L’inflation s’est envolée à 36,08% sur un an, en décembre, en Turquie, un record depuis septembre 2002 dû à la dégringolade de la livre turque. Cette hausse des prix à la consommation, plus de sept fois supérieure à l’objectif initial du gouvernement, à 13,58% sur le seul mois de décembre, s’explique par la chute de près de 45% de la livre turque face au dollar en un an, malgré des mesures d’urgence annoncées par le chef de l’Etat à la mi-décembre.

Synthèse Salim Benour
Les chiffres de l’inflation font toutefois l’objet d’une âpre bataille politique : l’opposition et une partie de la population accusent l’Office national des statistiques (Tüik) de sous-estimer sciemment la hausse des prix, alimentée par la politique économique du président Erdogan, qui a poussé la Banque centrale turque à abaisser systématiquement ses taux d’intérêt ces derniers mois.
Des économistes turcs du Groupe de recherche sur l’inflation (Enag) affirment que le taux réel d’inflation a atteint 82,8% sur un an, bien au-delà des chiffres officiels. Pour la population, la hausse des prix de base – alimentation et énergie en particulier – devient difficilement soutenable. Le gaz et l’électricité ont ainsi augmenté de respectivement 50% et 25% au 1er janvier, l’huile de tournesol de 86% et le pain de 54% sur un an.
A dix-huit mois de la prochaine échéance présidentielle, l’inflation officielle atteint désormais sept fois l’objectif fixé en début d’année par le gouvernement. Et cette dégradation de l’économie risque de nuire à la popularité déjà entamée du président Erdogan, qui a bâti ses succès électoraux des deux dernières décennies sur ses promesses de prospérité. A rebours des théories économiques classiques, le chef de l’Etat estime que les taux d’intérêts élevés favorisent l’inflation, mais sa politique monétaire – et le manque d’indépendance de la Banque centrale, dont M. Erdogan a limogé trois gouverneurs depuis 2019 – n’ont fait qu’entraîner la monnaie nationale dans sa chute.
Au pouvoir depuis 2003, M. Erdogan refuse toute inflexion dans sa politique économique, sur laquelle il a longtemps reposé son succès et semble tout miser sur la croissance, qui a atteint 7,4% sur un an au troisième trimestre. Celle-ci est portée notamment par des exportations rendues moins coûteuses, en hausse de 32,9% sur un an à 225,37 milliards de dollars, «un record», s’est félicité lundi le président turc. Mais pour les ménages, l’effondrement de la monnaie se traduit par des factures sans cesse plus élevées, le pays étant très dépendant des importations, notamment pour les matières premières et l’énergie. Dans ce contexte politiquement explosif, le président Erdogan a relevé le salaire minimum au 1er janvier de 2 825,90 à 4 253,40 livres (environ 275 euros), une hausse de 50% déjà, pour partie, effacée par la conjoncture. «Je crains que toutes les hausses de salaires n’aient fondu en deux mois», a réagi Gizem Öztok Altinsaç, économiste en chef de l’organisation patronale turque Tüsiad.