Un 1er Mai de crise comme on n’en a pas vu depuis la grande crise de 1929 ou depuis la Seconde guerre mondiale au siècle dernier ! Les analyses et les commentaires sur la Fête des travailleurs, cette année, restera marquée par les conséquences de la pandémie mondiale du Covid-19.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), pas moins de 1,6 milliard de personnes risquent de perdre leurs moyens de subsistance en raison du confinement et de la récession historique que cette mesure provoque. En Algérie, l’inquiétude est toute aussi forte de voir des entreprises fermées et des salariés rattrapés par le chômage même si le gouvernement multiplie les signes d’assurance.
Un 1er Mai d’urgence et de combat, donc aussi ! Que les millions de travailleurs dans le monde ont célébré dans le confinement et par des manifestations virtuelles. Dans notre pays, gouvernement, partis et syndicats ont multiplié les déclarations et les messages de célébration et de revendication. Jamais l’inquiétude de lendemains qui déchantent n’a été aussi pressante ni aussi angoissante. Jamais, cependant, on a eu conscience de la valeur du travail et des travailleurs alors que le Covid-19 continue de faucher des vies.
Paradoxalement, l’épidémie a même sonné comme une heure de revanche pour des catégories socioprofessionnelles longtemps dans la difficulté et dans le déni de leurs droits. On l’a vu ailleurs comme sous nos cieux : la menace du virus a mis en lumière le rôle essentiel de certains métiers jusqu’à présent considérés comme des foyers d’agitation socio-syndicale et, à vrai dire, peu valorisés.
Cela a conduit, dans notre pays, à changer de regard sur les personnels soignants auxquels le chef de l’Etat et le Premier ministre ont rendu hommage. Cette reconnaissance a été marquée par l’octroi d’une prime exceptionnelle pour les médecins et les infirmiers qui sont en première ligne dans le combat contre le nouveau coronavirus. Elle a relancé le débat sur la réforme du secteur de la santé qui devrait connaître des changements importants, notamment avec agence nationale sanitaire et l’ouverture de nouvelles discussions sur la contractualisation, probablement à l’occasion de la révision annoncée de la loi santé de 2018.
Il est d’autres catégories qui méritent aussi qu’on y prête attention comme les services de sécurité, engagés dans un climat de grande incompréhension dans la sensibilisation de la population dans les grands ensembles urbains et dans les cités contre les dangers à ne pas respecter les règles de confinement. Il en est de même, en particulier, pour les travailleurs des services d’hygiène dans les structures de santé comme dans les lieux publics et l’effort immense qu’ils déploient chaque jour à contribuer à la lutte contre l’épidémie et à faciliter la vie aux autres. Ces travailleurs sont eux aussi en attente de revalorisation de leurs salaires et des conditions dans lesquelles ils exercent quotidiennement, jour et nuit, dans l’indifférence et l’insouciance d’autrui qui ne respecte ni les conditions ni les heures de collecte. Il est temps qu’ils soient entendus. n