La famille du quatrième art, de la télévision et du cinéma algériens était présente, hier, pour saluer une dernière fois Nouria Kasdarli, la doyenne des comédiennes algériennes, décédée dimanche dernier à l’âge de 99 ans.
Le Directeur du Théâtre national algérien, Mohamed Yahyaoui, confie que «c’est en respect de sa dernière volonté qu’elle est présente sur les planches du TNA aujourd’hui. Elle avait émis de son vivant le souhait d’être emmenée à sa dernière demeure à partir de la scène du théâtre à laquelle elle a consacré toute sa vie». Tout en présentant ses condoléances à la famille et aux proches de la comédienne disparue, Mohamed Yahyaoui souligne que «c’est toute la famille du quatrième art et de la culture algérienne qui est endeuillée par la perte de cette grande dame qui a tant donné à sa patrie». Il témoigne également que «tous ceux qui l’on côtoyée ou qui ont eu la chance de travailler à ses côtés peuvent témoigner de son humanisme, de son professionnalisme et de sa passion indéfectible pour l’art».
Pour rappel, en 2017, la comédienne, véritable pionnière aux côtés de Keltoum balisant le chemin pour l’ouverture des planches aux femmes, avait reçu, lors d’un vibrant hommage au TNA, la Médaille du mérite national du rang «Ahid».
Nouria Kazdarli, de son vrai nom Khadija Benaïda, est née en 1921 dans un village près de Tiaret dans une famille d’agriculteurs aisés. A 14 ans, elle rejoint sa sœur aînée établie à Mostaganem où elle fait la connaissance de Mustapha Kazdarli, dont le vrai nom est Mustapha Bouhrir, intellectuel et homme de théâtre. Le mariage est célébré en1939 et le couple s’établit à Alger. La carrière artistique de Nouria commence en 1945 à travers des tournées en Algérie où elle s’affirmera comme une comédienne incontournable.
Dans l’une des rares interviews quelle a accordées, elle confie que son nom de scène Nouria lui a été donné par Boualem Raïs et Mustapha Badie. Elle a relaté l’épisode de son début de carrière : «J’étais couturière et on habitait dans un studio, impasse Maxime-Noiret à Bab El Oued. Je faisais la marmite pour tous les artistes qui y venaient. Il y avait Touri, Kouiret, Rouiched, amis de Mustapha. Un jour, à la fin de l’année 1945, la troupe devait faire une tournée à l’est du pays, mais il manquait une femme pour un rôle mineure. Raïs est venu me voir pour jouer ce rôle où je ne devais prononcer que deux phrases, mais j’ai refusé et il a fallu bien me convaincre. Dans le train qui nous amenait vers Constantine, Abderrahmane Aziz ne cessait de me faire des répétitions, c’est comme ça que j’ai commencé.» Et c’est le début d’une longue carrière qui va durer plus de 60 ans au théâtre, à la télévision, en passant par le cinéma, avec au compteur plus de 200 pièces de théâtre, 160 téléfilms et 4 longs métrages. Elle a souvent interprété le rôle d’une mère au foyer, typiquement algérienne, avec sa nature simple et ses traditions matriarcales.
Parmi les œuvres les plus emblématiques auxquelles elle a participé, «La maison de Bernarda Alba» de Federico Garcia Lorca, «Les Concierges» de Rouiched, «Amar Bouzouar» d’Abdelhamid Rabia, le long métrage «Les enfants de la Casbah» et le mythique feuilleton «El Massir».
Avec la disparition de cette grande dame du quatrième art, c’est tout un pan de la mémoire du théâtre algérien qui s’envole. Nouria, avait, dès l’Indépendance, œuvré aux côtés de la regrettée Kelthoum, à changer le regard de la société envers les femmes artistes et a ainsi contribué à ouvrir la voie à plusieurs jeunes comédiennes. Adieu l’artiste, paix à ton âme.<