transmis le comité ad-hoc au terme de sa mission de préparation d’un Conseil national rassembleur conformément au communiqué du 11 août 2019», exprimant sa «reconnaissance» au même comité pour «son sens élevé des responsabilités et la rigueur qui ont animé ses travaux dans une démarche inclusive ».

Echec de la commission ad-hoc
Pour l’instance présidentielle, cette mission a permis de «confirmer le souhait d’une large majorité des membres du conseil national et de la base militante de rassembler le parti en soulignant la nécessité et l’urgence de cette action».
Après évaluation de ce rapport et concertation de ses membres, l’IP « prendra prochainement les décisions appropriées pour mettre fin aux dysfonctionnements de notre parti et assurer le rassemblement de notre famille politique », avait-elle promis. Autrement dit, le plan qui devait passer par une démission de trois des cinq membres de l’instance présidentielle faisait déjà partie des solutions possibles.
Ce qui est fait à présent avec la démission de trois membres de l’instance présidentielle. Mais les noms des dirigeants qui viennent de démissionner traduisent une volonté de réconciliation dans la mesure où leurs noms respectifs peuvent renvoyer à « l’antagonisme » qui a marqué la vie du parti depuis bientôt deux ans. Car si le trio avait été élu à l’occasion du congrès du 20 avril 2018 sur la même liste dans laquelle figuraient également Ali Laskri et Hayat Taiati, leur «collégialité» a été de très courte durée.
Le récit de la crise interne du parti indique en effet que quelques mois seulement après son installation, l’instance présidentielle est vite partie en lambeaux déclinant deux ailes qui se disputent légitimité organique et « fidélité » aux idéaux du FFS et de son défunt président. Il y avait, d’un côté, le trio Laskri-Meziani-Cherifi et de l’autre, le duo Taiat-Chioukh. La crise avait connu son apogée quand l’équipe de Laskri a été contrainte de quitter le siège national du parti « accaparé » depuis par l’équipe réunie autour du duo Taiat-Chioukh, une séquence qui a fortement porté atteinte à l’image du FFS. Par ailleurs, le parti avait laissé transparaître des signes de divergences internes autour du choix de démission des députés de l’APN, geste politique annoncé par Ali Laskri mais qui a été contesté par les autres parlementaires. Aujourd’hui, ce n’est point un hasard que les deux membres de l’instance présidentielle les plus impliqués dans « la bataille » interne, Laskri et Taiat, ne figurent pas parmi les membres démissionnaires de la même instance. Une façon manifestement de donner plus de chances et moins d’antagonismes à cette feuille de route de sortie de crise.