La reprise tout autant souhaitée que crainte se dessine peu à peu sous les coups de crayons décisionnels du gouvernement et du comité scientifique. Après les mosquées, les plages, les cafés, les restaurants et autres lieux publics, les garderies d’enfants, les crèches, les librairies, les salles de lecture et les musées ont aussi, depuis hier, le droit de reprendre leurs activités. Les amoureux pourront aussi repasser devant le maire pour sceller leur alliance, même si l’on sait que plusieurs couples ont convolé en justes noces en se contentant d’une Fatiha au noir ou d’un acte de mariage de la même couleur.
C’est donc encore un allégement qui traduit une décrue de la pandémie, quoique les chiffres restent élevés et que le risque zéro est loin d’être atteint. En tout cas, plusieurs personnes attendaient impatiemment cet autre volet du déconfinement.
Abla est ingénieur à Algérie Télécom et n’a pas vraiment travaillé depuis le mois de mars. Avec trois enfants, dont deux de moins de 12 ans, elle est restée au foyer suivant les recommandations du gouvernement concernant les mères allaitant ou avec des enfants jeunes. Sa crainte était la reprise qu’elle a entamée depuis une semaine, une crainte justifiée par le problème de garderie de ses deux enfants. «J’ai trimballé la petite avec moi et mon mari a pris son frère depuis la dernière semaine. Puis, le ciel s’est éclairci avec l’annonce des garderies qui vont rouvrir. Je trouvais que celle de mes gosses était tout juste moyenne, mais maintenant je la trouve merveilleuse», nous dira-t-elle en rigolant. C’est, en effet, un grand soulagement pour les parents avec des enfants en bas âge, car laisser ses petits chez les grands-parents ou chez tata n’est plus évident pour les raisons sanitaires que l’on connaît.
La reprise semble donc faire suite au déconfinement du 15 août, qui a donné de «bons résultats», même si les spécialistes, et on ne le répètera jamais assez, recommandent la plus grande prudence et l’adoption des gestes barrières comme règles sanitaires au quotidien.
Néanmoins, pour d’autres, on reste dubitatif, car «notre métier n’est pas plus dangereux qu’un autre», notera Abdelhak, un taxieur sur la ligne Constantine-Jijel. Le même ressentiment est perçu du côté d’un des deux syndicats du métier. «Nous avons été contactés pour nous préparer à une reprise qui devait intervenir au mois d’août. Nous avons tout préparé et avons attendu. La plupart des commerces et métiers ont renoué avec leurs activités, mais pas nous. On a demandé des explications, mais personne n’est en mesure de nous répondre». Le même malaise a été enregistré chez les transporteurs en bus inter-wilayas, eux aussi à l’arrêt, et qui ne voient nullement le bout du tunnel.
Quant à Abdelhak, il n’a pas attendu l’aval des autorités pour reprendre la route vers Jijel. Il a enlevé son numéro de taxi et active en tant que clandestin depuis le mois de juin. «J’ai même circulé un mois avec mon permis suspendu. Les enfants doivent bien manger», nous dira-t-il.
Avec les examens du BEM et du Bac dans les deux semaines à venir, c’est un autre palier très important, celui de l’enseignement, qui sera franchi, en attendant la rentrée au mois d’octobre. Une rentrée sous plusieurs conditions, et déjà les professionnels du secteur restent perplexes quant à leur application et leur efficacité. n