Selon les agences de presse et les médias turcs, l’homme fort de Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan, devrait être à l’affiche du grand écran le 14 mars prochain.

Un film sur sa vie et son parcours politique doit sortir en salles dans son pays, quelques semaines avant le référendum prévu le 16 avril sur la réforme constitutionnelle, visant à élargir les pouvoirs du chef de l’Etat. Le film intitulé «Reis», le Chef, première œuvre de fiction sur la vie de M. Erdogan, retrace son parcours, de son enfance dans le quartier populaire de Kasimpasa sur les rives de la Corne d’Or, à Istanbul, à son mandat de maire de la métropole de 1994 à 1998. Selon les médias turcs, le film sera également diffusé en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne. Recep TayyipErdogan, homme politique turc le plus charismatique depuis Mustafa Kemal, le fondateur de la République en 1923, est devenu en 2014 le premier président turc élu au suffrage universel direct. La sortie du film juste avant le référendum, alors qu’elle était initialement prévue en mars 2016, suscite de nombreuses interrogations. «Ce film est entièrement à nous. Ce n’est pas de la propagande», se défend toutefois le réalisateur, affirmant qu’il n’y a eu aucune intervention extérieure. «Mon film peut avoir une utilité politique pour certains ou être une contrainte pour d’autres, cela ne m’intéresse pas», ajoute-t-il. M. Yavuz, qui a précédemment travaillé pour la chaîne de télévision publique TRT, affirme ne pas avoir eu besoin de l’autorisation du président pour ce projet. Avant la diffusion du film, le président Erdogan a indiqué, avant-hier vendredi, qu’il pourrait organiser un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. «Je le dis dès à présent : si c’est nécessaire, nous pourrons ouvrir la voie à un référendum à ce sujet», a déclaré le chef de l’Etat turc lors d’un discours à Manisa dans l’Ouest du pays. «Que demande le peuple ? Si le peuple dit peine de mort, alors le débat est clos», a ajouté M. Erdogan. Depuis le putsch avorté du 15 juillet, le président turc a dit à plusieurs reprises qu’il approuverait le rétablissement de la peine de mort en cas de vote du Parlement en ce sens, mais c’est la première fois qu’il évoque l’option d’une consultation populaire sur la question. Les observateurs se demandent toutefois si ces déclarations reflètent une réelle intention ou s’il s’agit d’une manœuvre en amont d’un référendum le 16 avril sur une révision constitutionnelle visant à renforcer les pouvoirs présidentiels. Pour remporter ce scrutin, dont le résultat s’annonce serré, M. Erdogan a, en effet, besoin des voix de l’électorat nationaliste, majoritairement favorable au rétablissement de la peine capitale pour punir les crimes de nature «terroriste». Le leader de la droite ultranationaliste, Devlet Bahçeli, a ainsi appelé cette semaine les dirigeants turcs à cesser de «temporiser» sur ce sujet. «Si vous êtes sincères, alors vous avez notre soutien», a-t-il déclaré. La peine capitale a été abolie en 2004 dans le cadre de la candidature d’Ankara à l’entrée dans l’UE, un projet qui semble de plus en plus compromis.