Le président tunisien Kais Saied se rendra en Libye mercredi pour relancer la coopération avec ce partenaire économique de premier plan, a annoncé mardi son bureau, la dernière visite d’un chef d’Etat tunisien chez son voisin libyen remontant à 2012. La visite s’inscrit dans «le soutien de la Tunisie au processus démocratique en Libye», a indiqué la présidence dans un communiqué, au lendemain de la prestation de serment du chef du gouvernement de transition libyen Abdelhamid Dbeibah. La visite vise aussi à «renforcer le processus de coopération entre la Tunisie et la Libye», en développant «solidarité», pour plus de «stabilité et prospérité», ajoute le communiqué. Aucune précision n’a été donnée sur le programme de M. Saied, premier chef d’Etat à se rendre en Libye depuis plusieurs années. Plus de neuf ans après la chute en octobre 2011 de Mouammar Kadhafi qui a plongé le pays dans des violences meurtrières et de profondes divisions, la Libye s’est engagée dans un processus de transition. Le nouveau gouvernement est chargé d’unifier les institutions en vue d’élections prévues en décembre. Tunis avait accueilli fin 2020 des délégués libyens sous l’égide de l’ONU qui ont élu en février M. Dbeibah ainsi qu’un Conseil présidentiel. Le 10 mars, le nouveau gouvernement a obtenu la confiance du Parlement. Partenaire commercial privilégié de la Tunisie, la Libye absorbait avant 2011 une grande part de la production agro-alimentaire et des matériaux de construction exportés de Tunisie. Le pays alimente également le secteur informel tunisien qui importe des biens de consommation bon marché.
Des milliers de Tunisiens travaillent en outre en Libye, mais les fermetures récurrentes de la frontière ont entravé ces échanges. En janvier 2012, le président tunisien d’alors Moncef Marzouki s’était rendu à Tripoli pour sa première visite officielle à l’étranger.
Le pays avait ensuite sombré dans les violences, et des responsables libyens se rendaient régulièrement en Tunisie, y compris pour des négociations. Pendant cette période, le président tunisien Béji Caid Essebsi (2014-2019) avait ainsi rencontré à Tunis plusieurs dirigeants libyens de haut rang, dont le Premier ministre d’alors Fayez al-Sarraj et son rival de l’Est, le maréchal Khalifa Haftar. Tunis a toujours professé une prudente neutralité face aux protagonistes du conflit libyen. Mais le regain de violences a exacerbé l’an passé les tensions entre les dirigeants tunisiens, qui ont présenté un front désuni sur le sujet.
Kais Saied a ainsi critiqué le bras tendu par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, principale force parlementaire tunisienne, à M. Sarraj, ces deux derniers étant considérés proches d’Ankara. n