Selon le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDS), quelque 7 988 migrants clandestins tunisiens ont réussi à entrer sur le territoire italien, dont plus de la moitié durant les deux mois de septembre et octobre derniers.

D’après le FTDES, qui a organisé hier une conférence de presse à Tunis, le nombre de migrants clandestins tunisiens a commencé à s’accroître depuis le mois de juin pour atteindre son seuil en octobre où le nombre a progressé de 17 fois par rapport au même mois de l’année 2016. Le FTDES a également fait savoir dans un communiqué qu’entre 1 560 et 2 190 Tunisiens ont été rapatriés depuis l’espace européen tout au long des 33 premières semaines de l’année principalement depuis l’Italie, la France et l’Allemagne.
Du 1er janvier jusqu’au 12 décembre, quelque 307 opérations d’émigration clandestine ont été interceptées par les autorités tunisiennes dont 253 opérations durant le deuxième semestre, toujours selon les chiffres du FTDES citant le ministère tunisien de l’Intérieur. Dans ce sens, 3 424 migrants irréguliers étaient arrêtés dont 2 812 au cours du deuxième semestre 2017. En plus, 129 organisateurs d’immigration illégale ont été interceptés. Les femmes représentent 5% des personnes impliquées.
Selon une étude réalisée par le FTDES auprès de 78 émigrants irréguliers, 75% ont trouvé des difficultés à bénéficier d’un emploi dans leur pays d’origine où la «harga» vers l’Europe est perçue par beaucoup comme une alernative à «un quotidien monotone peuplé de misère, de privations et de brimades comme le pensent ces aventuriers», selon un témoignage rapporté par les agences de presse auprès d’un ancien pêcheur de Zarzis près de la frontière libyenne, qui s’est fixé une mission d’enterrer «dignement» les migrants clandestins qui ont perdu la vie au cours de la tentative de la traversée de la Méditerranée. Cette situation a suscité la colère d’un grand nombre d’associations et ONG tunisiennes qui ont appelé les autorités à effectuer des prélèvements ADN sur les migrants retrouvés morts en mer et à créer une base de données, afin qu’ils puissent un jour être identifiés et que les familles puissent faire leur deuil. Dans le pays, des voix s’élèvent au sein de la société civile et l’Assemblée des représentants du peuple pour une action urgente visant à la prise en charge de la question migratoire. Selon elle, le désespoir et l’absence de perspectives et d’horizons prometteurs sont la principale raison qui pousse les Tunisiens à s’aventurer et à émigrer vers l’inconnu dans l’espoir de changer leurs conditions de vie. D’autres raisons ont été citées par des organisations internationales comme la situation économique et sociale, la faible performance des gouvernements successifs, la multiplication des réseaux de contrebande ainsi que l’impact du contenu des réseaux sociaux sur les jeunes indécis.
D’aucuns soulignent que l’abandon scolaire et l’absence de perspectives poussent aussi les jeunes non seulement à la migration mais aussi au suicide et à l’adhésion aux groupes terroristes, relevant que l’acceptation par la Tunisie de jouer le rôle de gendarme de l’Europe en matière de lutte contre l’immigration clandestine reste tributaire de la levée des restrictions d’entrée sans visa en Europe pour les Tunisiens. D’après le directeur du centre des études méditerranéennes et internationales et de l’Ecole politique de Tunis, Ahmed Driss, le partenariat pour la mobilité des personnes dans l’espace Schengen est une recommandation insistante et la suppression des visas et l’allégement des procédures d’accès sont d’une «importance capitale et mutuellement bénéfique».
Selon le FTDES, les autorités tunisiennes ont procédé durant les 8 premiers mois de 2017 à l’arrestation de 1 652 immigrants clandestins, dont 1 384 Tunisiens. Quelque 164 opérations d’immigration clandestine ont été mises en échec durant la même période, soit presque la moitié du nombre de tentatives d’immigration clandestine enregistrées en 2011 qui s’élève à 283. En 2016, 5% des personnes qui ont été arrêtées pour migration irrégulière étaient des femmes et 67 % étaient âgés entre 20 et 30 ans. La plupart d’entre elles sont des jeunes non diplômés au chômage ou dans des emplois précaires.