La journée d’hier, marquée par des manifestations de rue contre un cinquième mandat pour le président sortant observées dans plusieurs wilayas du pays, atteste visiblement d’un cap psychologique que les courants hostiles semblent avoir dépassé en cette période pré-électorale en investissant l’espace public.

Répondant à des appels anonymes, véhiculés sur les réseaux sociaux, pour une contestation populaire de l’option de la « continuité » soutenue notamment par les partis de la majorité présidentielle et d’autres organisations, la rue a fait entendre sa voix autour de l’échéance présidentielle d’avril prochain.
La rue, restée muette jusque-là, a exprimé en effet son opposition à l’option portant reconduction du président sortant pour une nouvelle mandature dans un contexte électoral que d’aucuns estiment très particulier et dont l’expression est différente de celle du mouvement Barakat en 2014. S’il est peut-être prématuré de mesurer le poids et la représentation de cette opinion opposée à la « continuité » qui a pu s’exprimer sur la voie publique, il n’est pas faux de dire que le vendredi 22 février aura été le signe d’un mini-sondage de l’ancrage des deux camps, les partisans et les opposants du cinquième mandat, au sein de la société. La mobilisation enregistrée aux quatre coins du pays, si elle n’a pas été celle des grands jours de manifestation, n’en a pas été
insignifiante, particulièrement dans certaines localités où jeunes et moins jeunes semblent avoir brisé la peur et les hésitations psychologiques. Même la multiplication des appels invitant à éviter la rue, lancés par les représentants de l’Etat et autres acteurs politiques et associatifs, n’ont pas été écoutés par les populations qui ont laissé s’exprimer un sentiment d’exaspération et de colère contre le régime en place.
Faut-il pour autant parler de déclic ? Difficile d’apporter, à l’heure actuelle, une réponse franche et définitive sur une action émanant d’une société faiblement encadrée et qui semble avoir divorcé avec toutes formes d’organisation.
C’est manifestement cette rupture qui a donné naissance à de nouveaux acteurs qui font désormais bouger la société sans qu’ils ne soient identifiés ni connus par le grand public.
D’ailleurs, peu de monde a parié sur l’impact de ces appels à manifestation diffusés sur la toile sans aucun encadrement politique. De quoi sera fait le futur de cette expression de manifestation populaire ? Les jours et semaines à venir apporteront certainement une réponse.
De l’autre côté de la partie, il ne fait point de doute que les partisans de la reconduction du chef de l’Etat en exercice ne resteront pas sans réaction devant cette expression de désapprobation de l’option de « la continuité».
Vraisemblablement, les membres de l’Alliance présidentielle et les autres organisations ayant fait le choix de soutenir la candidature d’Abdelaziz Bouteflika ne resteront pas de marbre face à cette situation.
Ce qui augure d’une campagne électorale fortement animée et durant laquelle les acteurs politiques sont tenus de ne pas sortir des règles du jeu politique au risque de faire vaciller le pays dans le désordre et l’irréparable. Le respect des règles du jeu et l’esprit de responsabilité sont d’autant plus recommandés que la bataille autour de la présidentielle du 18 avril prochain vient juste de commencer.
L’intensité qui peut marquer cette échéance ne doit nullement justifier des dépassements. Et les manifestations de la rue enregistrées hier à travers le pays ne manqueront pas de placer l’Algérie au cœur des projecteurs étrangers, ce qui interpelle la responsabilité de tous les acteurs politiques où chacun est appelé à défendre son opinion dans le respect et la sérénité, sans le recours à la violence contre son adversaire.<