Plusieurs centaines de personnes ont bravé vendredi un important dispositif de sécurité et l’interdiction de manifester, prise dans le cadre de mesures sanitaires, pour marquer leur opposition au président Kais Saied, ont constaté des journalistes de l’AFP.

“A bas le coup d’Etat, le peuple veut la chute du coup d’Etat”, ont crié environ 300 manifestants rassemblés sur l’avenue Mohamed V, dans le centre-ville de Tunis. Un imposant dispositif policier a été mis en place pour empêcher les manifestants d’accéder à l’artère principale de la capitale, l’avenue Habib Bourguiba.

Des manifestants ayant réussi à briser le cordon policier ont été dispersés à coups de matraque et gaz lacrymogènes, selon des journalistes de l’AFP, qui ont également fait état d’interpellations. Une cinquantaine de personnes sont parvenues à se rapprocher des bâtiments du ministère de l’Intérieur dans une rue adjacente de l’avenue Habib Bourguiba.

“Tu travailles pour (Abdel Fattah) al-Sissi et les Emirats”, a lancé une femme à l’adresse d’un policier, allusion au fait que le dirigeant égyptien et le pays du Golfe sont accusés par leurs détracteurs d’avoir soutenu le coup de force de M. Saied du 25 juillet lorsqu’il s’est arrogé les pleins pouvoirs.

Malgré l’interdiction décrétée par les autorités mercredi en raison d’une forte résurgence de l’épidémie de Covid-19, plusieurs partis politiques, dont la formation d’inspiration islamiste Ennahdha, avaient annoncé le maintien de leurs rassemblements vendredi. Ennahdha, dans le viseur du président Saied qui a suspendu le Parlement que ce parti contrôlait depuis une dizaine d’années, a affirmé “refuser l’instrumentalisation politique de la situation sanitaire pour anéantir ce qui reste des droits et libertés fondamentaux”.

Ces manifestations surviennent alors que les tensions entre Ennahdha et M. Saied -déjà très vives depuis le coup de force de juillet du président- sont montées d’un cran après l’arrestation le 31 décembre et l’hospitalisation sous surveillance policière de l’un des hommes forts du parti, l’ancien ministre de la Justice Noureddine Bhiri.

Jawhar Ben Mbarek, une figure de la gauche tunisienne à la tête d’un collectif d’opposants à ce qu’ils dénoncent comme un “coup d’Etat” du président Saied, était également présent vendredi dans l’une des manifestations.