Les « opérations spéciales russes » en Ukraine et le déploiement des troupes de Moscou dans une partie du territoire du pays voisin ont bouclé hier un semestre d’un conflit qui a bouleversé les données géopolitiques en vigueur dans le monde avant le 24 février dernier. Quelle sera son issue ? Difficile de prétendre à une réponse dans un contexte international chamboulé à tous les niveaux et à l’impact redoutable sur les questions cruciales de l’énergie et des matières premières.

La guerre en Ukraine est entrée hier dimanche dans son sixième mois et ne semble pas connaitre de répit sur les fronts de Mykolaïv (sud), dans la région de Kharkiv, la deuxième plus grande ville du pays située dans le nord-est, dans la région de Kherson (sud), et dans les deux territoires séparatistes prorusses de Donetsk et Lougansk, dans l’est de l’Ukraine, selon la présidence ukrainienne.
« Mykolaïv a de nouveau été bombardée » dimanche matin après avoir été visée samedi soir par « quatre missiles de croisière de type Kalibr », qui ont fait cinq blessés dont un adolescent et endommagé plusieurs immeubles, selon cette source. La présidence ukrainienne a également fait état de bombardements dans la région de Kharkiv, où « plusieurs bâtiments résidentiels ont été endommagés et des bâtiments résidentiels ont été incendiés ».
En outre, Kiev fait état d’une situation préoccupante dans la région largement occupée de Kherson par les forces russes depuis leur invasion de l’Ukraine le 24 février, même si les Ukrainiens y mènent une contre-attaque. « Les habitants de presque tous les districts de la région (…) signalent de nombreux bombardements et explosions », selon la même source.

Des milliers de morts des deux côtés

Le conflit, qui a également poussé à l’exode des millions de personnes, a fait des milliers de morts. Il n’existe aucun bilan global des victimes civiles du conflit mais l’ONU a recensé près de 5.000 morts confirmés, dont plus de 300 enfants, mais leur nombre véritable est sans doute largement supérieur. Pour la seule ville de Marioupol (sud-est), les autorités ukrainiennes évoquaient quelque 20.000 morts. Sur le plan militaire, le chef d’état-major des armées britannique, l’amiral Tony Radakin, a évalué dimanche dernier à 50.000 le nombre de soldats russes tués ou blessés. Kiev a fait état de 10.000 morts dans ses troupes. Aucune statistique indépendante n’est disponible pour le conflit en Ukraine, où plus de 150 sites culturels ont été partiellement ou totalement détruits selon l’Unesco.
La Corée du Nord, qui vient de reconnaitre officiellement deux régions séparatistes pro-russes autoproclamées dans l’est de l’Ukraine, a accusé hier dimanche Washington de fabriquer des armes biologiques en Ukraine, faisant écho à une accusation déjà formulée par la Russie et rejetée par l’ONU en mars. Washington a « installé de nombreux laboratoires biologiques dans des dizaines de pays et de régions, dont l’Ukraine, au mépris des traités internationaux », a indiqué l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, faisant référence à des éléments « détectés » par la Russie.
Moscou a accusé Washington en mars de financer des recherches sur le développement d’armes biologiques en Ukraine. Washington et Kiev réfutent l’existence de laboratoires destinés à produire de telles armes en Ukraine. Les Etats-Unis disent craindre que ces allégations indiquent une intention de Moscou de bientôt utiliser de telles armes en Ukraine.
Samedi, 23 juillet, des frappes attribuées aux forces russes ont touché le port d’Odessa, crucial pour la reprise des exportations des céréales ukrainiennes après l’accord signé la veille avec Moscou en Turquie. L’Ukraine a accusé Vladimir Poutine d’avoir « craché au visage » de l’ONU et de la Turquie et de compromettre l’application de l’accord. Sans réagir directement, Moscou a nié toute implication dans ces frappes auprès d’Ankara.
« Le port d’Odessa, où les céréales sont traitées en vue d’être expédiées, a été bombardé. Nous avons abattu deux missiles et deux autres missiles ont touché le territoire du port, où, évidemment, il y a des céréales », a déclaré un porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne.

Peur sur les approvisionnements de céréales

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a « condamné sans équivoque » ces attaques, soulignant que « la mise en oeuvre intégrale » de l’accord sur les céréales « est impérative ». « Frapper une cible cruciale pour l’exportation de céréales un jour après la signature des accords d’Istanbul est particulièrement répréhensible et démontre une fois de plus le mépris total de la Russie pour le droit international et les engagements », a de son côté jugé le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell. « Cette attaque jette un doute sérieux sur la crédibilité de l’engagement de la Russie à l’égard de l’accord d’hier et sape le travail de l’ONU, de la Turquie et de l’Ukraine pour acheminer des denrées alimentaires essentielles vers les marchés mondiaux », a pour sa part dénoncé le secrétaire d’État américain Antony Blinken dans un communiqué.
La Russie a dé menti à la Turquie avant d’admettre d’avoir touché des cibles militaires : « Les Russes nous ont dit qu’ils n’avaient absolument rien à voir avec cette attaque et qu’ils examinaient la question de très près », a assuré le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar.
Avant l’annonce des tirs de missiles sur Odessa, l’Union africaine s’était « félicitée » samedi 23 juillet de l’accord sur les exportations de céréales, saluant un événement « bienvenu » pour le continent. La signature de ce texte âprement négocié sous les auspices des Nations unies et d’Ankara a eu lieu à Istanbul. Les conditions sont réunies pour son application « dans les prochains jours », a assuré peu après le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou.
Washington qui soutient l’Ukraine, a fait peser sur Moscou la responsabilité du succès de l’opération. « Il revient maintenant à la Russie de concrètement mettre en oeuvre cet accord », a averti la diplomatie américaine. Dès vendredi soir, l’Ukraine s’était montrée circonspecte. Il est désormais de « la responsabilité de l’ONU » de garantir le respect de l’accord, avait déclaré M. Zelensky, disant s’attendre à «des provocations, à des tentatives de discréditer les efforts ukrainiens et internationaux ». « «L’accord correspond entièrement aux intérêts de l’Ukraine », s’était-il cependant félicité, ajoutant que les militaires ukrainiens continueraient de contrôler « à 100% tous les accès aux ports », dont la Russie exigeait initialement le déminage.
La principale mesure est la mise en place de « couloirs sécurisés » afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s’engagent à « ne pas attaquer », a expliqué un responsable des Nations unies. Il sera valable « 120 jours », le temps de sortir les millions de tonnes accumulées dans les silos d’Ukraine tandis qu’une nouvelle récolte approche.
Les négociateurs ont toutefois renoncé à nettoyer la mer Noire des mines – principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes. Quant aux inspections des navires au départ et en direction de l’Ukraine, exigées par la Russie pour empêcher de les utiliser pour amener des armes, elles auront lieu dans les ports d’Istanbul.
Moscou a par ailleurs obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s’appliqueraient, ni directement ni indirectement, aux exportations d’engrais et de céréales russes.