L’Association des magistrats tunisiens a annoncé samedi une grève nationale d’une semaine à partir d’aujourd’hui lundi, renouvelable, dans «tous les tribunaux» du pays, deux jours après la révocation par le président Saied de 57 magistrats, accusés notamment de corruption. Dans un communiqué, les magistrats ont «fermement condamné l’ingérence permanente du président dans le pouvoir judiciaire». Ils l’accusent de s’octroyer le pouvoir de les révoquer «sans le moindre recours» possible, «violant le droit le plus basique à se défendre, garanti dans la Constitution».

Par Kahina Terki
Samedi 4 juin, journée qui marquait le début du «dialogue national» organisé par le président Kais Saied pour élaborer la nouvelle Constitution et boycotté par l’opposition et le puissant syndicat UGTT, des échauffourées ont eu lieu entre la police et une centaine de manifestants. Ces derniers protestaient à Tunis à l’appel de cinq formations politiques contre un référendum prévu le 25 juillet prochain, un an après son coup de force qualifié de coup d’Etat par l’opposition. Certains participants à la manifestation ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «Commission du président = Commission de la fraude». La police qui a utilisé des gaz lacrymogènes a bloqué les manifestants qui tentaient d’atteindre le siège de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), dont le président a été nommé par M. Saied lui-même.
Selon les opposants, cette mesure a pour but d’étendre son contrôle sur les institutions de l’Etat. Depuis le 25 juillet 2021, Kais Saied, assurant agir dans l’intérêt de la Tunisie face aux blocages politico-économiques, concentre tous les pouvoirs et dirige le pays par décrets-lois, faisant craindre une dérive autocratique dans le pays. Outre un référendum sur des amendements constitutionnels le 25 juillet, le président Saied prévoit d’organiser des élections législatives le 17 décembre. Aucune ébauche de la nouvelle Constitution, qui sera soumise à la population sous la forme d’un simple vote oui/non, n’a cependant été publiée.
Le 22 avril, M. Saied s’est arrogé le pouvoir de nommer trois des sept membres de l’Isie, dont le président. Le 9 mai, il a nommé Farouk Bouasker, ancien membre de l’Isie, président de cette instance en remplacement de Nabil Baffoun, qui avait critiqué le coup de force de juillet 2021. De nombreux Tunisiens soutiennent cependant ses actions contre un système qui, selon eux, n’a guère amélioré leur qualité de vie au cours de la décennie qui a suivi la révolte de 2011 ayant renversé le dictateur Zine El Abidine Ben Ali. Outre la crise politique, la Tunisie est en proie à de graves difficultés économiques, dont une inflation galopante et un chômage très élevé. Surendetté, le pays tente d’obtenir un nouveau prêt du Fonds monétaire international d’au moins quatre milliards de dollars. n