Comme attendu, l’Arabie saoudite et la Russie ont eu gain de cause. Les deux chefs de file de l’accord Opep-non-Opep de réduction de la production pétrolière, en vigueur depuis le début 2017, ont réussi à sortir de la réunion de Vienne avec mission accomplie.

Réduite depuis une année et demie, l’offre concernée par l’Accord d’Alger, fin 2016, sera revue à la hausse dès le premier juillet prochain, c’est-à-dire dans tout juste une semaine, dans la logique de la proposition faite par Riyad et Moscou. Un relèvement qui interviendra dans une conjoncture où le marché ne fait plus face à la surabondance des puits de pétrole et provoqué l’hémorragie inquiétante des cours de 2014 jusqu’à 2016. Il reste toutefois à l’Opep et ses alliés de définir la part de chaque pays dans le relèvement consenti à Vienne. Sur ce registre, il est quasiment acquis que ce sera l’Arabie saoudite, premier producteur mondial, et aussi la Russie, qui s’offriront la part du lion, sachant que des pays impliqués dans l’accord de réduction ne jouissent pas de la logistique nécessaire pour rehausser leurs niveaux actuels. Mais derrière la mission réussie des Saoudiens et des Russes, on voit assez clairement que c’est surtout le président américain qui tire les dividendes de la décision prise à Vienne. En plus d’avoir rompu, il y a quelques semaines, l’accord américain sur le nucléaire avec l’Iran, Donald Trump doit bien jubiler après avoir réussi d’une pierre deux coups, en faisant promptement acheminer l’impact de son va-t-en-guerre contre Téhéran sur le marché pétrolier et, par ricochet, sur un accord Opep-non-Opep qui tenait bon depuis une année et demie avec, à l’actif, une succession de records enregistrés ces derniers mois en matière de taux de respect. Et comme un accord peut mal en cacher un autre, les tractations de l’Arabie saoudite portent aussi suffisamment de signes qui les confondent avec un énième geste de reconnaissance que Riyad opère à l’adresse d’un président américain qui a décidé de passer à un nouvel acte dans le cadre de son alliance contre l’ennemi juré du régime wahhabite dans le Moyen-Orient. Les faits sont encore assez frais dans la mémoire pour rappeler que les Saoudiens n’ont pas attendu pour annoncer, dès le lendemain de la rupture avec les Iraniens, décidée en solo par Trump, leur disponibilité à pallier le manque que risquait de provoquer cette décision sur l’offre.