Les Etats-Unis et la Russie se retrouvent, aujourd’hui, à Genève pour tenter de désamorcer la crise explosive qui se joue autour de l’Ukraine et, au-delà, essayer de rapprocher des visions géopolitiques et sécuritaires totalement opposées.

Synthèse de Anis Remane
C’est dans un face-à-face des vice-ministres des Affaires étrangères des deux puissances rivales, l’Américaine Wendy Sherman et le Russe Sergueï Riabkov, que s’ouvre cette semaine diplomatique à hauts risques. Elle se poursuivra avec une réunion Otan-Russie mercredi à Bruxelles puis, une rencontre, jeudi à Vienne, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), pour inclure les Européens qui redoutent d’être marginalisés.
Un haut responsable de la Maison-Blanche a précisé que les Russes et les Américains «auraient probablement une première conversation dimanche soir», avant de tenir leur «principale réunion lundi» en Suisse. Les Occidentaux et Kiev accusent les Russes d’avoir massé près de 100 000 soldats à la frontière ukrainienne en vue d’une potentielle invasion et ont menacé le Président russe Vladimir Poutine de sanctions «massives» et sans précédent s’il attaquait à nouveau le pays voisin. Des mesures qui pourraient aller jusqu’à couper la Russie des rouages de la finance mondiale ou à empêcher l’entrée en fonctions du gazoduc Nord Stream 2, cher au Kremlin. Objectif : montrer qu’ils sont plus déterminés cette fois qu’en 2014, lorsque Moscou a annexé la Crimée ukrainienne sans que l’alliance américano-européenne ne parvienne à lui faire faire marche arrière. Dans ce registre, le Secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a averti, hier dimanche, la Russie d’un risque de «confrontation», avant le début des pourparlers à Genève. «Il y a une voie de dialogue et de diplomatie pour essayer de résoudre certains de ces différends et éviter la confrontation», a déclaré M. Blinken sur CNN. «L’autre voie est celle de la confrontation et de conséquences massives pour la Russie si elle renouvelle son agression de l’Ukraine. Nous sommes sur le point de voir quelle voie le président Poutine est prêt à emprunter», a-t-il jugé. Il a prévenu que des progrès ne pourraient pas être réalisés «dans une atmosphère d’escalade, avec un pistolet sur la tempe de l’Ukraine.» «Donc si nous voulons effectivement faire des progrès, nous allons devoir assister à une désescalade, avec un retrait de la part de la Russie de la menace qu’elle pose actuellement à l’Ukraine», a-t-il déclaré. Le président Poutine, qui s’est entretenu à deux reprises avec son homologue américain Joe Biden depuis le début de cette nouvelle crise, a prévenu que de nouvelles sanctions seraient une «erreur colossale» et a menacé à son tour d’une réponse «militaire et technique» en cas «de maintien de la ligne très clairement agressive» de ses rivaux. Le Kremlin affirme que c’est l’Occident qui provoque la Russie en stationnant des militaires à ses portes ou en armant les soldats ukrainiens qui combattent des séparatistes prorusses dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Il réclame donc un grand traité excluant l’entrée de l’Ukraine dans l’Otan et le retrait des soldats américains des pays les plus orientaux de l’Alliance atlantique. Mais aucune de ces deux demandes «ne sont sur la table» des négociations, a affirmé M. Blinken dans son entretien avec CNN. Les Etats-Unis sont toutefois prêts à discuter avec la Russie de dispositifs de missiles et des exercices militaires des deux pays, selon un responsable de la Maison-Blanche. «Le risque d’un nouveau conflit est réel», a prévenu vendredi le Secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, relevant que Moscou avançait des exigences «inacceptables» tout en multipliant les menaces si elles «ne sont pas acceptées». «Cela fait certainement partie de leur stratégie de présenter une liste d’exigences absolument irrecevables et ensuite prétendre que l’autre camp ne joue pas le jeu et utilise cela comme une justification pour une agression», a renchéri le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.