La célébration aujourd’hui du 65e anniversaire de la création de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), survenue le 24 février 1956, intervient dans un contexte particulier pour la centrale syndicale. Impactée par la crise politique de 2019 et les choix de ses anciens dirigeants, celle-ci semble être prise d’un «coup de vieux» et cherche toujours ses marques sous la férule de Salim Labatcha.

Ses revendications pour le droit à la retraite à 32 ans n’ont pas encore trouvé d’écho auprès de l’Exécutif tandis que ses demandes d’amélioration du pouvoir d’achat restent contraintes par le contexte économique général et la crise qui s’est aggravée depuis la chute des revenus pétroliers et les circonstances de la pandémie de la Covid-19 depuis mars 2020.
Dans une déclaration récente, le secrétaire général de l’UGTA avait déclaré à la suite à la détérioration du pouvoir d’achat qu’il faut un revenu de 72 000 dinars pour qu’un salarié puisse répondre convenablement à ses besoins basiques. On en est très loin et ce n’est pas la situation actuelle des entreprises publiques qui permet d’espérer une amélioration à ce niveau ni même la garantie de préserver le bassin d’emplois existant. Ainsi de nombreux travailleurs ont été priés de négocier leurs départs anticipés aussi bien dans le secteur public que privé. La situation vécue, durant ces derniers mois, par les travailleurs de l’Eniem (Tizi Ouzou) est à ce titre plus qu’édifiante, puisqu’il a fallu une mobilisation sans faille des ouvriers pour sauver l’usine d’une faillite qui se profilait à l’horizon.
Sur le terrain de la syndicalisation, l’UGTA ne parvient pas à élargir son effectif d’encartés et ne profite pas du fait que le privé reste sous-encadré ou source de conflits comme celui qui oppose la direction de Numilog, filiale de Cevital, à des travailleurs dont les collectifs crient au «licenciement abusif» et à des «pratiques d’un autre âge».
«La législation algérienne du travail, à l’instar de celle de beaucoup d’autres pays, n’autorise pas le licenciement du travailleur, mais aussi ne l’interdit pas. Le législateur a intégré la possibilité du refus de réintégration de l’une ou l’autre partie moyennant une compensation pécuniaire aussi dérisoire soit-elle, en dépit du rendu de justice qui peut se prononcer sur une réintégration pure et simple due à un licenciement considéré abusif par la même instance», observe pourtant un spécialiste des questions de travail. La remarque de cet expert intervient alors que le marché de l’emploi est en plein marasme. En matière d’évaluation, le ministre du Travail a indiqué récemment que les offres d’emploi sont passées de 437 000 offres en 2019 à 306 000 en 2020, soit une baisse de 30%. Les offres étaient concentrées dans les secteurs de la construction, des services et de l’industrie, et 80% de ces offres provenaient du secteur privé.

Solidarité syndicale à la manque
Hachemi Djaaboub a expliqué, à la même occasion, qu’il y avait un retard important dans le processus d’intégration des employés dans le cadre du contrat de pré-emploi, relevant que seuls 365 000 jeunes ont été intégrés jusqu’en décembre 2020, alors qu’ils devaient tous être intégrés en 3 ans, soit entre 2019 et 2021.
A une autre échelle, on note une concurrence, voire une absence de solidarité, entre la Centrale et les syndicats autonomes. Les deux camps se regardent dans une hostilité passive, mais réelle qui se traduit par le silence de l’UGTA sur le droit des organisations autonomes à se faire reconnaître par l’Exécutif et le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale.
La célébration de l’anniversaire de la création de l’UGTA intervient cette année alors que la Confédération des syndicats algériens (CSA) remet au goût du jour une vieille revendication aussi bien du monde du travail que des milieux politiques. La CSA a relancé à ce titre sa demande d’approbation officielle de leur coalition syndicale par le gouvernement, un dossier mis en instance depuis deux années par le ministère du Travail, et d’autre part, elle a lancé un appel à d’autres groupes de syndicats de rejoindre leur union et renforcer le champ syndical autonome.
La même confédération a dénoncé ce qu’elle considère comme une pression et une marque «d’étouffement» des libertés syndicales, en raison du retard non encore expliqué de l’agrément qu’elle attend pour agir au titre de la confédération créée en novembre 2018.
Pour des observateurs du monde du travail en Algérie, il y a nécessité de «déverrouiller» l’activité syndicale d’autant plus que «l’UGTA est absente sur le terrain et ne peut, à elle seule, traduire les préoccupations des travailleurs». <