Pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie, des policiers et militaires se sont rendus hier dimanche dans un bureau de vote pour mettre leur bulletin dans l’urne, à l’occasion du premier scrutin municipal depuis la révolution de 2011, qui aura lieu le 6 mai prochain.

Sous la dictature en Tunisie, les autorités interdisaient aux policiers et militaires de voter en estimant qu’ils devaient maintenir un devoir de réserve strict et rester complètement à l’écart de la vie politique. Mais après la révolution de 2011 qui vu l’émergence de syndicats chez les policiers –interdits jusqu’alors–, ces derniers ont réclamé le droit de vote. La nouvelle loi électorale autorise désormais le vote des forces de sécurité et de l’armée uniquement aux municipales, un scrutin qui doit permettre de consolider la transition démocratique dans l’unique pays rescapé du Printemps arabe. «C’est un acquis historique pour la Tunisie», s’est réjoui Seifallah Hichri, président de l’association «Afek pour les agents de sécurité de l’Intérieur et de la douane» qui contrôle le déroulement de ce vote grâce au soutien de l’ONG pour la transparence I Watch.
Les policiers et militaires ont voté hier avant les autres Tunisiens qui se se rendront aux urnes le 6 mai prochain. Ils ne peuvent pas participer aux campagnes électorales ni assister aux meetings publics, regrette toutefois le président de l’association «Afek». «Ce droit est tronqué, vu le nombre des restrictions imposées», a jugé de son côté Moez Dabbabi, son vice-président. Quelque 36.055 militaires et agents sécuritaires sont inscrits, a indiqué à l’AFP Mehdi Jalouali, responsable à l’Instance chargée des élections (Isie). Le nombre total des forces armées et sécuritaires ne peut pas être dévoilé en Tunisie, a-t-il ajouté. Par mesure de sécurité, l’Isie a décidé de ne pas afficher le registre de ces électeurs, de ne pas leur faire utiliser l’encre et de ne pas leur permettre de participer au dépouillement. Des syndicats de police ont appelé à participer en masse à ce vote, mais une organisation a appelé au boycott. «L’institution sécuritaire est à la disposition du peuple et il faut qu’elle soit neutre, avec ce vote elle ne le sera pas», a déclaré à un média tunisien Chokri Hamada, porte-parole du Syndicat national des forces sécuritaires de l’Intérieur.
Depuis la chute de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali en 2011, les municipalités sont gérées par de simples délégations chargées des affaires courantes, ce qui a affecté sensiblement le quotidien des Tunisiens, notent les observateurs.