Les ministres des Affaires étrangères des vingt-sept pays de l’Union européenne ont avalisé, hier, lors d’une réunion au Luxembourg, la décision de lancer une mission de soutien militaire à l’Ukraine. Elle vise à former sur leurs territoires 15 000 soldats ukrainiens et à octroyer une nouvelle dotation de 500 millions d’euros pour la fourniture d’armes.

Par Anis Remane
«C’est une grande première pour l’UE», a commenté un responsable européen. «Nous n’avons jamais mené une mission à cette échelle», a-t-il souligné au sujet de cette mission «immédiatement opérationnelle». Plusieurs formations sont en effet en cours dans différents Etats membres, notamment en Allemagne et en France, où des militaires ukrainiens sont entraînés pour se servir des canons, lance-missiles et systèmes de défense antiaérienne fournis par les Européens. Ces formations pourront bénéficier des financements alloués par la Facilité européenne pour la paix (FEP), le fonds constitué hors du budget européen pour aider militairement l’Ukraine. Au total, l’objectif est de prodiguer une «formation de base» à 12 000 soldats ukrainiens et «des formations spécialisées» à 2 800 autres, a-t-on expliqué de source européenne. Artillerie, unités du génie, radars, les besoins de l’état-major des forces armées ukrainiennes sont multiples, ajoute-t-on de même source. La Pologne va servir de plaque tournante pour la mission, car «elle est la porte de sortie pour les Ukrainiens et la porte de retour», a-t-on encore souligné. L’Allemagne veut pour sa part former une brigade ukrainienne.
Un budget de 50 à 60 millions d’euros par an est prévu pour la phase de lancement de la mission en même temps que l’octroi d’un nouveau financement de 500 millions d’euros de la facilité pour les armements, portant l’effort des Européens à 3 milliards d’euros, auxquels «s’ajoutent les contributions bilatérales, qui sont beaucoup plus importantes». «Un budget pour sept années a été dépensé en sept mois», a souligné un haut fonctionnaire européen. La dotation de la Facilité est de 5,7 milliards et les Européens vont devoir remettre au pot. L’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne sont les quatre plus gros contributeurs. La mission européenne va compléter les formations dispensées par les Britanniques et les Américains.

OTAN : Exercice de dissuasion nucléaire «de routine «jusqu’au 30 octobre

L’Otan a entamé, hier lundi, un exercice militaire «de routine «pour tester son dispositif de dissuasion nucléaire en Europe, dans un contexte de tensions avec la Russie. Evoquant cet exercice prévu jusqu’au 30 octobre et qui avait été planifié avant l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, l’Alliance atlantique souligne qu’il représente «une activité d’entraînement régulière et récurrente et n’est pas liée à des événements mondiaux actuels». Cette manoeuvre annuelle, baptisée «Steadfast Noon», mobilise jusqu’à 60 avions, dont des bombardiers américains à long rayon d’action B-52, dans une vaste zone aérienne au-dessus de la Belgique, du Royaume-Uni et de la mer du Nord. Quatorze des 30 pays membres de l’Alliance y participent mais pas la France, dont la politique de dissuasion nucléaire est indépendante de l’Otan. Le Secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a insisté pour maintenir l’exercice malgré les tensions avec la Russie. «Ce serait un très mauvais signal si nous annulions soudainement un exercice de routine prévu de longue date en raison de la guerre en Ukraine», a-t-il expliqué la semaine dernière. «Nous devons comprendre que le comportement ferme et prévisible de l’Otan, notre force militaire, est le meilleur moyen de prévenir une escalade», a-t-il ajouté. L’Otan assure n’avoir constaté aucun changement dans le dispositif nucléaire de la Russie malgré le durcissement de la rhétorique du Kremlin. «Mais nous restons vigilants», a souligné M. Stoltenberg.