Dimanche dernier, le Conseil des ministres a clos la polémique sur la paternité à donner à l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Désormais, l’ANPP sera sous la tutelle du ministère délégué à la production pharmaceutique et non pas, comme le souhaitaient de nombreuses organisations professionnelles du secteur, sous la responsabilité du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.
Par cette décision, le Conseil des ministres a donné raison au ministre Lotfi Benbahmed qui a travaillé pendant des mois à développer les arguments pour l’obtention de cette autorité sur l’Agence. Son choix indique que le gouvernement a opté pour que l’ANPP ait une orientation davantage industrielle et économique sans l’exclusion toutefois de ses missions de santé publique.
Pour ceux qui suivent l’actualité du secteur du médicament dans notre pays, cet aiguillage n’est pas surprenant. Il obéit à cet effort de l’Exécutif à renforcer l’outil national de production pharmaceutique, en encourageant depuis des années les fabricants locaux ou installés en Algérie à s’ancrer dans le marché et à performer leurs unités de façon à se positionner à l’export, comme le font certains déjà.
Placée sous un ministère dont la vocation est de consolider ce processus, l’ANPP aura donc pour rôle d’accompagner ces opérateurs et surtout les aider à diversifier la gamme de produits qu’ils sortent actuellement de leurs usines par un appui à leur capacité de recherche et de développement.
L’objectif, déjà longuement discuté depuis des années, est de parvenir à réduire la facture d’importation du médicament et d’économiser la ressource en devises. Le pari, nouveau celui-là, est de prendre leçon de la pandémie mondiale de la Covid-19 et d’arriver à ce que l’industrie algérienne de la pharmacie devienne un vecteur de la souveraineté médicale qui permettrait au pays de ne plus se retrouver en situation de dépendance vis-à-vis d’autres pays qui, eux-mêmes, à la faveur de la crise sanitaire, font de cette souveraineté un attribut d’avenir dans un contexte d’annonce de nouvelles et redoutables crises sanitaires.
Ardent, mais perdant, défenseur d’une Agence placée sous la compétence du ministère de la Santé publique, le Snapo, dans une déclaration à Reporters hier, affirme avoir compris la préférence du Conseil des ministres pour le département de M. Benbahmed. On a voulu lui donner « un rôle plutôt économique et non sanitaire », a déclaré son président Messaoud Belambri.
Pour ce professionnel comme pour d’autres, le ministère délégué à la production pharmaceutique est dans l’obligation physique et morale de transformer l’ANPP, dont il vient de prendre le contrôle, en vecteur de réussite du secteur pharmaceutique. Avant lui, en juillet dernier, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, lui a fixé un cap : donner « un nouveau souffle » à ce domaine si sensible. A bon entendeur…