L’œuvre de Rachid Mimouni (1945-1995) sera revisitée cette semaine à travers le colloque international qui lui sera consacré mercredi et jeudi dans sa ville natale de Boumerdès et qui proposera une redécouverte et une relecture des différents textes de Mimouni.

Les textes de Rachid Mimouni, fruit d’un regard lucide sur la société algérienne, ses structures, ses aspirations et ses contradictions, n’ont pas perdu de leur acuité. Ils continuent à nous interpeller. «Une paix à vivre», «Le printemps n’en sera que plus beau», «Le fleuve détourné», «Une peine à vivre», «Tombeza», «La malédiction», «L’honneur de la tribu» sont autant d’ouvrages à la qualité littéraire établie, qui impose une relecture avec de nouvelles approches. Organisé par la direction de la culture de la wilaya de Boumerdes en partenariat avec l’université d’Alger 2, le rendez-vous scientifique verra de nombreuses communications de la part d’enseignants universitaires spécialistes de l’œuvre de l’auteur du «Fleuve détourné».
La manifestation, dédiée à cet auteur qui aura marqué son époque à travers des textes saisissants dans lesquels est porté un regard des plus lucides sur une Algérie en devenir avec ses rêves et ses désillusions, se déroulera sous le thème «l’œuvre de Mimouni
: Ruptures et renouveaux».
Consacrer aujourd’hui un colloque à l’œuvre de Rachid Mimouni «répond à l’impératif de la revisiter, tant elle traverse les décennies et fait écho à nos préoccupations actuelles, au-delà de ses textes immédiats de production et de réception», souligne la coordinatrice du colloque, le Dr Nawel Krim, enseignante au département des lettres et langues françaises de l’université d’Alger 2, dans l’argumentaire de la manifestation. «Sa pertinence tient au fait qu’elle continue à susciter de nouveaux biais de lecture permettant d’aborder le passé et le présent , penser et rêver le monde, appréhender son être au monde, se confronter à la vérité, chercher en quoi les faits font sens», note Dr Krim.
Elle relève, dans ce sens, que «la critique littéraire a mis en exergue le caractère contestataire des textes de Rachid Mimouni, en interrogeant leur portée dénonciatrice et les ressorts d’une littérature du désenchantement et de la rupture». L’universitaire souligne que Rachid Mimouni rejoint le cénacle des auteurs algériens en digne successeur des pionniers, avec une «écriture de rupture» marquée par «une modernité textuelle» en phase avec l’évolution du contexte national et international. Le Dr Krim estime que par l’articulation «imaginaire/société» ou «réalité/fiction», l’œuvre de Rachid Mimouni convoque l’histoire/roman (national(e)) dans un mouvement statique/dynamique entre le passé et le présent. Son œuvre participe d’un projet littéraire fondé sur la démystification, mettant en scène «les gestes et les mots de la révolte» et le «procès de l’absurdité», ajoute l’universitaire, pour qui «les faits dénoncés sont têtus et les textes de Rachid Mimouni n’ont rien perdu de leur acuité». Pour l’universitaire, «la réédition de ses textes, leur traduction se poursuivent et confrontent les nouvelles générations de lecteurs aux mêmes problématiques». C’est la raison pour laquelle s’imposent aujourd’hui «la redécouverte de ces textes, leur lecture, leur ré-interrogation en des termes inédits, avec de nouvelles approches, au regard de l’actualité des faits et de la connaissance». L’œuvre de Mimouni, qui compte six romans, un recueil de nouvelles et deux textes de chroniques et de réflexions, est dominée par deux messages essentiels : le rêve d’un beau pays et l’amère désillusion. Dans ses textes aux qualités littéraires remarquables, Rachid Mimouni a disséqué les contradictions de la société algérienne rangée par de multiples maux – les injustices, la corruption, l’obscurantisme, la violence, la recherche de soi -, desquels elle n’a pas pu se départir malgré l’accumulation des expériences. Pire, la situation s’est davantage embourbée dans des contradictions. Il faut noter que les travaux du colloque s’articuleront autour de trois axes. Il s’agit des rapports problématiques à l’histoire, les rapports problématiques au référent ainsi que les problématiques relatives à l’altérité.n