Après 20 ans de règne (1999-2019), l’ex-président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a enfin cédé le pouvoir sous la pression de la rue. Un an après, qu’en pensent les observateurs de la scène politique ?
Pour l’universitaire Rabah Lounici, «Bouteflika est parti, mais ses anciennes pratiques sont encore là. Nous assistons aux anciennes pratiques du système politique. Mais cela reste relatif. Pas au même degré qu’avant le 22 février», a-t-il dit. D’autre part, le «Hirak reste l’un des éléments qui marque la scène politique et sociale algérienne après Bouteflika. Soulignons que ce dernier n’a pas encore atteint tous ses objectifs, entre autres, le changement des mécanismes du système», note l’universitaire. Pour lui, «il est encore tôt de se prononcer sur ses acquis et échecs. Il est important de souligner que tout changement, que ce soit politique ou social, dépendra de l’avenir du Hirak et de la ténacité de ses membres».
Rappelant les points positifs de ce mouvement inédit, notre interlocuteur indique que ce mouvement a «mis fin, -relativement- à la circulation de l’argent sale». «La dilapidation de l’argent public n’est pas aussi facile qu’auparavant. La surveillance populaire a limité cette pratique qui était très courante, il y a un temps pas si lointain», a-t-il relevé. Autre point important, en matière de civisme et de vie sociale et politique après la chute de Bouteflika, «l’Algérien s’est réconcilié avec la politique. Plus d’un an de revendications politiques en est la preuve». Quant aux libertés, il estime qu’elles se sont «dégradées». Le «post Bouteflika est une très mauvaise période pour les libertés», a-t-il estimé. Mais, il prévoit après la crise sanitaire «une vague de liberté».
Pour sa part, Fodil Brahim Mazali, enseignant en sciences politiques à l’université de Chlef, estime que «le changement est minime», d’autant, dit-il, que les «mêmes pratiques se répètent. La répression et la restriction des libertés sont flagrantes». Sur le volet économique et social, il estime que le pouvoir actuel a gardé les mentalités et pratiques «socialistes» qui visent à «acheter la paix sociale», alors que le «socialisme a prouvé son échec». Surtout que «l’Etat actuellement ne possède plus les moyens de poursuivre cette pratique, car les recettes pétrolières sont très limitées. Ce qui impose une autre vision économique et sociale», a-t-il indiqué.