Des ONG critiquent la procédure d’arrestation de l’ancien ministre de la Justice et numéro deux d’Ennahda.

Synthèse de Kahina Terki
L’ancien ministre de la Justice (2011-2013) et numéro deux du mouvement Ennahda, arrêté vendredi 31 janvier 2021 et hospitalisé deux jours plus tard, «a accepté d’être perfusé» et soigné au moment où son état de santé inquiétait, ont indiqué, hier mercredi, des médecins qui l’ont pris en charge. Noureddine Bhiri souffre d’une tension élevée et il a des reins «qui commencent à se fatiguer», ont indiqué à radio Mosaïque les médecins de l’hôpital de Bizerte. «Le déclarer en état stable, c’est beaucoup dire», ont-ils ajouté, à cause de «son état de déshydratation». «Sa famille lui a parlé et il a accepté qu’on lui pose une perfusion» pour l’hydrater et le soigner, «en espérant qu’il accepte de manger», ont encore dit ces médecins.
Depuis son arrestation vendredi par des agents en civil vers un lieu tenu secret, M. Bhiri observait une grève de la faim et refusait de prendre ses médicaments (16 comprimés par jour). Ennahdha dit avoir porté plainte pour «enlèvement» contre le président Kaïs Saïed et le ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine, qui a ordonné l’arrestation. Plus tôt mercredi, le comité de défense de M. Bhiri affirmait que l’homme fort d’Ennahdha était «entre la vie et la mort». L’avocat et député d’Ennahda Samir Dilou avait assuré que sa vie était «en danger», disant tenir ces informations de «sources médicales». L’Instance de prévention de la torture, INPT, chargée de veiller sur toute personne privée de liberté, a indiqué à l’AFP avoir dépêché sur place une équipe médicale. «Ils viennent d’arriver et effectuent leurs constatations mais nous n’avons pas encore leur rapport», a précisé en milieu d’après-midi à l’AFP Lotfi Ezzedine, un responsable de l’INPT.
Dimanche 2 janvier, Ennahdha avait déjà affirmé que son ancien ministre se trouvait dans un «état critique», ce qui avait été démenti par des sources de l’INPT et du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme.
Par ailleurs, le comité de défense de M. Bhiri a dénoncé, mercredi, comme «totalement fausses» des accusations prononcées lundi par le ministre de l’Intérieur qui a assuré que l’arrestation de M. Bhiri était liée à «des soupçons graves de terrorisme», allusion au fait qu’il soit accusé d’avoir «octroyé illégalement» quand il était ministre de la Justice des passeports et des pièces d’identité à des étrangers installés en Tunisie, un couple syrien, a-t-on pu savoir. Le parquet a confirmé mardi avoir ouvert une enquête après la réception d’un «rapport des services de lutte contre le terrorisme et le crime organisé». Des ONG ont commencé mercredi à critiquer la procédure à l’encontre de M. Bhiri et la Ligue tunisienne des droits de l’Homme a appelé le ministère de l’Intérieur à fournir «des précisions sur les circonstances» de son arrestation. L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a dénoncé une interpellation «sans mandat» ni «motivations précises» et le fait que M. Bhiri ait été «conduit dans un lieu de détention secret».
Vendredi 31 janvier 2021, le ministère de l’Intérieur avait annoncé deux assignations à résidence (un autre cadre d’Ennahdha, Fethi Baldi, a été interpellé), sans donner de noms, faisant état d’une «mesure préventive» justifiée «par la nécessité de préserver la sûreté nationale». Selon l’OMCT, «le sort réservé à M. Bhiri s’apparente plutôt à une détention arbitraire» et «illégale».